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© Yuki Kikuchi
29 août 2022

đŸŽ€ Interview de DIIV Ă  Cabaret Vert : 10 ans d’Oshin et mal de dos

par Juliette Soudarin

2022 est une annĂ©e anniversaire pour le groupe indie rock new-yorkais DIIV. VoilĂ  dix ans que l’album qui les a faits connaĂźtre Oshin est sorti. Pour cĂ©lĂ©brer ce premier album habitĂ© par des transgressions psychĂ©dĂ©liques et aĂ©riennes, DIIV a sorti au dĂ©but de l’Ă©tĂ© une version deluxe de l’album. Rencontre.

Lorsqu’on retrouve DIIV juste avant leur concert sur la scĂšne Illuminations de Cabaret Vert on ne peut pas dire que les quatre musiciens soient trĂšs frais. Cole, Colin, Ben et Andrew sont affalĂ©s sur le large canapĂ© de la salle d’interview qui nous est rĂ©servĂ©e. On les sent Ă©puisĂ©s, pas trĂšs enclins au bavardage. Rien Ă  voir avec le show qu’ils vont livrer quelques heures plus tard. Heureusement pour nous, au fil de l’entretien les langues se dĂ©lient pour ensuite parler mal de dos et de la difficultĂ© de concevoir un album.

Comment vous sentez-vous avant de monter sur scĂšne ?

Tous : On est fatigués * rires*

Andrew : J’ai mal au dos et j’ai besoin d’aller pisser.

Ben : On s’est couchĂ©s tard et on s’est levĂ©s tĂŽt. On est arrivĂ©s Ă  l’hĂŽtel Ă  2h du matin et on a dĂ» partir Ă  9h ce matin (ils jouaient Ă  La Route du Rock la veille NDLR). Mais bon, je suis impatient de jouer. On va ĂȘtre bons.

Cole : On est toujours un peu stressés de jouer. Je le suis en tout cas.

Avant chaque concert ? Vous faites des tournĂ©es depuis dix ans maintenant, c’est Ă©tonnant.

Colin  : Je pense qu’on est constamment en train de se dĂ©passer et d’essayer de rendre le concert diffĂ©rent, meilleur. On a l’impression qu’il y a un enjeu. Et nous avons des attentes assez Ă©levĂ©es. Donc peut-ĂȘtre que notre nervositĂ© vient de lĂ .

Est-ce que votre vision des concerts a changé durant ces dix ans?

Ben : Oui, carrĂ©ment. Ça semble plus complet aujourd’hui. Le show n’a pas fini d’évoluer, mais avant on jouait juste nos chansons et c’Ă©tait tout. Et maintenant il y a un peu plus de multimĂ©dia.

Colin : Et aussi, on jouait nos chansons hyper rapidement, mĂȘme pas de la maniĂšre dont elles Ă©taient enregistrĂ©es ou Ă©crites. Le show Ă©tait axĂ© sur l’Ă©nergie, uniquement sur l’énergie. Et beaucoup de nos compositions Ă©taient en quelque sorte mĂ©langĂ©es ensemble. Maintenant, il y a plus d’ambiances distinctes entre les diffĂ©rentes chansons, on dirait.

Ben : On travaille trĂšs dur sur la setlist. On ne la change pas radicalement d’un soir Ă  l’autre mais si on peut l’amĂ©liorer un peu, on essaie de changer les chansons.

Cole : Quand on est un nouveau groupe, les gens n’ont pas d’attente. Ils ne connaissent pas vraiment les chansons. Donc ils rĂ©pondent plus Ă  l’énergie, les chansons n’ont pas Ă  ĂȘtre jouĂ©es parfaitement, parce qu’ils ne les ont jamais entendues avant. Mais je pense que maintenant, c’est plus important de jouer les chansons comme elles sont censĂ©es l’ĂȘtre. Parce que les gens les connaissent.

Vous venez de sortir une rĂ©Ă©dition d’Oshin pour cĂ©lĂ©brer les 10 ans de ce premier album. Que reprĂ©sente-t-il pour vous ?

Andrew : Quand j’Ă©tais enfant, mon pĂšre prenait beaucoup de vidĂ©os. Et quand j’ai grandi, il a essayĂ© de les convertir en DVD. Dans chaque DVD, en raison de sa capacitĂ©, il y avait un morceau de ma vie qui durait environ deux ou trois ans. Et c’est un peu ce que je ressens avec cet album. Quand je l’Ă©coute, c’est comme si je regardais une vidĂ©o amateur de ces deux ou trois ans.

Cole : Comme un nouveau-né.

Quel Ă©tait votre Ă©tat d’esprit Ă  l’Ă©poque, quand vous travailliez sur Oshin ?

