© Julie OONA

Interview : on a parlé cul et réédition d’album avec Therapie Taxi

Say cheese. Il y a tout juste un mois, le trio pop parisien Ther­a­pie Taxi dévoilait le clip sur­volté de “Avec Ta Zouz”. C’était le pre­mier extrait de Hit Sale Xtra Cheese, l’édition deluxe de Hit Sale, qui sor­ti­ra le 16 novem­bre. Dix nou­veaux titres dans la digne lignée de leur pre­mier album, dont deux remix­es et surtout huit com­po­si­tions inédites tou­jours plus bar­rées et élec­tron­iques.… Avec quelques gen­tilles bal­lades, en français dans le texte. Avant de les retrou­ver en con­cert au Bat­a­clan le 29 novem­bre et/ou à l’Olympia le 30 mars 2019, on a prof­ité d’une inter­view dans un café parisien avec Adélaïde, Renaud et Raphaël pour détailler cette réédi­tion.

Pourquoi avoir voulu faire une réédi­tion et pas un album?

Adélaïde : Parce que c’est ce qui se fait beau­coup en ce moment. Et puis ça per­met de refaire une actu sans que ce soit aus­si lourd en ter­mes de pro­mo.

Renaud : Et c’était aus­si pour com­pléter ce qu’on voulait faire à l’époque de l’album et qu’on n’avait pas eu le temps de faire. Cette réédi­tion, c’est un peu l’album qu’on aurait voulu faire à l’époque.

Raphaël : Tu peux aus­si voir l’exercice comme une ver­sion plus com­plète de l’album, ce n’est pas seule­ment trois morceaux acous­tiques en plus.

Sans par­ler des deux remix­es, vous aviez déjà vos huit nou­veaux morceaux sous le coude quand vous avez sor­ti Hit Sale ?

Adélaïde : Pour la plu­part, non. C’est surtout dans la couleur : on avait envie de faire des trucs plus élec­tro et on n’avait pas eu le temps, on ne savait pas trop faire. Et comme là on a deux nou­veaux mem­bres en live -Illan et Vincent‐ qui sont beau­coup plus musi­ciens que nous, c’était assez pra­tique pour faire des groupes de tra­vail et amen­er de nou­velles idées élec­tron­iques.

Raphaël : C’est quelque chose qu’on voulait faire depuis longtemps, et puis pour le reste on voulait utilis­er de nou­veaux skills en stu­dio… A vrai dire, je crois qu’aucun morceau n’existait au moment de la sor­tie de l’album. Bon sauf un, “Par­al­lèle”, qui n’avait pas du tout la même forme qu’aujourd’hui.

Adélaïde : Ça fait vrai­ment qua­tre ans que le morceau existe et au départ c’était une chan­son juste à la gui­tare et là on a réus­si, avec le temps, à en faire un vrai morceau élec­tro.

Pour pré­par­er cette sor­tie, vous avez partagé le clip de “Avec Ta Zouz”. Et au vu des paroles, on se demandait com­ment vous alliez pou­voir cliper cette chan­son. Com­ment est venue l’idée?

Raphaël : L’idée est venue d’Original Kids, qui avait déjà réal­isé le clip de “Hit Sale”, mais aus­si “Cri des loups” et “Anti Hit Sale”. Et à l’époque pour “Hit Sale” on voulait déjà une séquence où j’étais en prêtre, avec Roméo Elvis en démon… Ils ont dû met­tre ça dans un coin de leur tête et donc quand ils ont pro­posé ça pour “Avec Ta Zouz” on s’est dit que l’idée était très cool. Tout le monde, nous les pre­miers, voy­ait le clip dans une soirée pour coller au texte mais ils ont voulu pren­dre un par­ti pris orig­i­nal. L’esthétique catholique est quand même vache­ment sym­pa : c’est grandil­o­quent, avec de belles lumières. Et puis un prêche, c’est un peu comme un con­cert.

Adélaïde : Je ne sais pas si on le com­prend mais il y avait cette his­toire qui nous suit en con­cert, quand on donne du rhum aux gens, on fait un par­al­lèle entre les fidèles et le pub­lic. C’est très emprun­té à ce qu’on voit dans les films avec les gospels ou les mecs qui par­tent en transe, genre dans The Get Down

Raphaël : Et puis surtout Kings­man avec cette scène de bas­ton incroy­able dans l’église !

Vous par­lez très sou­vent de sexe, de façon volon­taire­ment crue dans cette réédi­tion. C’est une volon­té d’être sub­ver­sifs? Quel est le mes­sage der­rière? 

