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Lisa-Kaindé Diaz (dr.) et Naomi Diaz (g.) d'Ibeyi. Crédit : Amber Mahoney
4 octobre 2017

Ibeyi : l’interview en images

par Francois Blanc

Les deux soeurs franco-cubaines d’Ibeyi sont de retour après le triomphe de leur premier album, pour un nouveau disque, Ash, plus ouvert et lumineux. Interview en images.

Cuba

Il paraît que vous êtes en train d’y faire rénover une maison.
Lisa-Kaindé : Ça a été sorti de son contexte. On a toujours eu une maison à La Havane, là on a simplement échangé notre maison et la nouvelle a besoin de travaux. On ne vend pas et on n’achète pas à Cuba, on échange. Certains médias ont fait sonner cette histoire comme si on était devenues richissimes et qu’on retournait au pays.
Naomi Diaz : On va à Cuba depuis nos trois mois !
LK : On a juste obtenu d’avoir un peu plus de surface, des chambres un peu plus grandes. On en avait marre de dormir dans la même chambre, maintenant on peut faire venir nos amoureux !
En toutes ces années de visites à Cuba, le pays a beaucoup changé ?
LK : Énormément. L’endroit s’occidentalise, c’est un désir des jeunes, ils veulent s’ouvrir. Mais nous, on va toujours aux mêmes endroits, en famille, avec nos amis, notre cocon.
ND : Maintenant ils ont accès à Internet, c’est très récent et ça change tout.
Vous y avez distribué votre album avec un système très local.
LK : À Cuba il y a ce qu’on appelle El Paquete. Si tu veux promouvoir ta musique, la seule manière de la diffuser est d’aller voir ces personnes qui détiennent des banques de données culturelles dans leurs ordinateurs installés dans de petites boutiques. Les gens viennent avec leur clef USB, se connectent aux ordinateurs disponibles et récupèrent chaque semaine le paquet, des séries américaines, de la musique, de l’information, etc. On a payé pour mettre à disposition nos clips et notre album entier, que les gens puissent écouter notre musique.
ND : On a joué une seule fois à Cuba pour un festival, c’était un stress énorme parce que notre père y était tellement connu (le percussionniste Angá Diaz, entendu notamment sur l’album de Buena Vista Social Club, ndr). Mais c’était un beau moment.

Coachella

LK : C’était de toute manière un festival important à faire pour nous et ça nous a fait résonner dans le monde, c’est une bonne carte de visite.
ND : Ce n’est pas le meilleur festival qu’on ait fait… mais pas le pire non plus. C’est très bien huilé et ce que j’aime bien, c’est que tous les artistes sont au même endroit dans les loges, on peut rencontrer des gens, pourquoi pas collaborer un jour.
LK : Mais c’est très cher, il n’y a que des spectateurs qui ont les moyens, c’est très blanc, etc.
Vous avez croisé qui ?
ND : Joey Bada$$, Diplo, etc. Ce qui est amusant aussi, c’est que les artistes regardent ce qui passe à Coachella. Quelques semaines après, on a rencontré James Blake et il nous a dit : “Je vous ai vues sur le livestream de Coachella.” C’était assez extraordinaire.
Vous avez beaucoup tourné de l’autre côté de l’Atlantique
ND : On a fait cinq petites tournées aux USA, d’est en ouest. On a adoré New York et la foule interminable à Central Park, ou Chicago, on a même ouvert pour Sufjan Stevens au Hollywood Ball.
LK : C’est amusant de voir comment les gens réagissent selon les villes. Ce que j’aime, c’est que les Américains ont compris que tout est une question de transmission d’énergie, il faut en donner aux artistes sur scène et ils vont la renvoyer.

Chilly Gonzales

ND : On l’adore, quel personnage, il se met en scène, il a quelque chose d’extraordinaire, un aplomb fou. On a grandi en écoutant sa musique, les Solo Piano. On l’a rencontré à France Inter, à l’émission d’André Manoukian, il jouait avant nous. On a un peu parlé, à la fin on a tous jammé, on avait invité Chassol et Orelsan. Il nous a invités à dîner et nous a dit que si on avait besoin de lui un jour, il viendrait avec plaisir. On l’a invité sur scène à notre Casino de Paris. On a joué « Stranger/Lover » auquel il a donné un twist un peu Dr Dre, incroyable. Puis on l’a invité sur l’album.
LK : On a passé une belle journée en studio avec lui et Richard Russel (patron de XL et producteur d’Ibeyi, ndr). C’était magique, miraculeux.

