Interview : Jean-Michel Jarre, éternel prophète

Les années passent, sans prise sur Jean-Michel Jarre, pio­nnier élec­tron­ique qui, aujourd’hui, se réin­vente en grand prêtre de la spa­tial­i­sa­tion et du métavers, mais en essayant de créer un vrai mod­èle européen, loin de l’hégémonie des Gafam. Rêve ou réalité ?

Inter­view issue du Tsu­gi 155 : L’ar­gent fou

La vieil­lesse est un naufrage. Air con­nu. C’est sou­vent vrai. Mais il existe de rares excep­tions. Exem­ple avec Jean-Michel Jarre. De la fin des années 1970 jusqu’au début des années 2000, le pub­lic oublie ses années d’expérimentations des six­ties au sein du fameux GRM de Pierre Scha­ef­fer pour ne retenir que les tubes syn­thé­tiques, les con­certs façon Livre Guin­ness des records, de la place de la Con­corde à la Grande Muraille de Chine, où les spec­ta­teurs se comptent par cen­taines de mil­liers au min­i­mum. Mais aus­si les tubes qu’il écrit, oui écrit, pour Christophe et Patrick Juvet. La suite est plus con­fuse. Des albums dis­pens­ables (il l’avoue lui-même), une dépres­sion due en par­tie à une vie per­son­nelle chao­tique après sa rup­ture avec l’actrice Char­lotte Ram­pling (mais tout ceci ne nous regarde pas). Et puis un come­back, venu de nulle part il faut bien le dire, au mitan des années 2010 avec les deux albums Elec­tron­i­ca 1 : The Time Machine (2015) et Elec­tron­i­ca 2 : The Heart Of Noise (2016) et des col­lab­o­ra­tions avec Gesaf­fel­stein, Jeff Mills, Rone… Depuis, il n’a jamais quit­té notre radar. Entre biogra­phie sec­ouante (Mélan­col­ique Rodéo), col­lab­o­ra­tion fructueuse avec Goril­laz, album scotchant (Equinoxe Infin­i­ty, 2018), con­cert en réal­ité virtuelle à Notre‑Dame de Paris pour le jour de l’an 2020. Jusqu’à ce nou­v­el album Oxy­more, retour aux sources de l’expérimentation, où il explore pour la pre­mière fois, depuis l’étape de la com­po­si­tion, le son à 360°. Une spa­tial­i­sa­tion acces­si­ble à cha­cun via son télé­phone et ses écou­teurs, qui per­met d’entrer dans une sorte de bande‑son du monde d’aujourd’hui, ter­ri­fi­ant et dés­espéré par bien des aspects, mais aus­si source d’espoir grâce à la puis­sance d’une tech­nolo­gie au ser­vice de tous les humains et pas seule­ment d’une poignée de tycoons de la Sil­i­con Val­ley. Un dis­cours opti­miste porté par un éter­nel pas­sion­né de 74 ans, prophète d’un métavers pour tous et toutes. On a envie d’y croire. Après tout, qu’avons-nous à perdre ?

 

La spatialisation du son, c’est le point de départ de ce disque ? 

Oui, je voulais con­cevoir un album en son spa­tial­isé dès le stade de la com­po­si­tion. Ne plus avoir cette rela­tion frontale en 2D que l’on a depuis des siè­cles avec la musique. Beau­coup de musi­ciens dans tous les styles ont essayé de créer un son qui soit moins en 2D, mais tout ce que j’ai enten­du en bin­au­r­al ou mul­ti­canal était au départ pro­duit et conçu en stéréo puis remixé en 360. Je me suis dit qu’il fal­lait com­pos­er dès le départ en prenant en compte cette dimen­sion com­plète­ment dif­férente. Quand on com­pose de manière “clas­sique”, c’est comme une pein­ture. Quand on met trop de couch­es, tout devient gris et c’est la même chose avec la créa­tion en stéréo. C’est vrai­ment une autre manière de com­pos­er quand tu peux met­tre des sons autour de toi et que cha­cun d’eux peut avoir son espace vital. J’avais com­mencé à explor­er depuis de nom­breuses années la quad­ri­phonie, le 5.1 et je me suis dit que ce serait intéres­sant d’utiliser les tech­nolo­gies d’aujourd’hui, pour com­pos­er avec un son immer­sif, en prenant compte en plus l’émergence du métavers et de la réal­ité aug­men­tée, parce que ce son immer­sif va être au cen­tre du jeu.

