© F. MAYOLET

đŸŽ€ Stade de France, Kaytranada, son prochain album
 Entretien avec H.E.R.

Avec un nom Ă©nig­ma­tique et une aura Ă©vi­dente, H.E.R. s’est trĂšs vite frayĂ©e un chemin pour atter­rir sur une route pavĂ©e d’or. Elle endosse claire­ment le rĂŽle de nou­velle super­star du R&B amĂ©ri­cain, en y amenant beau­coup de soul et une Ă©nergie rock cer­taine. À 25 ans elle a dĂ©jĂ  chan­tĂ© l’hymne amĂ©ri­cain au Super Bowl, a glanĂ© 3 Gram­my Awards et un Oscar de la Meilleure chan­son orig­i­nale. Avant son live impres­sion­nant Ă  Cabaret Vert sous la pluie bat­tante, H.E.R. a accordĂ© un entre­tien exclusif Ă  Tsugi.

 

C’est assez inhab­ituel de te voir en France, ce n’est que le 3Ăšme endroit oĂč tu joues en France cette annĂ©e. Ça fait quoi d’ĂȘtre lĂ  ? 

H.E.R. : C’est vrai­ment gĂ©nial ! Je ne suis jamais venue ici. L’en­droit est vrai­ment beau et j’aime telle­ment la France, Ă  chaque fois que je viens j’es­saie d’ex­plor­er le coin. J’ai vrai­ment hĂąte de jouer, parce que pour moi la France a sou­vent la meilleure Ă©nergie, et les publics les plus mignons.

 

Com­ment c’é­tait Ă  Nice et au Stade de France avec Coldplay ? 

H.E.R. : Nice c’é­tait cer­taine­ment l’une de mes dates prĂ©fĂ©rĂ©es de toute ma car­riĂšre, vrai­ment ! En plus l’en­droit est mag­nifique, l’in­stal­la­tion au bord de l’eau, mĂȘme les immeubles
 Je n’avais jamais rien vu de ce genre. Par con­tre il fai­sait si chaud ! Et Ă©videm­ment, le Stade de France c’est irrĂ©el. Tu sais, ĂȘtre capa­ble de crier “Bon­jour!” et ça ric­oche sur tous les murs et les recoins du stade
 Incroyable.

Com­ment Ă©taient les gens dans le pub­lic de Cold­play ? Com­ment ont-ils reçu ta musique ? 

H.E.R. : Au dĂ©but ils Ă©taient en mode “mmh OK
 C’est qui?”. Quelques-uns sem­blaient me con­naĂźtre, d’autre avaient enten­du par­ler de moi sans con­naĂźtre ma musique. Tu vois? Et au fil du con­cert, tu les vois ren­tr­er dans la danse, dans l’am­biance douce­ment mais sĂ»re­ment. Et Ă  la fin ils Ă©taient dedans, piquĂ©s, et pour eux c’é­tait sou­vent inat­ten­du. C’est cool parce qu’à la fin du show, je les ai sen­tis super-connectĂ©s.

 


 Et puis ils te retrou­vent pen­dant le con­cert de Cold­play, quand tu rejoins Chris Mar­tin sur une “Let Some­body Go”

H.E.R. : Oui, c’est claire­ment ma chan­son prĂ©fĂ©rĂ©e de leur dernier album. C’est cool en plus, de pou­voir faire un solo de gui­tare quand je joue avec eux
 C’est fou, c’est insen­sĂ©, jamais je n’au­rais pen­sĂ© que je pour­rais jouer avec Chris Mar­tin et Coldplay.

Quand tu es en tournĂ©e, est-ce que tu trou­ves du temps pour Ă©crire, pour composer ? 

H.E.R. : Un peu, je prends le temps. Parce que je pense que c’est impor­tant de rester crĂ©a­tive. Et aller dans toutes ces villes m’in­spire beau­coup. Mais ce n’est pas si facile pour moi, j’ai du mal Ă  chang­er d’é­tat d’e­sprit. LĂ  en ce moment je suis en mode con­certs. Mais j’es­saie d’au moins Ă©crire des idĂ©es, des bribes de notes. Les voy­ages en trains, en avion m’in­spirent un peu. Mais c’est surtout de ren­con­tr­er des gens, de ressen­tir plein de nou­velles choses oĂč que j’aille


 

Qu’est-ce qui t’in­spire le plus ?