Michelle Obama

LK : Qu’elle est belle ! Sur ce nouvel album, il y a une chanson qui s’appelle « No Man Is Big Enough For My Arms », c’est un bout de phrase que j’avais lue dans le livre La veuve Basquiat, où cette femme de Basquiat raconte que quand elle avait sept ans, sa mère cachait des soldats qui voulaient éviter la guerre. L’un d’eux a dit à la petite : « Un jour je reviendrai et je me marierai avec toi. » Et elle a répondu cette grande phrase du haut de ses sept ans. Je me suis dit que toutes les femmes de cette planète devaient entendre ça. Même si je me considère libre, émancipée, forte, confiante, cette phrase m’a fait un bien fou. Ça n’a pas de rapport avec les hommes, c’est pour célébrer les femmes, pour qu’elles s’estiment, il n’y a pas besoin d’un homme pour cela. J’ai écrit ce titre pendant les élections, le discours de Michelle Obama résonnait dans toutes les têtes et Richard a suggéré qu’on glisse un sample de Michelle Obama dans le morceau. Il a fallu clearer ce sample et bizarrement, on a réussi ! Le premier album c’était une manière de nous présenter, il parlait aussi de tout notre passé, tout notre bagage, notre deuil (la mort de leur père et de leur soeur, ndr). Cet album-ci, c’est nous aujourd’hui, notre constat du présent, nos viscères. On n’a pas eu de vraie pause, c’est Richard Russel qui nous a conseillé de ne jamais arrêter d’écrire, c’est un grand sage.

Beyoncé

LK : On a signé des papiers, on ne peut pas vraiment raconter tout ce que l’on a vu d’elle… mais c’était merveilleux.
ND : Tout a commencé sur Instagram où elle a posté une petite vidéo avec notre morceau « River » en fond sonore. Quelques mois plus tard, son équipe nous a appelées pour nous dire de venir sur un tournage, on ne savait absolument pas pourquoi on y allait. On a donc débarqué à La Nouvelle-Orléans et on a fini sur le film de son album Lemonade.
Vous savez comment elle a découvert votre musique ?
LK : On ne sait pas, mais des années auparavant, avant même qu’on ne signe et que l’on enregistre notre premier album, Jay Z avait demandé qu’on lui envoie notre musique après avoir entendu une de nos chansons, on ne sait pas comment.
Est-ce que vous avez vraiment vu un effet sur votre notoriété naissante ?
ND : Bien sûr, il y a des gens qui nous disent : « Ah, vous êtes les filles de Lemonade. » Et ça ne nous dérange pas, c’est une manière comme une autre de se faire connaître. C’est à nous d’expliquer qu’on fait aussi notre propre musique.

Maman

ND : C’est toute l’équipe à notre dernier show à Paris, avec le disque d’or. Au milieu c’est notre mère et manageuse.
Vous ne pouvez déjà pas échapper à votre soeur, vous vous êtes en plus collées à votre mère !
LK : (rires) ça dépend de la façon dont on voit les choses. On ne se dit pas : « Notre mère est là, qu’est-ce que ça fait chier ! » Beaucoup pensent ça parce qu’ils ne pourraient pas travailler avec leur mère, mais on la voit différemment. Et c’est une relation artistique aussi, j’ai écrit des textes avec elle sur le nouvel album.
ND : On a une relation particulière, on est très proches, unies, il n’y a aucun tabou entre nous.
LK : De toute façon en tournée on a plutôt envie de se reposer que de sortir, donc elle n’a pas grand-chose à nous dire.
ND : Elle est très fière, assez dure, elle nous pousse à travailler plutôt qu’à pleurer.

Défilé Chanel

ND : C’était un défilé à La Havane, on a ouvert le show en musique. C’était chez nous donc c’était vraiment une performance spéciale, ce mélange de France et de Cuba.
Sur YouTube on peut vous voir arrivant à la fashion week de Paris, dirigées par les photographes sur un tapis rouge, pas franchement à l’aise.
ND : (rires) La première fois qu’on a été invitées à ces shows Chanel, on ne nous connaissait pas. Alors j’ai dit à Lisa : « On ne s’arrête pas pour les photos, ça ne sert à rien. » J’ai vu Lisa bloquer quelques secondes, je priais pour qu’elle redémarre.
LK : Je me sentais totalement débile, figée devant les photographes qui n’en avaient rien à faire. Je ne savais pas ce que je devais faire ! Maintenant ils nous connaissent et crient notre nom. Mais je trouve ce moment très stressant. Je suis déçue que tu l’aies remarqué, j’essayais de faire ma « poker face ». (rires)

Ash, sorti le 29 septembre sur XL Recordings :

Si vous êtes plutôt Spotify :

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