Génial, écorché vif et touchant : on écoute Igor, le nouvel album de Tyler, the Creator

Tyler, the Cre­ator est devenu adulte. Cette image d’éternel enfant enfer­mé dans un corps trop grand, trop long, trop fin qu’endossait le rappeur cal­i­fornien est quelque peu craque­lée par la sor­tie de son nou­v­el album, Igor. Une œuvre chorale où les grands noms se bous­cu­lent, se mélan­gent et s’effacent au ser­vice de la con­struc­tion d’une his­toire remar­quable  par sa cohérence, son exé­cu­tion et même son impudeur.

De l’autre côté de l’Atlantique, il n’est désor­mais plus rare de voir appa­raître des albums où la track­list est amputée de ses fea­tur­ings : Igor en fait par­tie. Char­lie Wil­son, Play­boi Car­ti et Blood Orange sur “Erfquake”, le men­tor Phar­rell Williams sur la con­clu­sion “Are We Still Friends ?”, les appari­tions énig­ma­tiques d’Al Green et de King Krule, la voix de Kanye West se cachant dans les abîmes instru­men­taux de « Pup­pet », le cast­ing orchestré par Tyler est — comme d’habitude – très impres­sion­nant, mais dis­simulé der­rière des titres en majus­cule. Ces invités anonymisés vien­nent sub­limer, à la manière d’un instru­ment dans une pro­duc­tion ou d’un per­son­nage sec­ondaire dans un film, la créa­tiv­ité folle du rappeur retraçant sa vie amoureuse, sujet de tant de con­tro­ver­s­es ces dernières années.

Si l’al­bum s’in­scrit dans l’esthé­tique jazz, com­plexe et déjan­tée des précé­dents opus, Igor nous présente un Tyler autant mag­nifique qu’abimé : ses pro­duc­tions sont flam­boy­antes d’in­ven­tiv­ité et ne s’apparentent en aucun cas à des chutes de Flower Boy, lorsqu’on se penche sur les syn­thés gran­uleux et sat­urés de “Igor’s Theme “, suiv­is d’une trap métis­sé à la G‑Funk dans “Erfquake”, des mélodies mélan­col­iques appuyées par des per­cus­sions chi­adées dans “I Think”, la vio­lence crue de “What’s Good” rap­pelant l’excellent “Who Dat Boy”… Mais le réc­it qu’il nous con­te, de par son développe­ment et ses détails per­cu­tants, nous mon­tre un homme à fleur de peau. Il suf­fit de com­par­er le mix­age de sa voix par rap­port à celui des précé­dents pro­jets : celle-ci perd beau­coup de graves, la ren­dant écorchée, touchante et par­fois même quasi-méconnaissable. Les arrange­ments, savam­ment mal­adroits, dis­tor­dus ou même par­fois dis­so­nants, ser­vent de sup­port pour met­tre en scène une jolie his­toire d’amour oscil­lant entre exci­ta­tion, tristesse et ques­tion­nements intérieurs. Et c’est beau, très beau même.

Igor, en écoute sur Deez­er

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