Happy birthday Laurent Garnier, part 1

Lau­rent Gar­nier fête ce ven­dre­di ses 25 ans de car­rière au Rex Club à Paris. Il revient avec nous sur 25 moments impor­tants de son immense par­cours. Pre­mier épisode.

Le 7 octo­bre 1987 pre­mier DJ set à l’Hacienda à Man­ches­ter

Je me sou­viens d’un grand stress mais aus­si d’une exci­ta­tion totale. L’Hacienda ça a été un truc de dingue, je n’étais rien, j’étais serveur dans un restau­rant, je fai­sais des cas­settes et j’en arro­sais la ville, j’ai juste don­né une cas­sette au bon moment à la bonne per­son­ne. Du jour au lende­main, je suis devenu DJ rési­dent d’une nou­velle soirée qui était le mer­cre­di soir. C’était un pub­lic qui avait envie de sor­tir pour enten­dre et voir autre chose. Pen­dant six mois, j’ai sen­ti que j’avais une espèce d’épée de Damo­clès au‐dessus de la tête. Chaque soir, j’allais voir le pro­gram­ma­teur pour lui deman­der : “Ça va ? Ça c’est bien passé ?” . Il savait que j’étais stressé donc il jouait beau­coup avec ça en me répon­dant : “oui, c’était pas mal”. C’est la pre­mière fois que je jouais en pro dans un club. C’était quand même très bizarre. Mike Pick­er­ing était avec moi au line up et il a été un peu mon pro­fesseur pen­dant un an. C’était génial, j’ai beau­coup appris et tout est arrivé en même temps : l’acid house, l’ecstasy, la folie anglaise. J’étais très jeune, mais j’ai vécu de l’intérieur la nais­sance d’une nou­velle his­toire. C’est donc un moment très impor­tant dans ma car­rière.

1988, les soirées Pyra­mide au Palace à Paris

En aout 1988, j’ai dû quit­ter l’Hacienda pour faire mon ser­vice mil­i­taire à Montl­héry. Le DJ Mark Moore qui était à L’Hacienda m’avait dit “On va com­mencer les soirées Pyra­mid au Palace avec un posse de Lon­dres.” Je lui ai répon­du que j’étais obligé de ren­tr­er en France et que ça serait cool si il me con­tac­tais. Je n’y croy­ais pas trop mais il m’a con­tac­té en me dis­ant : “ On démarre la pre­mière Pyra­mid et tu feras la fin de soirée.” J’ai donc joué de 5h à 6h du matin. Des jour­nal­istes de The Face sont venus pour la pre­mière soirée, il y a eu un papi­er où ils dis­aient à la fin : “une men­tion spé­ciale pour le DJ Lau­rent Gar­nier qui a gardé les gens sur la piste jusqu’à la fin”. Grâce à ça Kevin, qui était l’organisateur de la soirée avec Bar­bara, m’a dit :“tu n’as qu’à faire chaque semaine tous les débuts et toutes les fins” C’est comme ça que j’ai eu cette rési­dence à Pyra­mide. Ma pre­mière à Paris. Le Palace, j’en rêvais depuis longtemps. J’ai un grand frère qui sor­tait beau­coup. Il allait aux soirées de Fab­rice Emaer et j’avais ce rêve, cette espèce d’idéal du Palace, qui était l’une des boites parisi­ennes un peu déca­dente où il fal­lait aller se balad­er. Comme pour l’Hacienda, tout est arrivé un peu comme un rêve.

1989, H3O à La Loco

Hil­da qui était la pro­gram­ma­trice de la Loco­mo­tive à Paris m’avait vu à Man­ches­ter. Grâce à elle j’ai com­mencé à tra­vailler à la Loco. J’étais au sous sol et je jouais du rock des années 60 mais j’incluais aus­si un peu d’acid house. Un soir, avec Eric Rug, qui jouait aus­si dans le club et Hil­da, on s’est dit qu’on aimerait bien faire notre soirée de techno‐new‐beat. On voulait mélanger les deux et essay­er de faire un truc à Loco. Ce qui était un chal­lenge un peu dingue, parce que la Loco c’était une boite rem­plie de skin­heads, de punks et de mecs qui voulaient écouter du rock bien couil­lu. Le pre­mier soir où j’ai joué un morceau acid house à la Loco, le patron, Fred est venu me voir en courant en me dis­ant : “Mais t’es dingue, tu vas te faire tuer !”. Notre truc avec Eric, c’était de pren­dre le micro et d’insulter des gens. On dis­ait : “Vous n’avez rien com­pris bande de nazes” (rires). Et on pas­sait qua­tre ou cinq fois dans la même soirée “French Kiss” de Lil’ Louis.

Août 1989 Joy, pre­mière rave en Angleterre

En juil­let 1989 je suis libéré de l’armée et je retourne en Angleterre. Il le fal­lait absol­u­ment. La pre­mière grosse rave où j’ai été c’est Joy. C’était dans la ban­lieue, à vingt ou trente bornes du cen­tre de Man­ches­ter. J’étais avec trois potes dans la voiture, tous super excités. On se gare, on sort de la bag­nole et là on entend un son de bass­es incroy­ables et on voit un halo de lumière qui passe au‐dessus de la colline. On cra­pahute en haut de la colline et là de l’autre côté, il y a un vil­lage entier de gens qui pêtent le brouil­lard. C’était encore très freestyle. Nous les DJ, on arrive tous avec nos caiss­es de dis­ques et on jouait tous les uns après les autres. Ce n’était pas sclérosé. On a passé douze heures en com­mu­nion On a enten­du Car­ly Simon, C.C Rogers, de la deep house, KLF. C’était un peu Wood­stock 20 ans après. J’ai eu la chance de jouer entre Mike Pick­er­ing et John Da Siva, mes potes de l’Hacienda. Ça a été un moment fort parce que j’ai vu et j’ai com­pris…

1990, L’An fer à Dijon.

Un pho­tographe parisien qui s’appelait Jean Claude Lagrèze, qui est mort main­tenant, fai­sait des soirées au Boy et au Palace. C’était une espèce d’égérie de la mode très impor­tant. Il pho­tographi­ait les gens un peu branchés, il avait deux DJ attitrés. Guil­laume La Tortue et moi. Tous ensem­ble on a été faire une soirée en Ital­ie à Rim­i­ni, il y avait aus­si Julie Delpy qui était une copine à lui, tous ses danseurs, c’était très gay car c’était la scène gay qui écoutait de la musique tech­no à l’époque. Fred Dumelie qui était le patron de l’An fer était à Rim­i­ni et il me dit qu’il aimerait bien que je vienne faire une soirée dans son club. Je lui ai dit que je viendrais avec un pote à moi qui s’appelait DJ Cube. Donc c’est pour ça qu’on a bap­tisé la pre­mière soirée “Ice” à cause de ce mec surnom­mé Cube. Nous avons fait une soirée où nous avons com­mencé devant huit cents per­son­nes et je crois qu’une heure et demie après il ne restait plus que cent cinquante per­son­nes. Ils avaient l’habitude d’écouter The Cure. For­cé­ment ça a été un choc. Mais Fred a voulu con­tin­uer et je suis resté rési­dent pen­dant cinq ou six ans. J’ai tou­jours été attaché à cette ville au point que beau­coup de gens pensent que je suis orig­i­naire de Dijon. On est quand même arrivé à faire venir les plus grands DJ à l’An Fer.

(Patrice Bar­dot assisté de Quentin Monville)

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