Lisa-Kaindé Diaz (dr.) et Naomi Diaz (g.) d'Ibeyi. Crédit : Amber Mahoney

Ibeyi : l’interview en images

Les deux soeurs franco-cubaines d’Ibeyi sont de retour après le tri­om­phe de leur pre­mier album, pour un nou­veau disque, Ash, plus ouvert et lumineux. Inter­view en images.

Cuba

Il paraît que vous êtes en train d’y faire rénover une mai­son.
Lisa-Kaindé : Ça a été sor­ti de son con­texte. On a tou­jours eu une mai­son à La Havane, là on a sim­ple­ment échangé notre mai­son et la nou­velle a besoin de travaux. On ne vend pas et on n’achète pas à Cuba, on échange. Cer­tains médias ont fait son­ner cette his­toire comme si on était dev­enues richissimes et qu’on retour­nait au pays.
Nao­mi Diaz : On va à Cuba depuis nos trois mois !
LK : On a juste obtenu d’avoir un peu plus de sur­face, des cham­bres un peu plus grandes. On en avait marre de dormir dans la même cham­bre, main­tenant on peut faire venir nos amoureux !
En toutes ces années de vis­ites à Cuba, le pays a beau­coup changé ?
LK : Énor­mé­ment. L’endroit s’occidentalise, c’est un désir des jeunes, ils veu­lent s’ouvrir. Mais nous, on va tou­jours aux mêmes endroits, en famille, avec nos amis, notre cocon.
ND : Main­tenant ils ont accès à Inter­net, c’est très récent et ça change tout.
Vous y avez dis­tribué votre album avec un sys­tème très local.
LK : À Cuba il y a ce qu’on appelle El Paque­te. Si tu veux pro­mou­voir ta musique, la seule manière de la dif­fuser est d’aller voir ces per­son­nes qui déti­en­nent des ban­ques de don­nées cul­turelles dans leurs ordi­na­teurs instal­lés dans de petites bou­tiques. Les gens vien­nent avec leur clef USB, se con­nectent aux ordi­na­teurs disponibles et récupèrent chaque semaine le paquet, des séries améri­caines, de la musique, de l’information, etc. On a payé pour met­tre à dis­po­si­tion nos clips et notre album entier, que les gens puis­sent écouter notre musique.
ND : On a joué une seule fois à Cuba pour un fes­ti­val, c’était un stress énorme parce que notre père y était telle­ment con­nu (le per­cus­sion­niste Angá Diaz, enten­du notam­ment sur l’album de Bue­na Vista Social Club, ndr). Mais c’était un beau moment.

Coachella

LK : C’était de toute manière un fes­ti­val impor­tant à faire pour nous et ça nous a fait réson­ner dans le monde, c’est une bonne carte de vis­ite.
ND : Ce n’est pas le meilleur fes­ti­val qu’on ait fait… mais pas le pire non plus. C’est très bien huilé et ce que j’aime bien, c’est que tous les artistes sont au même endroit dans les loges, on peut ren­con­tr­er des gens, pourquoi pas col­la­bor­er un jour.
LK : Mais c’est très cher, il n’y a que des spec­ta­teurs qui ont les moyens, c’est très blanc, etc.
Vous avez croisé qui ?
ND : Joey Bada$$, Dip­lo, etc. Ce qui est amu­sant aus­si, c’est que les artistes regar­dent ce qui passe à Coachel­la. Quelques semaines après, on a ren­con­tré James Blake et il nous a dit : “Je vous ai vues sur le livestream de Coachel­la.” C’était assez extra­or­di­naire.
Vous avez beau­coup tourné de l’autre côté de l’Atlantique
ND : On a fait cinq petites tournées aux USA, d’est en ouest. On a adoré New York et la foule inter­minable à Cen­tral Park, ou Chica­go, on a même ouvert pour Suf­jan Stevens au Hol­ly­wood Ball.
LK : C’est amu­sant de voir com­ment les gens réagis­sent selon les villes. Ce que j’aime, c’est que les Améri­cains ont com­pris que tout est une ques­tion de trans­mis­sion d’énergie, il faut en don­ner aux artistes sur scène et ils vont la ren­voy­er.

Chilly Gonzales

ND : On l’adore, quel per­son­nage, il se met en scène, il a quelque chose d’extraordinaire, un aplomb fou. On a gran­di en écoutant sa musique, les Solo Piano. On l’a ren­con­tré à France Inter, à l’émission d’André Manoukian, il jouait avant nous. On a un peu par­lé, à la fin on a tous jam­mé, on avait invité Chas­sol et Orel­san. Il nous a invités à dîn­er et nous a dit que si on avait besoin de lui un jour, il viendrait avec plaisir. On l’a invité sur scène à notre Casi­no de Paris. On a joué “Stranger/Lover” auquel il a don­né un twist un peu Dr Dre, incroy­able. Puis on l’a invité sur l’album.
LK : On a passé une belle journée en stu­dio avec lui et Richard Rus­sel (patron de XL et pro­duc­teur d’Ibeyi, ndr). C’était mag­ique, mirac­uleux.

