©Edouard Nardon & Clement Pascal

🔊 Inter[re]view : Avec ce nouvel album lumineux, Odezenne goûte à la liberté totale

Après qua­tre albums, dont le dernier Au Bac­cara, sor­ti en 2018, on aurait pu penser qu’Odezenne, groupe for­mé par Alix Cail­let, Jacques Cor­mary et Mat­tia Luc­chi­ni, nous avait dit toute sa poésie. C’était sans compter sur 1200 mètres en tout, sor­ti ce ven­dre­di sur Uni­verseul. Un album en clair-obscur qui dit l’e­spoir et la per­sévérance, mal­gré la vie et ses reliefs.

“J’ai tra­ver­sé l’une des pires péri­odes de ma vie” Alix, d’Odezenne

Après être sor­tis d’une tournée tri­om­phale qui s’était ter­minée à New York, les trois potes s’é­taient prévu une pause. Mais le con­fine­ment en a décidé autrement : “Tous les soirs, on était dans notre stu­dio à Bor­deaux, on jouait de la musique, on fai­sait la fête… Finale­ment, cela a été un retour en stu­dio beau­coup plus pré­coce que prévu mais com­plète­ment provo­qué par la sit­u­a­tion dans laque­lle on était”. C’est dans cette bulle que naî­tra l’album.

“On s’est mis à écrire des textes sur un Google Doc en ligne, tous les deux l’un en face de l’autre et en direct. Tu peux mod­i­fi­er ce que l’autre écrit, on ren­tre un peu dans le cerveau de l’autre.”

Un peu moins de deux ans plus tard, Odezenne offre pas moins de 16 titres oĂą s’entrechoquent mille Ă©mo­tions, sans jamais entr­er dans l’excès, rĂ©c­it poé­tique des Ă©preuves tra­ver­sĂ©es par le groupe durant cette pĂ©ri­ode “atyp­ique”, selon Alix. Il en ressort un album extrĂŞme­ment riche, aux instrus tou­jours plus tra­vail­lĂ©es (signĂ©es Mat­tia) et des textes Ă  la fois intel­li­gents et Ă©piques. Après nous avoir bluffĂ© avec Au Bac­cara, Odezenne ne tombe pas dans la facil­itĂ©, au con­traire. Une Ă©nième rĂ©us­site que l’on doit sĂ»re­ment Ă  la com­plé­men­tar­itĂ© de ces potes de longue date (20 ans) et qui jouent ensem­ble depuis plus de dix : “On s’est mis Ă  Ă©crire des textes sur un Google Doc en ligne, tous les deux l’un en face de l’autre et en direct. Tu peux mod­i­fi­er ce que l’autre Ă©crit, on ren­tre un peu dans le cerveau de l’autre”, expliquent Jacques et Alix.

Mal­gré des épreuves dif­fi­ciles, notam­ment le décès bru­tal d’une proche du groupe, ce cinquième album n’est pas celui du deuil, de la tristesse, et encore moins du regret : “La vie va, la vie vient, la vie surtout”, chante Jacques dans “Pablo”. Du pre­mier titre au dernier, on nav­igue avec le groupe, à tra­vers ce qui fait, tan­tôt le charme, tan­tôt la dureté de la vie. Le titre de l’album le résume : “1200 mètres en tout désigne tout le relief qu’il peut y avoir dans la vie : des hauts et des bas, des moments qui passent très vite, d’autres très lente­ment… Il y a for­cé­ment des moments lumineux, d’autres plus som­bres…” ; “J’ai tra­ver­sé l’une des pires péri­odes de ma vie” con­fiera Alix. On ressort pour­tant de l’album avec un sen­ti­ment un peu étrange mais déli­cieuse­ment opti­miste. “Je pense que c’est dans l’ad­ver­sité qu’on arrive le mieux à trou­ver la drô­lerie et l’id­i­otie qui apaisent les choses”, tente Jacques.

“Les pre­miers con­certs d’Odezenne, c’é­tait en free par­ty. On y allait Ă  4h du mat.”

Si on a l’im­pres­sion, dès le pre­mier titre, d’en­tr­er dans une bulle planante et récon­for­t­ante avec le for­mi­da­ble “Mr Fétis” – sans doute l’un des plus beaux textes d’Odezenne – on est très vite sur­pris par “Palavas-les-Flots”, une bal­lade pop et joyeuse. Trois min­utes et vingt qua­tre sec­on­des plus tard, atter­ris­sage en douceur sur nos (regret­tés) dance­floors avec “Bitch”. Une note qui n’était pas négo­cia­ble et bien typ­ique du groupe quand on con­naît son rap­port à la musique élec­tron­ique : “Les pre­miers con­certs d’Odezenne, c’é­tait en free par­ty. On y allait à 4h du mat. C’est de la musique qu’on appré­cie et c’est pour ça qu’on se laisse aller sur quelques morceaux”, racon­te Alix. Dans le titre, Jacques bal­ance : “Putain j’ai l’air libre”. À voir comme Odezenne s’affranchit encore une fois des bar­rières de styles, notam­ment sur le très remar­qué “Mamour” sur lequel le groupe a posé un vocoder aux airs assumés de Daft Punk, c’est désor­mais une cer­ti­tude. Libre aus­si de col­la­bor­er avec celles et ceux qu’il affec­tionne, le groupe s’est offert un fea­tur­ing – le seul de l’al­bum – avec le duo Mansfield.TYA. Poé­tique à souhait. Libre encore, quand Odezenne nous bal­ance deux titres rap bien acerbes et maitrisés, “Regarde si c’est loin” et “Deux traits”, venant nous rap­pel­er les pre­mières sor­ties du groupe.

“Odezenne a tou­jours Ă©tĂ© un moyen d’être libre. Libre dans la vie, on ne bosse pour per­son­ne, on fait ce qu’on veut.”

“Odezenne a tou­jours Ă©tĂ© un moyen d’être libre. Libre dans la vie, on ne bosse pour per­son­ne, on fait ce qu’on veut. On est libre de rĂ©alis­er nos envies”, con­firme Alix. Jacques s’empresse d’ajouter : “On fait surtout ce qu’on peut avec nos armes, tout en restant libre, Ă©videm­ment”. Rassurez-vous les gars, c’est très bien comme Ă§a.

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Odezenne sera en tournée dans toute la France à par­tir de févri­er 2022 et au Zénith de Paris le 11 février.

©Edouard Nar­don & Clement Pascal

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