Skip to main content
© Marion Sammarcelli
15 février 2023

Interview: Infravision (P. Bozzi et Kendal), l’émotion italo-disco et la puissance club

par Marion Sammarcelli

Infravision, le side-project italo-disco, trance, EBM et new beat de Pablo Bozzi et Kendal s’impose comme figure de proue d’un nouveau genre : l’Italo Body Music. On a pu les rencontrer juste avant leur passage sur scène, dans le Bunker Palace du festival Astropolis l’Hiver

Depuis la sortie de leur premier album Illegal Future en 2021, le duo Infravision sillonne les clubs pour transmettre son amour du son des années 1980-1990. Un joyeux mélange de mélodies italo-disco et de kicks rendant hommage à la culture club. Ce samedi, dans les loges du festival Astropolis l’Hiver, on a échangé. Sur les origines de leur duo, leur complicité, les influences dont ils se nourrissent et même à propos de leurs magnifiques chemises à manches courtes. Ce qui est sûr c’est que ces potes, dans la vraie vie comme derrière les platines, ont encore beaucoup à nous offrir.

 

Chacun de votre côté vous gérez en tant que producteur et DJ aux influences italo-disco, EBM, synthwave et trance. Aujourd’hui, vous incarnez le duo Infravision. À quand remonte votre première rencontre ?

Kendal : Ça doit faire cinq ans. Je suis arrivé à Toulouse en 2016, Pablo habitait déjà à Berlin, mais on avait la même bande de potes qui faisaient du son. 

Pablo : On sortait aux mêmes soirées à Toulouse, donc on a une équipe de potes qui s’est formée puis on a monté un crew. On était dans des univers de musique différents mais on arrivait à apporter chacun notre touche personnelle, c’était enrichissant ! Kendal et moi, on s’est encore plus rapprochés car on avait des influences similaires.

 

Alors, amis à la ville comme à la scène, comment décririez-vous votre duo, votre complicité, la façon dont vous travaillez ensemble ?

Kendal : C’est une fripouille (rires) !

Pablo : En plus je l’ai bien fait chier toute la journée (rires) ! 

Kendal : En fait avec Pablo, quand on joue ensemble le weekend, c’est toujours cool le vendredi… Le lendemain, quand il n’a pas trop dormi -et que je suis le seul dans son environnement- il aime bien m’emmerder, me mettre des petites pichenettes derrière l’oreille par exemple ! 

Pablo : Je m’occupe comme ça (rires) ! 

Kendal : Plus sérieusement, il y a une complémentarité entre nous. Quand on produit à deux, on sait qu’on ne fera pas de compromis. On cherche ensemble la meilleure idée ! Et comme on a le même background, on veut atteindre le même résultat. Que ce soit derrière les platines ou en production, on se fait vraiment confiance. Il n’y a pas d’égo. 

Pablo : On est complémentaires, on apporte chacun des choses qui nous sont propres. Si on veut comparer, quand on a commencé à faire du son ensemble, j’étais affilié à la scène EBM. Une scène assez fermée en terme de visions et d’état d’esprit, alors que Kendal faisait partie d’une scène beaucoup plus décomplexée. Donc quand je m’empêchais de jouer ce qui me faisait kiffer, par peur du jugement quant à mon affiliation à la scène EBM, il a su m’apporter de la légèreté. Ça m’a débloqué. Et si il y a deux, trois puristes qui ne sont pas contents… et bien je les emmerde. 

 

© Marion Sammarcelli

 

Votre univers musical tourne autour de l’italo-disco 80s, l’EBM, la trance des années 1990, la synthwave. Ça vient d’où, comment avez-vous découvert ces genres ?