Michelle Obama

LK : Qu’elle est belle ! Sur ce nou­v­el album, il y a une chan­son qui s’appelle “No Man Is Big Enough For My Arms”, c’est un bout de phrase que j’avais lue dans le livre La veuve Basquiat, où cette femme de Basquiat racon­te que quand elle avait sept ans, sa mère cachait des sol­dats qui voulaient éviter la guerre. L’un d’eux a dit à la petite : “Un jour je reviendrai et je me mari­erai avec toi.” Et elle a répon­du cette grande phrase du haut de ses sept ans. Je me suis dit que toutes les femmes de cette planète devaient enten­dre ça. Même si je me con­sid­ère libre, éman­cipée, forte, con­fi­ante, cette phrase m’a fait un bien fou. Ça n’a pas de rap­port avec les hommes, c’est pour célébr­er les femmes, pour qu’elles s’estiment, il n’y a pas besoin d’un homme pour cela. J’ai écrit ce titre pen­dant les élec­tions, le dis­cours de Michelle Oba­ma réson­nait dans toutes les têtes et Richard a sug­géré qu’on glisse un sam­ple de Michelle Oba­ma dans le morceau. Il a fal­lu clear­er ce sam­ple et bizarrement, on a réus­si ! Le pre­mier album c’était une manière de nous présen­ter, il par­lait aus­si de tout notre passé, tout notre bagage, notre deuil (la mort de leur père et de leur soeur, ndr). Cet album-ci, c’est nous aujourd’hui, notre con­stat du présent, nos vis­cères. On n’a pas eu de vraie pause, c’est Richard Rus­sel qui nous a con­seil­lé de ne jamais arrêter d’écrire, c’est un grand sage.

Beyoncé

LK : On a signé des papiers, on ne peut pas vrai­ment racon­ter tout ce que l’on a vu d’elle… mais c’était mer­veilleux.
ND : Tout a com­mencé sur Insta­gram où elle a posté une petite vidéo avec notre morceau “Riv­er” en fond sonore. Quelques mois plus tard, son équipe nous a appelées pour nous dire de venir sur un tour­nage, on ne savait absol­u­ment pas pourquoi on y allait. On a donc débar­qué à La Nouvelle-Orléans et on a fini sur le film de son album Lemon­ade.
Vous savez com­ment elle a décou­vert votre musique ?
LK : On ne sait pas, mais des années aupar­a­vant, avant même qu’on ne signe et que l’on enreg­istre notre pre­mier album, Jay Z avait demandé qu’on lui envoie notre musique après avoir enten­du une de nos chan­sons, on ne sait pas com­ment.
Est-ce que vous avez vrai­ment vu un effet sur votre notoriété nais­sante ?
ND : Bien sûr, il y a des gens qui nous dis­ent : “Ah, vous êtes les filles de Lemon­ade.” Et ça ne nous dérange pas, c’est une manière comme une autre de se faire con­naître. C’est à nous d’expliquer qu’on fait aus­si notre pro­pre musique.

Maman

ND : C’est toute l’équipe à notre dernier show à Paris, avec le disque d’or. Au milieu c’est notre mère et man­ageuse.
Vous ne pou­vez déjà pas échap­per à votre soeur, vous vous êtes en plus col­lées à votre mère !
LK : (rires) ça dépend de la façon dont on voit les choses. On ne se dit pas : “Notre mère est là, qu’est-ce que ça fait chi­er !” Beau­coup pensent ça parce qu’ils ne pour­raient pas tra­vailler avec leur mère, mais on la voit dif­férem­ment. Et c’est une rela­tion artis­tique aus­si, j’ai écrit des textes avec elle sur le nou­v­el album.
ND : On a une rela­tion par­ti­c­ulière, on est très proches, unies, il n’y a aucun tabou entre nous.
LK : De toute façon en tournée on a plutôt envie de se repos­er que de sor­tir, donc elle n’a pas grand-chose à nous dire.
ND : Elle est très fière, assez dure, elle nous pousse à tra­vailler plutôt qu’à pleur­er.

Défilé Chanel

ND : C’était un défilé à La Havane, on a ouvert le show en musique. C’était chez nous donc c’était vrai­ment une per­for­mance spé­ciale, ce mélange de France et de Cuba.
Sur YouTube on peut vous voir arrivant à la fash­ion week de Paris, dirigées par les pho­tographes sur un tapis rouge, pas franche­ment à l’aise.
ND : (rires) La pre­mière fois qu’on a été invitées à ces shows Chanel, on ne nous con­nais­sait pas. Alors j’ai dit à Lisa : “On ne s’arrête pas pour les pho­tos, ça ne sert à rien.” J’ai vu Lisa blo­quer quelques sec­on­des, je pri­ais pour qu’elle redé­marre.
LK : Je me sen­tais totale­ment débile, figée devant les pho­tographes qui n’en avaient rien à faire. Je ne savais pas ce que je devais faire ! Main­tenant ils nous con­nais­sent et cri­ent notre nom. Mais je trou­ve ce moment très stres­sant. Je suis déçue que tu l’aies remar­qué, j’essayais de faire ma “pok­er face”. (rires)

Ash, sor­ti le 29 sep­tem­bre sur XL Record­ings :

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