Fight Club : le nouveau Arca, pour ou contre ?

par Tsugi

Un album, deux avis. Aujour­d’hui sur le ring, le dernier album de la Vénézuéli­enne Arca, KiCk i. Fight !

Fati­gante Arca ? Assuré­ment, sauf qu’elle nous fatigue mieux désor­mais. Elle est de ces fig­ures qui s’emparent des sail­lances esthé­tiques et iden­ti­taires de l’époque et font le grand écart entre pop et galerie d’art. Cet aller-retour, désor­mais courant dans les arts, con­stitue presque un plan de car­rière, dont KiCk i serait le sec­ond acte. Fini les numéros de Castafiore néo-indus en cuis­sardes de latex sur fond d’accouchements d’animaux, fini l’étalage de pyrotech­nie le long d’albums vaine­ment alam­biqués façon Otto Von Schirach chez Cro­nen­berg. La Vénézuéli­enne rabote ses tracks, tape dans l’EDM ou le R&B, et joue la carte de l’album “plus acces­si­ble”, lim­ite sur­fait, avec fea­tur­ings de luxe pour racol­er du pub­lic. Et c’est plutôt réus­si. Elle y trim­balle Ros­alía, cau­tion main­stream, sur des ter­res élec­tron­iques plus acci­den­tées qu’elle n’en fréquente, rend Björk moins insup­port­able que sur ses derniers dis­ques, et croise le fer avec sa copine Sophie sur un track qui ne lâche pas sa proie. Sur “Riquiquí”, on entend l’enfant d’Autechre se défouler le temps d’un rap de radasse lati­no. Sur “Non­bi­na­ry”, un spo­ken word glu­ant déclare la guerre du genre. La cul­ture queer se serait gal­vaudée dans les bons sen­ti­ments ? Arca enfonce alors le clou et bas­cule dans le mutant en incar­nant un androïde mi-François Chaig­naud mi-Gwen Ste­fani, avec juste ce qu’il faut de mau­vais goût pour que ça reste drôle. KiCk i est donc ce disque qui veut nous faire vivre l’époque dans toutes ses dimen­sions – physiques, cul­turelles, tech­nologiques – avec une intel­li­gence et une arro­gance qui l’emportent sur ses faux pas.

Thomas Cor­lin

 

Que peut-on bien atten­dre de quelqu’une qui a com­posé et pro­duit la majorité de l’album le plus chi­ant de Björk (dans une discogra­phie qui en compte pour­tant beau­coup), Vul­ni­cu­ra ? Rien ou tout du moins pas grand-chose. Et bien juste­ment ce “pas grand-chose”, c’est ce que l’on éprou­ve à l’écoute du qua­trième album de la Vénézuéli­enne. Qui démarre plutôt bien, soyons justes, avec le min­i­mal­isme de “Non­bi­na­ry” (le genre étant au cen­tre de l’œuvre de celle qui avait été définie comme “mas­culin” dans sa jeunesse) ou la pop pour grands espaces de “Time”. L’enchaînement avec le pétaradant “Meque­tre­fe” sera moins bril­lant. Essen­tielle­ment parce qu’on a l’impression d’avoir entre les oreilles une col­lec­tion de tracks, mi‑R&B futur­iste mi-dubstep de l’au-delà, posée en dépit du bon sens, dépourvue de toute cohé­sion, qu’elle inter­prète (?) dans une orgie vocale cri­arde. Comble de mal­heur, la Vénézuéli­enne a invité sa BFF, la Castafiore islandaise, à vocalis­er avec elle à qui mieux mieux sur l’ultra-pénible “After­wards”, sorte de psaume épique, qui aurait eu sa place à Guan­tá­namo pour chang­er de Metal­li­ca. Plus loin, la jeune femme a con­vo­qué sa copine lati­no, la phénomé­nale Ros­alía, pour une sorte de twerk alien, “KLK” pas loin d’être le meilleur titre avec son refrain (?) au par­fum Bol­ly­wood. Pro­duc­trice sans con­teste orig­i­nale et tal­entueuse, Arca est d’évidence moins à l’aise lorsqu’il s’agit de trans­former les sons en com­po­si­tions, d’où le sen­ti­ment de grande con­fu­sion ressen­ti pen­dant ce pen­sum d’à peine plus de 30 min­utes, mais qui sem­ble dur­er dix fois plus. Une cer­ti­tude, cet album ne va pas nous faire frétiller le KiCk i.

Patrice Bar­dot

Retrouvez plus de chroniques dans le dernier Tsugi 132 : et si le disco nous sauvait la vie, disponible partout

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