 

De manière pratique, comment ça se passe un enregistrement en son spatialisé ? 

Au début, j’ai tra­vail­lé dans mon stu­dio avec une instal­la­tion en 5.1, qui donne déjà une idée du 360. Pour le proces­sus de com­po­si­tion, au lieu de me dire comme en stéréo, on va met­tre un son à droite et un autre à gauche, là je réfléchis­sais : tiens ce serait bien que ce son soit du côté arrière gauche et qu’il vienne à une cer­taine vitesse sur l’avant droit. Donc j’ai com­mencé à com­pos­er dans l’espace. C’est comme ça que j’ai défriché un ter­ri­toire que je n’avais jamais exploré avant.

 

Mais comment ne pas être perdu face à l’immensité des possibilités ?

Tu as rai­son, on peut tout à fait se per­dre dans l’expérimentation, mais ce qui m’a sauvé c’est d’avoir une dead­line. Ce pro­jet est né parce qu’après avoir tra­vail­lé sur dif­férents pro­jets sur la spa­tial­i­sa­tion dans le stu­dio de Radio France, Didi­er Var­rod, respon­s­able de la musique de Radio France, m’a pro­posé de le présen­ter lors de l’Hyper Week­end Fes­ti­val en jan­vi­er 2022. On était en octo­bre, et je devais avoir tout ter­miné pour jan­vi­er. Je n’avais donc pas d’autre choix que d’y aller à fond et j’ai mis donc six semaines pour com­pos­er. Bon ensuite j’ai mis huit mois pour le mix­er. J’ai présen­té une ver­sion bêta pour le fes­ti­val, c’était une grosse maque­tte d’Oxy­more. Au début, j’ai quand même dit à Didi­er que je n’allais jamais y arriv­er, mais je crois qu’un des points forts de l’album, c’est sa cohérence et c’est parce que je l’ai fait d’une traite. Chaque fois que quelque chose fonc­tion­nait, je le pre­nais. Je ne me posais pas de ques­tion parce que je n’avais pas le temps. Quand je réé­coute cet album aujourd’hui, il y a une part de mys­tère dans la manière dont je l’ai fait.

 

On est le reflet de la société et je ne suis pas dans la nos­tal­gie. J’ai tou­jours le syn­drome du débu­tant avec l’envie d’explorer.”

 

Comment décrirais-tu le lien entre Pierre Henry, la musique concrète, le Berghain, le punk et la techno berlinoise, des références que tu cites à propos de ton album ? 

À pri­ori ce sont des oxy­mores. (rires) La musique con­crète est née en France avec Pierre Scha­ef­fer, vision­naire et théoricien, qui a créé le GRM et Pierre Hen­ry, qui a suivi un par­cours de com­pos­i­teur clas­sique en restant dans son pro­pre stu­dio. Les deux ont tra­vail­lé ensem­ble dix ans jusqu’en 1958. Ils ont jeté les fon­da­tions de la musique con­crète, qui con­siste à enreg­istr­er des bruits et les trans­former en musique en les trafi­quant. C’était avant-gardiste à l’époque, mais c’est aujourd’hui la manière dont on pro­duit la musique dans l’électro ou dans le rap. Il existe une pen­sée française de la musique élec­troa­cous­tique qui a influ­encé la manière dont on fait de la musique aujourd’hui dans le monde. Je trou­vais donc intéres­sant de leur ren­dre hom­mage. Le tra­vail d’un DJ est de pren­dre la matière sonore et de la trans­former, la scratch­er, un peu comme Pierre Hen­ry pou­vait le faire. Le lien avec le Berghain et la tech­no berli­noise, c’est l’approche art brut, liée au big bang de la chute du Mur. Et le punk, c’est là aus­si le côté brut, DIY, sans arti­fices. Quand Pierre Hen­ry débute, il a des moyens très min­i­mal­istes : des mag­né­to­phones et des micros qui n’ont pas été conçus pour ça, mais il crée un style. C’est très punk comme atti­tude je trouve.