Cole : Je pense qu’on l’a rĂ©alisĂ© Ă  l’époque pour notre communautĂ© locale. Nous n’avions pas la moindre idĂ©e qu’il quitterait vraiment New-York. On voulait juste faire quelques concerts avec nos amis. Oshin semble ĂȘtre le fruit de cet environnement.

Et comment votre vie a-t-elle changé depuis cet album ?

Ben : Cole et moi sommes mariĂ©s. Pas l’un Ă  l’autre. *rires*

Colin : Et on a mal au dos maintenant.*rires*

Ce n’est pas difficile de monter sur scĂšne avec ce mal de dos ?

Andrew: C’est Ă©trange parce que quand le concert commence, on ne sent pas grand chose.

Colin : On a beaucoup d’adrĂ©naline.

Andrew : L’autre jour, j’ai commencĂ© Ă  avoir mal au dos au milieu du set. J’étais lĂ  en mode : « Oh man, maintenant ? » *rires*

Est-ce qu’il y a un·e kinĂ©sithĂ©rapeute qui vous suit sur la tournĂ©e ?

Collin : Oui, on en a fait venir.

Andrew : Apparemment, je ne m’Ă©tirais pas et ne m’asseyais pas correctement. Et j’en fais trop. J’ai une personnalitĂ© comme ça.

Cole : Je m’assois mal en ce moment. *rires*

Colin : La plupart des gens s’assoient mal.

Comment sommes-nous censé·es bien nous s’asseoir ?

Colin : Comme cela, droit.

Andrew : J’avais une colocataire qui s’asseyait comme ça tout le temps (s’assoit droit, loin du dossier les jambes collĂ©es, NDLR). Elle m’a dit : « Imagine un point droit au dessus de ta tĂȘte. Tes Ă©paules vont naturellement en avant, mais tu veux les basculer vers l’arriĂšre ». AprĂšs tu t’habitues Ă  t’asseoir comme ça, j’imagine.

Pour revenir Ă  la musique, votre dernier album Deceiver, Ă©tait plus sombre, avec des influences mĂ©tal. Vous ĂȘtes mĂȘme partis en tournĂ©e avec un groupe de mĂ©tal. Était-ce vital pour vous de trouver une nouvelle direction, Ă  ce moment ?

Andrew : Ouais, nous n’y avons jamais pensĂ© de la sorte ou formulĂ© comme ça. Mais oui, je pense que les choses auraient Ă©tĂ© diffĂ©rentes si nous n’avions pas pris cette direction. Probablement pour le pire.

Pourquoi pour le pire ?

Andrew : Peut-ĂȘtre qu’on s’en serait lassĂ©s ou qu’on se serait sentis rassis, comme si on se vendait. On a construit cette fanbase et on aurait pu continuer Ă  donner ce qu’elle attend. Mais ça aurait Ă©tĂ© un peu insipide. Ou alors on pouvait faire quelque chose qui nous intĂ©ressait vraiment et peut-ĂȘtre perdre quelques fans mais aussi en gagner beaucoup. C’est ce qu’on a fait.

Et comment parvenez-vous à vous dépasser album aprÚs album ?

Ben : Comment avez-vous changĂ© en 10 ans ? C’est une question difficile Ă  rĂ©pondre pour n’importe qui, et encore plus quand on essaie d’inclure notre sens artistique. Je ne sais pas
 ça semble naturel pour nous. On essaie juste de faire des choses qui nous excitent toujours. Et comme nous sommes des personnes diffĂ©rentes maintenant, il est logique que ce que nous faisions il y a 10 ans ne nous excite plus de la mĂȘme maniĂšre.

Cole : Nous aimons tous vraiment diffĂ©rents types de musique. Il y a tellement de musique qui sortent et tellement de directions Ă  prendre. Beaucoup d’artistes disent qu’ils font de la musique pour eux-mĂȘmes. Mais j’ai l’impression qu’on la fait pour chacun d’entre nous. En tout cas pour moi, c’est ça. Quand j’imagine la rĂ©action du public, je me demande en fait ce que les gars vont dire dans notre discussion de groupe. Ou s’ils vont juste dire quelque chose
 *rires*

Colin : Le silence est la rĂ©ponse la plus forte. Parfois tu envoies une dĂ©mo, et personne ne rĂ©pond. Et t’es lĂ  : « Ok, ce n’Ă©tait pas bon ».

Andrew : C’est comme quand tu vas au magasin d’art, et que tu veux faire de l’art. La derniĂšre fois que vous y ĂȘtes allĂ©s, vous avez pris des trucs qui vous ont Ă©merveillĂ©s le lendemain. Mais la prochaine fois que vous allez faire de l’art, vous allez aller dans un rayon diffĂ©rent. *rires*

Cole : Tout le monde achĂšte des trucs dans les magasins d’art au lieu de les voler. *rires*

Est-ce que par consĂ©quent, jouer vos premiers morceaux n’est plus stimulant ?