Kendal : Tout ce côté 80s vient de mon amour pour la science fiction et les films d’anticipation. L’italo-disco c’est futuriste. Et ce n’est pas juste de la culture club, c’est imagé, mélodique. Il y a dix ans, quand j’ai commencé à composer mes propres sons, je faisais déjà de l’italo. Ce style m’a toujours parlé. Par la suite, tu tires le fil : si tu aimes Depeche Mode, alors tu aimes The Hacker, qui est très influencé par eux. Tu enchaînes avec Vitalic qui fait le pont entre tout ça… Et puis je suis jeune, mais assez vieux pour avoir des cousins qui me faisaient écouter des compil’ trance à mes 10 ans. Ou bien du punk. Je me souviens aussi des débuts de Daft Punk, puis de la french touch avec Ed Banger Records. Je suis même passé par David Guetta et Joachim Garraud…   

Pablo : Ah, moi j’ai pas trop eu ça tu vois (rires) ! 

Kendal : Donc tout ce background musical, mélangé au cinéma, a donné ce que je produis aujourd’hui. C’est le genre de musique qui sonne comme un classique même sans connaître le track.

Pablo : On a beaucoup de choses en commun. J’ai commencé dans la scène EBM, qui a beaucoup de liens avec la scène italo, new beat, trance… C’est la même période, les mêmes pays, les mêmes labels. Il y a l’aspect cinématographique aussi. Ce qui nous a intéressés en produisant ensemble, c’est de mélanger les éléments qu’on préfère dans chaque genre. Pour créer un son qui nous est propre et qui représente nos influences.

Kendal : On prend le côté nostalgique et rassurant du disco, le côté dark de l’EBM et le côté rave de la trance. Ça crée une euphorie, ça mélange plein d’émotions.

 

Pourrions-nous en savoir plus sur la naissance d’Infravision ?

Kendal : Il y a quatre ans, on s’est dit : « viens on fait des sons ensemble ». Et en 2019, pour mon premier EP Manifesto sorti chez David Vunk sur Moustache Records, j’ai ajouté le premier track qu’on a fait en collab’ avec Pablo : « Corpo Meccanico« . Le résultat a bien plu, donc on a décidé de continuer et on a débuté un nouveau track, qu’on a appelé « Infravision ». C’est devenu notre nom. On a décidé de faire un album directement. 

Pablo : Pendant le Covid, les frontières étaient fermées, alors j’étais coincé en France. J’étais à Paris à la base, mais je suis redescendu sur Toulouse puis Kendal m’a proposé de rester chez lui. Je suis resté un mois et on a plié notre premier album Illegal Future, sorti sur Fleisch !

Kendal : Mais le projet continue à évoluer ! On se nourrit beaucoup d’autres artistes qui ont pu se faire influencer par ce qu’on fait en incarnant Infravision, notamment à travers des morceaux qui sont sortis sur mon label Ritmo Fatale. Notre scène est en pleine expansion. C’est plutôt un bon timing pour les styles qu’on mélange. Avant le Covid il y a eu un festival Dekmantel très italo-disco en terme de Boiler Room avec David Vunk, Job Jobse, Palms Trax, Skatebård… En parallèle, il y a aussi eu Courtesy pour le côté trance. Les prémices du son qu’il y a aujourd’hui. Finalement, on s’est un peu retrouvés fer de lance de cette nouvelle scène.

 

 

Dans quel univers visuel Infravision s’ancre-t-il ?

Pablo : Quand on a commencé Illegal Future, on s’est ancrés dans un univers assez cyberpunk, dystopique. Et puis, à travers nos productions, on veut raconter une histoire. On a pris beaucoup de temps sur l’écriture des morceaux pour créer notre construction signature : de longs breaks avec des crescendos d’émotions !

Kendal : À l’époque on appelait ça « faire péter le taz » (rires) ! 

Pablo : Faire exploser les extas quoi (rires) !

Kendal : À chaque fois on se concentrait sur la montée et le changement de note qui fait tout péter. En tout cas, le son est très imagé. C’est un album assez conceptuel où chaque morceau est différent, mais s’inscrit dans une continuité. C’est une BO de Blade Runner 3 !  

Pablo : Un bel album ! 

 

Quelle est votre recette magique pour réinventer l’italo-disco ?