H.E.R. : Je pense que c’est ma vie per­so, et la musique que j’é­coute. J’écris beau­coup Ă  pro­pos de ce que je ressens, ou par­fois pour rigol­er j’écris depuis la per­spec­tive des gens autour de moi. Ce qui est cool, mais trĂšs rare (rires). RĂ©cem­ment une amie, qui s’avĂšre aus­si ĂȘtre ma maquilleuse, a per­du son chien et elle en Ă©tait trĂšs proche. Alors pour m’a­muser, enfin plutĂŽt en hom­mage, j’ai Ă©crit une chan­son lĂ -dessus et c’é­tait vrai­ment chou. Mais je sais pas si mon pub­lic pour­ra l’en­ten­dre un jour. En tout cas elle l’a enten­due et elle Ă©tait en larmes. Ça l’a touchĂ©e. Une autre fois, quelqu’un m’a dit ce qu’il pen­sait de moi et
 Dis­ons que je ne l’ai pas reçu de la meilleure des maniĂšres (rires) mais j’en ai fait une chan­son, en par­tant de son point de vue. Elle s’ap­pelle “Don’t know what to do”, mĂȘme si elle n’est pas sortie.

 

As-tu des role-models dans la musique ? 

H.E.R. : Des tas ! Rihan­na est l’une d’en­tre elles, ce qu’elle a con­stru­it en si peu de temps c’est grandiose. C’est une patronne, j’ad­mire tous ses pro­jets. J’aimerais qu’elle sorte un peu plus de musique mais bon, je pense que ce qu’elle a fait est incroy­able. J’aime Adele, son humil­itĂ© et sa dis­cré­tion hors de scĂšne, et Ă©videm­ment sa musique et sa voix ! Et puis Kendrick Lamar qui est focal­isĂ© sur son art, sur sa musique et quand tu le vois il y a un effet “wow”. Il fait un tra­vail Ă©norme sur ses paroles. J’aime son engage­ment et ses pris­es de positions.

 

Ton dernier album Back of My Mind est sor­ti depuis dĂ©jĂ  un an, est-ce qu’un nou­veau est en prĂ©paration ?

H.E.R. : Absol­u­ment ! Je tra­vaille sur un nou­veau pro­jet. Il sera majori­taire­ment, si ce n’est pas entiĂšre­ment, com­posĂ© en col­lab­o­ra­tion avec des artistes fĂ©minines. Je suis si ent­hou­si­aste ! Il y aura plusieurs styles dif­fĂ©rents, qu’avec des femmes que j’ad­mire. J’ai vrai­ment trĂšs hĂąte, et je pense que les gens vont ador­er. Ça brise pas mal de bar­riĂšres entre les gen­res, c’est juste de la bonne musique en fait.

Tu sais quand il pour­ra sortir?

H.E.R. : Pas encore, on va voir.


Et le sujet prin­ci­pal, la thé­ma­tique de l’album? 

H.E.R. : Je pense que la thé­ma­tique c’est tout sim­ple­ment les femmes et le women empow­er­ment. Les choses qu’on doit affron­ter, ce qu’on vit et ce qu’on ressent. Dif­fĂ©rentes his­toires de femmes dif­fĂ©rentes. Il y a beau­coup de mon his­toire et de ce que je ressens, mais c’est sur la soror­itĂ©. Pas nĂ©ces­saire­ment dans les textes, mais dans l’intention.


Tu as tra­vail­lĂ© avec Kay­trana­da sur son EP Intim­i­dat­ed, sur son titre “Intim­i­dat­ed” pré­cisé­ment. Com­ment s’est faite la con­nex­ion entre vous deux, com­ment avez-vous tra­vail­lĂ© ensemble? 

H.E.R. : Oh, je ne me rap­pelle mĂȘme pas com­ment c’est arrivĂ©. Je suis fan de Kay­trana­da depuis trĂšs longtemps, mais vrai­ment trĂšs fan. Il dĂ©chire tout depuis des annĂ©es, et j’ai tou­jours voulu faire une ses­sion enreg­istrement avec lui, pour voir ce qui en sor­ti­rait. Il m’a poussĂ© Ă  le faire, et j’ai l’im­pres­sion qu’ensem­ble, on a fait quelque chose de dif­fĂ©rent de ce qu’il fait habituellement.


Vous vous con­naissiez avant ?

H.E.R. : Non, pas vrai­ment en fait. On s’est ren­con­trĂ©s en stu­dio. On a tra­vail­lĂ© quelques jours. Je me rap­pelle juste m’ĂȘtre lais­sĂ©e porter vers beau­coup d’idĂ©es dif­fĂ©rentes, c’é­tait gĂ©nial ! Et puis j’ai fini par le piano et j’ai jouĂ© le *tudu­tu­tu* (elle mime et fre­donne la par­tie piano). J’ai jouĂ© ce riff sur la chan­son, et ça venait juste d’un mĂ©mo vocal. Kay­tra l’a pro­duit, mixĂ©, pitchĂ© un petit peu
 Et au final, le titre a cet esprit Janet Jack­son que j’aime vrai­ment. C’est comme si on s’é­tait tous les deux tirĂ©s vers le haut, pour faire quelque chose de dif­fĂ©rent de ce qu’on fait d’habi­tude, cha­cun de notre cĂŽtĂ©.