Colin : Non ça l’est toujours !

Andrew : Mais pour des raisons différentes.

Cole : En fait j’ai l’impression qu’une partie de la façon dont nous changeons, c’est juste nous qui Ă©voluons. Mais il y a quelque chose qu’on avait Ă  l’Ă©poque et Ă  laquelle je voudrais toujours m’accrocher : une excitation, une Ă©tincelle. À l’Ă©poque c’Ă©tait comme si nous devions faire de la musique. Nous voulions nous rendre heureux avec ce que nous faisions. MĂȘme si on n’aimait pas grand-chose en nous, notre musique Ă©tait rĂ©elle.

Et vous travaillez actuellement sur votre prochain album. À quoi va-t-il ressembler ?

Colin : Nous sommes trĂšs excitĂ©s. Ça sonne super bien. C’est probablement l’album dont on est collectivement le plus excitĂ©. Ben, tu parlais hier du fait que c’est notre plus grand Ă©cart.

Ben : Les deux premiers albums Ă©taient similaires mais aussi singuliers. Et aprĂšs Deceiver, ce n’est pas comme si nous pouvions revenir Ă  ce qu’on faisait avant. Donc, d’une certaine maniĂšre, ce prochain album est un mĂ©lange de nos trois opus. Mais c’est aussi quelque chose de totalement distinct.

J’ai pu voir que vous avez laissĂ© une marque utiliser des dĂ©mos que vous n’avez pas gardĂ© sur cet album parce qu’elles ressemblaient trop Ă  Deceiver. Est-ce que la nouveautĂ© est quelque chose vous cherchez dans votre travail ?

Colin : Pas nĂ©cessairement la nouveautĂ©, parce que, inĂ©vitablement, certaines des chansons qui sont sur le nouvel album sont vieilles maintenant. Mais elles ont toujours quelque chose de spĂ©cial. J’ai l’impression que ce qui nous intĂ©resse le plus maintenant, c’est de trouver un ensemble de chansons qui font sens ensemble. Et celles qu’on a faites pour cette campagne ne collaient pas forcĂ©ment. Donc c’Ă©tait logique de faire un bƓuf dessus.

Cole : Oui, la nouveautĂ© est vraiment tentante. C’est comme un truc brillant. Je veux toujours faire des trucs bizarres au lieu de faire de la bonne musique. Mais parfois ça ne tient pas la route. Et souvent, c’est juste la mauvaise chose Ă  faire.

Ben : Mais c’est aussi difficile, parce qu’il faut tellement de temps pour faire un album que l’on est tentĂ© d’abandonner des choses qui ne sont mĂȘme pas encore terminĂ©es. Donc tu dois vraiment te concentrer et te consacrer Ă  finir l’idĂ©e originelle, mĂȘme si elle n’Ă©tait plus nouvelle pour toi. Tu dois donc croire en la chanson et te rappeler que quelque chose te stimulait.

Mais avez-vous dĂ©jĂ  pensĂ© Ă  utiliser un autre nom de groupe pour faire d’autres choses ?

Tous : On y a pensé ! *rires*

Ben : Mais nous prenons beaucoup de temps pour faire un album. Donc c’est un peu difficile d’imaginer de faire plusieurs choses Ă  la fois.

Colin : C’est drĂŽle, cependant, parce qu’il semble de plus en plus commun maintenant que les groupes sortent beaucoup de disques. Ce n’est pas un commentaire sur la qualitĂ© de la musique qui en souffre ou je ne sais quoi, juste je pense que ces groupes travaillent diffĂ©remment. Mais c’est tentant d’en faire plus parce que nous avons beaucoup de dĂ©mos. J’ai l’impression que les disques que nous faisons sont sacrĂ©s pour nous.

Cole : Chaque disque est un ensemble des meilleures hits de nos démos.

Colin : Comme Ben l’a dit, c’est beaucoup de travail. Et il y a cette lutte interne Ă©ternelle oĂč, par exemple, tu obtiens une chanson dont tu es content. Tout le monde dans le groupe est excitĂ©, on l’Ă©coute et on se dit : « Mec, cette chanson dĂ©chire », et puis on commence Ă  travailler sur la suivante. Et finalement, les chansons s’amĂ©liorent, certaines sont laissĂ©es de cĂŽtĂ©. Et la chanson pour laquelle vous Ă©tiez vraiment excitĂ© trois mois avant, tout d’un coup, c’est comme si elle Ă©tait moins cool. Faire un album est donc un Ă©quilibre constant entre tous ces matĂ©riaux diffĂ©rents.

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