 

Certains avec l’âge s’assagissent et se contentent de se répéter, ce n’est pas ton cas. Comment l’expliques-tu ?

On est le reflet de la société et je ne suis pas dans la nos­tal­gie. J’ai tou­jours le syn­drome du débu­tant avec l’envie d’explorer. Et ce qui s’est passé avec le Covid nous a fait chang­er de par­a­digme, avec une rela­tion vers l’extérieur très liée aux inter­faces numériques. D’où mon intérêt pour le métavers. Mais c’est un peu un retour aux sources. Quand j’étais au GRM, deux voies s’ouvraient à moi : celle de la musique con­tem­po­raine expéri­men­tale et celle de la cul­ture pop. J’ai quit­té le GRM parce que j’avais envie de faire ce pont entre la pop cul­ture et lui. Ce qui était blas­phé­ma­toire et pas vrai­ment français à l’époque. Pour moi, les élites français­es sont passées à côté de la pop cul­ture : elles ont accep­té Kun­dera, mais moins Philip Roth, Jean Fer­rat, mais moins Bruce Spring­steen, Bernard Buf­fet, mais pas Jack­son Pollock.

 

Il y a un côté sombre dans Oxymore, cela correspondait à ton état d’esprit ?

Non, je n’étais pas spé­ciale­ment déprimé ou énervé quand je l’ai com­posé, c’était plutôt un retour à une forme d’art brut. Celle qui m’a beau­coup mar­qué dans la pein­ture, puisque j’ai longtemps hésité entre la musique et la pein­ture, celle de Dubuf­fet, Pol­lock ou Soulages. Des artistes qui tra­vail­lent la matière de manière assez brute. Je ne pense pas qu’Oxy­more soit spé­ciale­ment dark : il y a une pro­gres­sion dans l’album, où on passe du côté obscur vers plus de lumière.

 

Mais ton public “mainstream”, qui connaît le Jarre pop de Equinoxe et des megashows, peut être dérouté par Oxymore

Je suis tou­jours allé dans la direc­tion que je sen­tais, et après le pub­lic suiv­ait ou pas. Réfléchir à ce que va penser le pub­lic, cela ne m’a jamais intéressé. C’est la rai­son pour laque­lle j’ai tou­jours été “off” par rap­port au show­biz. J’ai tou­jours con­sid­éré que les suc­cès et les échecs étaient des acci­dents de par­cours et que la voie d’un artiste se situe au milieu.

 

 

Te remets-tu en question à chaque album ?

Oui, c’est ce qui fait que je con­tin­ue. Refaire les mêmes choses, franche­ment, n’a aucun intérêt. Il y a telle­ment de choses qui sor­tent aujourd’hui, donc quand je pub­lie un album, c’est que je crois que je peux con­tribuer à apporter quelque chose de par­ti­c­uli­er en allant dans une direc­tion dif­férente. Même si par exem­ple, je n’avais pas réfléchi qu’avec le son mul­ti­canal je me met­tais dans une galère au niveau du live. Il faut trou­ver des endroits adap­tés, mais c’est ce qui est exci­tant, de trou­ver des solu­tions. À une époque où tout ce que j’entends est influ­encé par les années 1980, Oxy­more n’a rien à voir avec cela. C’est peut-être un hand­i­cap sup­plé­men­taire par rap­port au public.

 

Oxymore est un mot que l’on retrouvait également souvent dans ta biographie, Mélancolique Rodéo

L’oxymore, c’est ce qui est fait qu’on est ému par une créa­tion, c’est-à-dire la réu­nion de deux élé­ments con­tra­dic­toires. Pourquoi est-on ému quand on écoute Édith Piaf ou David Bowie ? Ce sont des gens qui sont dans une dynamique d’espérance, mais qui expri­ment en même temps une mélan­col­ie pro­fonde. Ce qui nous touche dans cette créa­tion, c’est cet oxy­more. La musique con­crète est un oxy­more en soi, comme la réal­ité virtuelle ou l’intelligence arti­fi­cielle. Pour moi la manière de penser dans la musique élec­tron­ique et élec­troa­cous­tique française est issue de Mar­cel Duchamp et du mou­ve­ment sur­réal­iste, qui est un peu l’apologie de l’oxymore.

 

Ta vie est-elle composée d’oxymores ?

