Indochine, Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Christophe Maé… Où vont les aides destinées aux jeunes artistes ?

Sur le papi­er, les sociétés de per­cep­tion et de répar­ti­tion des droits sont géniales. Elles prélèvent une par­tie des revenus des pro­duc­teurs, pour les redis­tribuer dans des pro­jets d’aide à la créa­tion et des actions de for­ma­tions artis­tiques. D’ailleurs, la loi prévoit que ces organ­ismes doivent revers­er 25% des rede­vances qu’ils perçoivent à des pro­jets sou­tenant de jeunes artistes. Sous forme de sociétés civiles, elles sont com­posées d’au­teurs, d’édi­teurs, de pro­duc­teurs et d’artistes-interprètes sous tutelle du Min­istère de la Cul­ture. Le prob­lème est que, trop sou­vent, les mem­bres du con­seil d’ad­min­is­tra­tion de ces sociétés se pla­cent aus­si comme béné­fi­ci­aires de ces aides, autant dans l’in­dus­trie musi­cale, audio­vi­suelle, que celle du livre, provo­quant alors des con­flits d’in­térêts dif­fi­ciles à masquer.

Déjà l’an­née dernière, le site lelanceur.fr dénonçait l’at­tri­bu­tion de ces aides prin­ci­pale­ment aux majors, à leurs artistes déjà bien en place et surtout plus tout jeunes : Chimène Badi, Charles Aznavour, Eddy Mitchell et John­ny Hal­ly­day, Les Enfoirés ou encore Zazie.

Aujour­d’hui, c’est le site lalettrea.fr qui vient de dévoil­er les arrange­ments entre les organ­ismes col­lecteurs et les béné­fi­ci­aires. Ain­si, on apprend que la Société civile des Pro­duc­teurs Phono­graphiques (SCPP) a rever­sé 100 000 euros d’aides à John­ny Hal­ly­day (encore une fois) pour son nou­v­el album, 123 000 € pour Christophe Maé, et 122 000 € pour Patri­cia Kaas, tous les trois signés chez Warn­er Music France. Du côté d’U­ni­ver­sal Music France, Rober­to Alagna et Ger­ald de Pal­mas ont perçu respec­tive­ment 80 000 € et 78 000 € tan­dis que chez Sony Music France, Indo­chine a obtenu 123 000 €, Julien Doré et Yan­nick Noah (seule­ment) 87 000 €. Et il n’y a pas que la SCPP. La Spe­di­dam, qui s’oc­cupe des droits des auteurs-interprètes aurait rever­sé 20 000 € à Musique Nou­velle en Lib­erté, asso­ci­a­tion sou­tenant finan­cière­ment des fes­ti­vals et des for­ma­tions musi­cales, présidée par Jean-Claude Casadesus, aus­si vice-président de la Spe­di­dam. L’or­gan­isme a par ailleurs rever­sé 55 000 € au Cen­tre des Musiques Didi­er Lock­wood et 13 000 € au bat­teur Manu Katché, alors que tous deux font par­tie du con­seil d’ad­min­is­tra­tion de la société.

Étrange coïn­ci­dence ? Et ce n’est pas seule­ment spé­ci­fique à l’in­dus­trie musi­cale. L’au­dio­vi­suel et le monde du livre con­nais­sent aus­si le même genre d’arrange­ments. Par exem­ple, la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit (Sofia), présidée par Alain Absire, a redis­tribué 72 000 € à l’As­so­ci­a­tion du Prix du Jeune Écrivain. Le prési­dent du jury d’écrivains qui délibèrent pour attribuer le fameux prix ? Alain Absire.

De la même manière que les lob­by­istes de Mon­san­to se sont vus inter­dits l’ac­cès au Par­lement Européen, peut-être faudrait-il com­mencer sérieuse­ment à revoir la lég­is­la­tion quelque peu “opaque” de redis­tri­b­u­tion de ces aides, qui au lieu de don­ner des oppor­tu­nités à de jeunes artistes, per­met de pro­longer la car­rière de certains.

 

(Vis­ité 3 805 fois)