Crédit photo : Valentin Fabre

Interview : House of Moda fait ses adieux à la nuit queer parisienne

House of Moda, c’est 8 ans de soirées parisi­ennes extrav­a­gantes chaque mois. Reno et Crame, les deux fon­da­teurs, pré­par­ent leur dernière à La Java ce same­di 20 juil­let. Reno a endossé le rôle de porte-parole du duo pour répon­dre à nos ques­tions.

Si vous deviez expli­quer le con­cept de vos soirées à un·e novice, qu’est-ce que vous diriez ?

House of Moda, c’est la fête avant tout, c’est l’ex­cen­tric­ité. C’est met­tre en avant des looks, des per­son­nages, des créa­tures. C’est aus­si la libéra­tion, ça per­met de se sen­tir vrai­ment soi-même ou de créer un per­son­nage que t’as envie d’in­car­n­er, c’est la musique c’est les amis, c’est la famille.

Com­ment est-ce que l’histoire de House of Moda a com­mencé ?

Ca a com­mencé en 2011. On a eu l’op­por­tu­nité avec Crame d’or­gan­is­er une soirée au petit Social à l’époque. On a eu cette idée là parce que l’am­biance était un peu mori­bonde dans la nuit parisi­enne, il ne se pas­sait pas grand chose dans la nuit queer LGBT. Avec d’autres amis, on fai­sait des fringues, c’é­tait impor­tant pour nous. Donc on a décidé de créer une soirée qui mêle notre goût pour le club­bing et pour le look, les déguise­ments, et ça a don­né House of Moda.

Pourquoi vos soirées sont si spé­ciales ?

On a sen­ti quelque chose venir, et on a été le déclencheur de quelque chose dans la nuit queer en accueil­lant des per­for­mances, des drag queens et des gens déguisés, ce qu’on ne voy­ait plus trop dans les soirées lamb­da. C’é­tait un vent de fraicheur sur la nuit et dans le milieu, ça a fait du bien à beau­coup de monde. On a accueil­li des gens qui se sont sen­tis en sécu­rité dans nos soirées et qui avaient besoin de ça pour s’ex­primer parce qu’ils ne le trou­vaient pas ailleurs.

Les soirées queer se sont mul­ti­pliées ces dernières années, est-ce que c’est dif­fi­cile d’ex­is­ter main­tenant ?

Depuis deux ans, c’est dif­fi­cile dans le sens où en effet, il y a beau­coup de choix. Beau­coup de gens se sont mis dans ce créneau de soirées queer. Ils ne font pas for­cé­ment la même chose que nous. Le choix a fait qu’on a peut-être été un peu oubliés par la généra­tion qui est arrivée après et ne nous con­nais­sait pas. Je crois qu’on a don­né nais­sance à une généra­tion de gens qui, eux aus­si, ont voulu, de leur pro­pre chef, faire des choses dans ce sens là et l’ont adap­té à leurs goûts. On a peut être pas assez suivi le mou­ve­ment, il y a prob­a­ble­ment eu un petit décroche­ment d’une par­tie du pub­lic parce qu’il a évolué.

Pourquoi l’expérience House of Moda se ter­mine ?

Une des raisons, c’est ce dés­in­térêt du pub­lic. On a peut-être aus­si fait des mau­vais choix. On avait envie d’ar­rêter parce qu’on est arrivé au bout de quelque chose. Puis on a des pro­jets à côté avec Arnaud (Crame). C’est quand même un vrai taff d’or­gan­is­er des soirées tous les mois et on est pas un col­lec­tif, on est que deux donc c’est un peu plus dif­fi­cile. Puis d’un com­mun accord, on s’est dit qu’il fal­lait par­tir avec panache.

Pourquoi organ­is­er votre dernière à La Java ?

La Java c’est un lieu impor­tant pour nous. Avant la House of Moda, on a vécu de belles soirées là-bas. Crame a débar­qué avec sa soirée Mort aux jeunes à la Java avant nous, il  y avait aus­si Flash Cocotte avant nous. Il y a eu pas mal de soirées queer qui ont com­mencé à La Java. Puis c’est un lieu qui nous tient à coeur parce qu’il autorise beau­coup de choses. C’est un club atyp­ique et bien placé. On l’aime beau­coup et on a eu des regrets de le quit­ter à un moment don­né. Donc on s’est dit qu’il fal­lait mar­quer le coup en organ­isant la dernière à La Java.

A quoi est-ce que le pub­lic doit s’attendre pour cette dernière de la House of Moda ?

On a invité un groupe de drags qui s’ap­pelle Le Dépo­toir qui va donc faire une per­for­mance hom­mage aux précé­dentes édi­tions. Il n’y a pas de DJ guest cette fois-ci, c’est pour notre gueule ! Et nous et nous et nous ! On va mix­er toute la nuit avec Crame. Ca va être triste, enfin il va y avoir plein d’é­mo­tions. Je pense qu’on va revoir beau­coup de gens qui ne sont pas venus depuis des mois ou des années. On ressent des émo­tions même dans les posts qu’on voit sur Face­book. Pas mal de gens nous remer­cient d’avoir été là, d’avoir résisté. C’est cool de voir ça !

Une anec­dote mar­quante à racon­ter sur une de vos soirées ?

Oula, c’est com­pliqué on en a fait pas mal des soirées. Je vais réfléchir… Bon c’est pas for­cé­ment drôle, mais je me rap­pelle d’une soirée il y a deux ans. Il était 4h du matin, l’am­biance bat­tait son plein et puis pen­dant un mix d’un de nos guests, il y a l’alarme incendie qui s’est déclenchée. Les gens com­pre­naient pas ce qui se pas­sait, moi non plus. On était dans une sorte d’en­tre deux, il y a des per­son­nes qui sor­taient, d’autres qui restaient danser. C’é­tait hyper che­lou. Puis ça a repris tran­quille­ment au bout de quinze min­utes. Sinon à La Java, comme c’est un club per­mis­sif, il y a une cer­taine ambiance. Tu pou­vais voir des gens nus par­fois, des per­son­nes qui s’é­tal­ent sur le DJ booth, les drag-queens qui dansent. C’est toute une folie générale qui va nous man­quer.

Est-ce que vous avez d’autres pro­jets en tête ?

Avec Crame, on a un tra­vail à côté qui nous occupe pas mal donc c’est un peu com­pliqué. Pour le moment, je ne sais pas encore ce que l’avenir nous réserve.

L’esprit House of Moda en 3 mots ?

En trois mots, je dirais excen­trique, libéré et famil­ial.

La diva par excel­lence, c’est qui selon vous ?

Finale­ment on a pas de mod­èle défi­ni. Après, la diva suprême ça pour­rait être une com­bi­nai­son de per­son­nages, chanteuses et actri­ces comme Grace Jones, Divine et Dol­ly Par­ton. C’est un bon com­bo.

Retrou­vez toutes les infor­ma­tions de la dernière soirée House of Moda sur l’événe­ment Face­book.

Arno et Crame, organisateurs de House of Moda

Crédit pho­to : Marie Rouge // Arno et Crame, les organ­isa­teurs des soirées House of Moda.

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