 

Tu prĂ©vois de faire ou refaire des col­lab­o­ra­tions avec des artistes de musique Ă©lectronique ? 

H.E.R. : Com­plĂšte­ment. J’adore la musique Ă©lec­tron­ique, et les gens qui l’in­cor­porent dans leur musique comme Fly­ing Lotus. J’aime ce qu’a fait B (Bey­on­cĂ©) sur son dernier album, je suis une trĂšs grande fan de J Dil­la
 Et j’aime bien des gens comme Dis­clo­sure. Mais c’est sĂ»r que j’aimerais enreg­istr­er un disque avec Kay­trana­da et Dua Lipa. Je pense qu’à nous trois, on ferait quelque chose de vrai­ment mag­ique. Je l’ai dit Ă  Dua Lipa aus­si, avec un peu de chance quand on trou­vera le temps, on le fera. J’adore ce pan de la musique et je pense que c’est sou­vent expĂ©ri­men­tal, tou­jours amu­sant, il y a telle­ment de pos­si­bil­itĂ©. Comme je le dis­ais je suis trĂšs fan de J Dil­la, alors j’aime incor­por­er de la soul un peu partout.


Est-ce qu’on trou­vera de la musique Ă©lec­tron­ique dans ton nou­v­el album ?

H.E.R. : Je ne suis pas sĂ»re, on ver­ra. Quand j’assem­blerai tout, on ver­ra ce qui se passera.


Si tu devais garder un seul con­cert que tu as vécu, ce serait lequel?

H.E.R. : Mon meilleur con­cert ? Prince, c’est mon meilleur sou­venir de tous les temps. Pour moi c’est l’un des plus grands per­form­ers de l’his­toire, et je n’ai pas eu la chance de voir tous les autres grands mal­heureuse­ment. Mais par­mi ceux que j’ai vu, Prince est claire­ment numĂ©ro 1. C’é­tait Ă©lec­trique et telle­ment funky. Il y avait telle­ment de styles de musique dans ses albums, et ça se retrou­vait dans ses lives. Et sa prĂ©sence sur scĂšne m’a beau­coup inspirĂ©e, mĂȘme si j’é­tais trĂšs jeune. Je devais avoir 13 ou 14 ans. Je me sens telle­ment recon­nais­sante d’avoir pu le voir jouer.


Et le con­cert que tu n’as jamais pu voir ?

H.E.R. : J’au­rais adorĂ© pou­voir voir Michael Jack­son. Parce que c’est
 le plus grand. Ça devait ĂȘtre incroy­able Ă  voir en vrai.


MĂȘme ques­tion avec un album

H.E.R. : Quoi, un seul album? Mais c’est trop dur ! Bon, comme Prince est mon artiste prĂ©fĂ©rĂ©, je dirais sĂ»re­ment Pur­ple Rain, si je devais choisir. C’est un album immen­sé­ment impor­tant, avec beau­coup de styles de musiques dif­fĂ©rents et pas mal de gui­tare Ă©lec­trique. Et j’adore les his­toires des chansons.


Tu as rĂ©cem­ment lancĂ© une procé­dure de jus­tice con­tre ton ex-label NBK Enter­tain­ment, est-ce que tu veux en parler ?

H.E.R. : Pas vrai­ment. MĂȘme si j’ai encore de l’amour pour les per­son­nes impliquĂ©es mais



Quand tu as sor­ti ton pre­mier EP H.E.R. Vol­ume 1, en 2016, tu as choisi de rester anonyme. Pourquoi ?

H.E.R. : Parce que je voulais que les gens se con­cen­trent sur la musique, et laiss­er la musique par­ler. Je pense qu’on se focalise trop sur des choses extĂ©rieures, sur le physique
 Tout ça n’a pas d’im­por­tance. On Ă©coute sou­vent avec nos yeux au lieu de juste Ă©couter avec nos oreilles, non? Je voulais juste que ce soit un mes­sage, et que les gens l’é­coutent vrai­ment. C’é­tait l’ob­jec­tif. Et je pense que, dans une dĂ©marche plus naturelle, je donne plus, le pub­lic me ressent vrai­ment et ça crĂ©e une con­nex­ion plus sincĂšre entre nous. Je pense la mĂȘme chose aujour­d’hui : pas d’ap­parences, je me cen­tre sur l’art, sur la musique.

(Vis­itĂ© 536 fois)