Pablo : C’est pas vraiment une recette magique, on le fait à notre sauce quoi ! C’est prendre des éléments de chaque style pour créer notre son. 

Kendal : Finalement dans nos sets on passe très peu de morceaux purement italo. Je déteste dire « indie-dance », le terme est un peu dégueulasse ou même « new-disco ». Dire italo c’est une valeur sûre en terme de genre. 

Pablo : Puis à la base, si tu prends des tracks italo, ce sont des sons qui n’ont pas énormément de puissance et on est quand même des enfants du club. On aime le dancefloor et la puissance des kicks. 

Kendal : L’émotion de l’italo avec la puissance du club. Et le terme qui est ressorti c’est « Italo Body Music ». C’est Phase Fatale, fer de lance de l’EBM qui nous a sorti cette formule. Car si on qualifiait nos sons d’italo seulement, cela ferait crier les puristes !

 

 

Vous avez sorti un nouveau single fin 2022 : « That beat in my heart », êtes-vous en train de préparer un autre album ou un EP ?

Kendal : Aujourd’hui, la consommation de musique a changé, car de plus en plus de gens produisent. La durée de vie des morceaux est courte. Quand on fait un EP, un track ressort et les trois autres passent aux oubliettes. Donc maintenant on se concentre sur le format single. Mais si on fait une session qui fonctionne vraiment, et qu’on compose trois tracks, on fera sûrement un EP ou le début d’un album. On a encore plein d’envies et d’idées. 

Pablo : Surtout, on a pu faire un album car le contexte s’y prêtait, on avait un mois pour le faire. Cela prend quand même du temps et puis chacun de notre côté on a beaucoup de taf perso. On est a distance, je suis à Berlin, Kendal à Toulouse, et on ne souhaite pas travailler dans ces conditions. On préfère être ensemble. 

 

On vous a vu seulement en DJ-set tout les deux, est-ce que vous préparez un live Infravision pour un futur proche  ?

Pablo : Ça viendra quand ça viendra, un live c’est beaucoup de travail. Si on en fait un, on veut que ce soit un vrai projet, avec une belle scénographie qui se prêtera à des lieux où c’est possible de la faire. 

Kendal : Mais surtout, je ne me suis mis au live que dernièrement. J’ai dû en faire deux, trois, il faut que je perfectionne. Car je compose beaucoup sur ordinateur, sur VST, très peu avec des machines. Je dois construire cette expérience de mon côté. S’il y a un live, comme dit Pablo, on ne veut pas simplement poser des machines. On veut que ce soit très réfléchi au niveau du visuel.

 

Si votre univers se situe dans un futur dystopique, quel track écouteriez-vous avant la fin du monde ? 

Kendal : Moi j’écouterais… « Ash » de Tiziana Rivale, c’est un son italo-disco et c’est bras en l’air, tu chantes les paroles à tue-tête… Une sucrerie avant que tout explose (rires) ! Après, si on voulait faire une dédicace à nous-mêmes on écouterait « That beat in my heart » d’Infravision !

Pablo : Je te rejoins ! Mais j’adore aussi le rock psychédélique, donc ce serait « Swamp Thing » de The Chameleons.

 

 

Et petite question qui me taraude, vous les chopez où vos belles chemises ? 

Kendal : Ça va faire plaisir à la personne qui nous les file ! 

Pablo : Une amie de Bordeaux a une boutique, La Chemise Club. Elle a plein de connexions pour récupérer des choses de seconde main, et à chaque fois qu’elle a des petites pépites elles nous les envoie avant de les mettre en vente ! En plus elle est fourbe, elle connaît nos goûts. Je dois avoir 90 chemises… Je viens même de commander une deuxième armoire parce que je n’ai pas assez de place chez moi ! Je pense que je suis un de ses meilleurs clients.

Kendal : D’habitude dans une friperie il y a -maximum- quatre chemises stylées. Là, elles le sont toutes !

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par INFRAVISION (@infravision.music)

Visited 184 times, 1 visit(s) today