Je le pense. Comme le fait d’être français, mais d’avoir une tra­jec­toire inter­na­tionale et d’être recon­nu très tôt par les Anglo-Saxons. C’est déjà un oxy­more. Comme être aus­si un peu en marge de la musique expéri­men­tale, la pop et même la musique qui se fait dans mon pro­pre pays. Mon par­cours est com­posé de choses que je n’avais pas du tout prévues au départ, comme organ­is­er des con­certs qui réu­nis­saient un nom­bre incroy­able de per­son­nes. C’est en con­tra­dic­tion avec le fait que j’ai à chaque fois tra­vail­lé de manière totale­ment arti­sanale, avec en même temps un résul­tat hyper­trophié dans le rap­port que j’avais avec le pub­lic. Cela a con­tribué à une cer­taine ambiguïté sur la manière dont on a pu con­sid­ér­er ma musique en France. Mais c’est de l’histoire anci­enne et aujourd’hui je suis plus en phase avec moi‑même qu’avec les excès des années 1980. Aujourd’hui avec l’écologie et le ter­ror­isme, les grands rassem­ble­ments doivent se penser différemment.

 

Comment expliques-tu ta verve créatrice de ces dernières années ? 

Avant cela, j’ai eu une péri­ode vrai­ment noire où pour la pre­mière fois j’étais en panne sèche, même au niveau de la volon­té et l’envie. Cela dépendait beau­coup de ma sit­u­a­tion per­son­nelle. Mais en touchant le fond, des choses me sont arrivées presque de manière intu­itive, et même pen­dant le Covid, je n’ai jamais autant bossé de ma vie. Aujourd’hui, j’ai plus de pro­jets que je n’en ai jamais eu. Bon, il faut que le corps tienne. (rires) J’ai l’impression aus­si que des per­son­nes chères qui sont par­ties, comme Christophe, qui a été une grosse perte sur le plan per­son­nel, Patrick Juvet aus­si et d’autres, sont avec moi pour me pouss­er à con­tin­uer, comme des com­plices. Et sans faire de la psy­ch­analyse de comp­toir, je me sens même tout à fait en paix avec mon père, avec qui j’ai eu une absence de rap­ports com­pliquée, depuis qu’il n’est plus là. Je me dis que s’il a agi de cette manière (Mau­rice Jarre, com­pos­i­teur de musiques de film, a aban­don­né sa femme et son fils, ndr), c’est que lui-même avait des prob­lèmes que je ne con­nais pas et que je ne con­naî­trai jamais. Dans le fond, ce que mon père n’a pas pu me dire ou me mon­tr­er, il me le dit depuis une autre dimen­sion et il est peut-être avec moi pour con­tin­uer un bout de chemin. Ce n’est pas de la croy­ance, c’est juste d’arriver à se con­cen­tr­er sur une forme d’apaisement dans la créa­tion qui per­met d’être le plus dynamique.

 

Peux-tu nous expliquer ce que c’est Oxyville, que tu viens de créer ?

C’est la cité d’Oxy­more. Un pro­jet qui va être un peu un nou­v­el oxy­more par rap­port à l’image que les gens ont de moi. C’està- dire que je veux faire des con­certs sans visuel où l’expérience sonore doit primer. C’est un retour aux fon­da­men­taux. Mais en même temps, je pro­pose une alter­na­tive visuelle dans la réal­ité virtuelle. Cela m’a amusé de créer cette ville dans laque­lle je vais pou­voir jouer en live en VR. Le pre­mier exem­ple c’est à Paris, au Palais de la Bourse, où je joue en live pour les gens qui sont dans la salle et en même temps en VR dans le métavers. Des per­son­nes qui sont à Shang­hai ou au Brésil peu­vent accéder au con­cert via un casque Ocu­lus. J’aimerais que Oxyville devi­enne une ville musique, j’y serai présent, mais je veux aus­si l’ouvrir à d’autres musi­ciens pour qu’ils puis­sent venir y jouer, faire des rési­dences, des masterclasses.

 

 

Comment envisages-tu ton rôle à la tête de la commission du Centre national du cinéma (CNC) chargée de développer les oeuvres immersives et d’investir le métavers ? 

