Edna Stern dans la chapelle de l'Immaculée/ ©David Gallard

Il n’était pas question de rater le sublime Variations Festival de Nantes : on vous raconte

Du 20 au 25 octo­bre dernier, le fes­ti­val Vari­a­tions à Nantes a bien eu lieu. L’édi­tion d’avril ayant été reportée, il n’é­tait pas ques­tion de sac­ri­fi­er l’édi­tion d’au­tomne, quitte à revoir son for­mat. Tsu­gi y était.

Jonathan Fitous­si / ©David Gallard

Ils l’ont fait. Mal­gré la pandémie, mal­gré les annu­la­tions en cas­cade, mal­gré le report, mal­gré le cou­vre feu qui s’imposait partout ailleurs, et le con­fine­ment qui se pro­fi­lait. Le Lieu Unique, bien con­nu des Nan­tais, a réus­si à organ­is­er la qua­trième édi­tion du fes­ti­val Vari­a­tions, dédié à la musique pour claviers de tous hori­zons, clas­sique, élec­tro, jazz, mais surtout inclass­able. Une semaine plus tard, cela paraît presque surréaliste.

Certes il a fal­lu faire des con­ces­sions : nom­bre de con­certs dras­tique­ment réduit, tout comme la jauge du pub­lic, masque oblig­a­toire durant les con­certs, et cer­tains musi­ciens ont été blo­qué aux fron­tières au dernier moment, entraî­nant des rem­place­ments de dernière minute. Pour don­ner envie mal­gré tout, les organ­isa­teurs ont choisi de ren­dre la total­ité du fes­ti­val gra­tu­it, sur réser­va­tion le jour même. Cer­tains con­certs étaient ain­si com­plets le matin même, dès 7h du matin. Petit regret : mal­gré la réduc­tion du nom­bre de con­certs, leur durée d’une heure max­i­mum, qui per­met de jon­gler entre les décou­vertes en temps nor­mal, n’a pas été aug­men­tée. Pas de quoi boud­er son plaisir : pou­voir assis­ter à un fes­ti­val en cette péri­ode est un for­mi­da­ble bol d’air.

D’autant que, si la pro­gram­ma­tion s’est con­cen­trée sur des artistes français et européens, elle reste tou­jours aus­si pointue et orig­i­nale, suiv­ant le même principe depuis qua­tre ans : faire dia­loguer les gen­res. Les repris­es de la pop vers le clas­sique, notam­ment, étaient à l’honneur, avec le très bon con­cert des Brux­el­lois d’Echo Col­lec­tive, com­pagnons de route de Johann Johans­son. Leur inter­pré­ta­tion de l’album Amne­si­ac de Radio­head avec des instru­ments clas­siques a su cap­tiv­er le pub­lic. Mais la palme revient à l’improbable pro­jet d’Antoine Souchav : adapter l’electro pop du Yel­low Mag­ic Orches­tra pour clavecin solo.

Antoine Souchav / ©David Gallard

Une fois dépassée l’incongruité du pro­gramme (ren­for­cée par les vit­raux de la chapelle accueil­lant l’événement), force est de con­stater que tout cela se tient par­faite­ment, notam­ment grâce à l’incroyable vir­tu­osité du musi­cien. Men­tion­nons égale­ment le duo entre le pianiste Thomas Enhco et la joueuse de marim­ba Bul­gare Vas­sile­na Ser­afi­mo­va (qui devait d’abord se pro­duire avec la pro­duc­trice Chloé), com­bi­nant Mozart, Piaz­zo­la, mais égale­ment la musique tra­di­tion­nelle bul­gare et une reprise de « Bit­ter Sweet Sym­pho­ny » de The Verve en clô­ture. Aus­si énergique que subtil.

Si clas­sique et jazz (avec le tou­jours for­mi­da­ble Vin­cent Peirani) ont eu leurs moments, la musique élec­tron­ique était aus­si à l’honneur. Que ce soit l’énergie rock hale­tante des Nan­tais Spel­teri­ni (rem­plaçant Not Wav­ing en dernière minute), la pop new wave et suave de Ben Shemie (leader de SUUNS), les boucles min­i­mal­istes de Jonathan Fitous­si et surtout l’ambient épique et majestueuse de Mond­kopf, les plaisirs ont été var­iés et nom­breux. L’accent est néan­moins mis sur des pro­jets plutôt émou­vants et min­i­mal­istes, et pas sur la rave. Un choix qui per­met de faire du bien à notre âme. Encore bra­vo au Lieu Unique pour avoir réus­si à offrir un beau pro­gramme. Et surtout, on croise les doigts pour la prochaine édi­tion, prévue en mars prochain.

Mond­kopf / ©David Gallard

Spel­teri­ni / ©David Gallard

Escaich con­tre Escaich / ©David Gallard

(Vis­ité 572 fois)