Au moment du Covid, je me suis aperçu qu’on était en train de per­dre la main dans ce domaine face aux Chi­nois et surtout aux Améri­cains. Dans la musique, nous avons été les pre­miers à ne plus gér­er la dis­tri­b­u­tion de notre musique, car tous les out­ils de dif­fu­sion pas­saient par des entités améri­caines qui peu­vent con­trôler le con­tenu et l’économie. Avec le métavers, c’est encore pire. Il y a donc une urgence pour que l’on par­ticipe à une sou­veraineté française et européenne, afin que l’on arrive à être indépen­dant dans le domaine. Il suf­fit d’investir et de s’investir. Regarde l’exemple d’Airbus. Tout le monde nous aurait ri au nez il y a quar­ante ans si on avait dit qu’on allait être leader dans l’aéronautique. Aujourd’hui, même les Améri­cains achè­tent ces avions. Et je crois que c’est plus com­pliqué de con­stru­ire des avions que de bâtir un cloud.

 

Te soucies-tu de l’impact environnemental de ton travail ?

Je suis con­va­in­cu que l’on pour­ra sur­vivre au XIXe siè­cle unique­ment si on crée un lien har­monieux entre tech­nolo­gie et écolo­gie. La tech­nolo­gie n’est pas un prob­lème, mais une solu­tion. Un con­cert dans le métavers, c’est moins éner­gi­vore que dans le monde réel. Pour un fes­ti­val par exem­ple, il faut pren­dre en compte l’électricité, le déplace­ment des publics, les voy­ages des artistes, le type de matériel util­isé. Il ne faut pas penser que parce que c’est du numérique, on est plus éner­gi­vore que dans le monde réel, je pense même que c’est l’inverse. Mais il faut organ­is­er avec une forme d’éthique tous les sujets liés au métavers et que les développeurs soient con­scients de ces enjeux environnementaux.

 

Pourrais-tu rejouer devant un million de personnes ? 

On est ailleurs aujourd’hui. Ces grands rassem­ble­ments que l’on a pu con­naître peu­vent avoir lieu, mais d’une manière dif­férente, et le métavers peut être une réponse, tout en gar­dant un pied dans le monde réel. Le spec­ta­cle vivant doit être con­sid­éré d’une manière hybride, avec une par­tie dans le réel et une dans le virtuel. Cela ouvre des pos­si­bil­ités incroy­ables, comme au début de l’électricité ou du cinéma.

 

Tu as toujours une soif de nouveautés, d’expériences, d’où cela te vient-il ? 

Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y ait pas plus de gens qui réagis­sent comme ça. C’est le pro­pre de l’artiste d’aller de l’avant. C’est aus­si un instinct de survie qui me vient de ma mère. Quand mon père est par­ti, il a fal­lu qu’elle se démerde. Elle avait une bou­tique au Marché Malik des Puces de Saint-Ouen, elle créait des mod­èles de tri­cots avec une machine qui ressem­blait à un syn­thé des années 1980. (rires) Les Puces à l’époque étaient une sorte de Saint-Germain pop­u­laire avec des artistes et des gens du voy­age. C’était la vraie bohème. J’essayais de trou­ver des moyens pour aider ma mère. Je m’étais inven­té un frère imag­i­naire pour ven­dre ma pein­ture parce que je n’avais pas l’âge pour le faire. Tout cela a aigu­isé une forme de curiosité chez moi.

 

Quel est ton prochain défi ? 

La ques­tion qui se pose avec Oxy­more, c’est com­ment porter ce pro­jet sur scène ? La plu­part des salles ne sont pas faites pour la spa­tial­i­sa­tion. Par ailleurs, ce qui m’intéresserait c’est de mon­ter cet album en bal­let. Et d’explorer les col­lab­o­ra­tions. Je vais sor­tir tous les mois des titres, des exten­sions des ver­sions orig­i­nales, réal­isées par des gens que j’aime bien comme Mar­tin Gore, Bri­an Eno, French 79, Irène Drésel ou NSDOS. Je suis opti­miste par sub­ver­sion. Tout est loin d’être rose, mais il ne faut pas se dire : c’est dra­ma­tique, c’est la fin de tout. Ça, c’est le syn­drome CNews : hier c’était mieux, demain ça sera pire. Ce n’est pas vrai. C’est à nous de nous pren­dre en main.

 

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