Renaud : Il faut être décom­plexé par rap­port au sexe.

Raphaël : Il y a plusieurs choses : ce que tu vis et ce que tu es capa­ble de trans­met­tre en musique. Evidem­ment qu’on n’est pas obsédés du cul et qu’il n’y a pas que ça. Dans l’exercice de l’écriture jusqu’à présent, on a plus de facil­ité à par­ler de sexe, d’amour et un peu des deux, parce qu’amour et sexe sont tou­jours un peu mélangés. Jusqu’à présent on arrivait à écrire de bonnes chan­sons là‐dessus. En posant cette ques­tion tu as cer­taine­ment “Bébé la nuit” en tête?

Entre autres…

Raphaël : L’exercice pour cette chan­son, un peu comme sur “Salop(e)”, c’était de faire un texte très cru. Pas vul­gaire, sim­ple­ment cru. “Vas‐y suce moi la queue”, c’est pas telle­ment vul­gaire ! C’est juste du sexe, tout le monde prend son plaisir dans le cul enfin, beau­coup de gens. Et en fait dans “Bébé la nuit” il y a tou­jours ce par­al­lèle où la meuf dit “lèche moi un peu aus­si, fais moi du bien, moi je vais te défon­cer comme un chien” ou un truc comme ça… C’est mar­rant ce jeu. Et puis t’as le refrain qui lie ça au fait d’être en manque, en manque de cul et en manque de quelqu’un qui, pour moi, sont des notions extrême­ment liées. Le cul est dif­fi­cile­ment dis­so­cia­ble des sen­ti­ments.

Sur cette réédi­tion il y a deux remix­es : Con­tre­façon sur “Pigalle” et Yuk­sek pour “Coma Idyllique”. Com­ment en sont‐ils venus à remix­er vos titres?

Raphaël : On n’a jamais ren­con­tré Yuk­sek mais je tiens à dire que je kiffe son remix de Kostrok sur “Right Now”, c’est un pur chef-d’oeuvre ! Glob­ale­ment, on adore son tra­vail.

Adélaïde : Pour Con­tre­façon, c’était qua­si­ment évi­dent, car ce sont des potes. En plus on a le même label et le même tourneur : on a partagé des dates avec eux et ça fait longtemps qu’on par­lait de ce remix de “Pigalle”. Sur une chan­son comme celle‐là, très élec­tron­ique et ultra‐sale, on s’est dit que ça pour­rait bien match­er. On l’avait -très mal‐ jouée aux Eurock­éennes, ils jouaient trois heures avant nous et on leur a demandé de nous rejoin­dre, c’était trop impro­visé, on ne l’avait jamais répétée donc c’était un peu le bor­del.

Raphaël : C’est sûr qu’une par­tie de notre pub­lic ne va pas com­pren­dre, mais tant pis. Le deal de Ther­a­pie Taxi c’est des extrêmes : sur le même album t’auras “Transat­lan­tique” en guitare‐voix et aus­si un gros truc tech­no pour “Pigalle”. Et heureuse­ment qu’on a ce ter­rain de jeu pour s’amuser !

Et vous trou­vez une cohérence entre ces extrêmes?

Raphaël : Y’a nos voix, les textes, y’a plein de choses ! C’est surtout que ce grand écart est cohérent avec notre époque, notam­ment avec notre con­som­ma­tion de musique en playlists. Plus per­son­ne n’est vrai­ment religieux sur un style, tout le monde écoute de tout et peut‐être autant touché par une bal­lade que par un son de tech­no qui tape. On a besoin de ça pour toutes nos humeurs.

Adélaïde : C’est peut‐être moins indi­geste aus­si. Ecouter un album d’un coup, du même artiste, c’est long. Là au moins j’ai l’impression que t’es plus sur­pris, ça te fait plus voy­ager.

Raphaël : Il ne faut pas se men­tir, les gens n’écoutent plus beau­coup les albums en entier.

Adélaïde : Ouais mais comme ça on se donne une chance !

Par­mi les nou­veaux morceaux on retrou­ve “Bisous ten­dres”, qu’on a pu voir en live notam­ment à Sol­i­days. Vous aviez fait mon­ter une femme sur scène et vous vous êtes embrassés avec Raphaël…

Raphaël : …Elle m’a embrassé plutôt ! Et ce n’était pas prévu.

Renaud : Et du coup main­tenant on ne la joue plus en con­cert, parce que tout le monde nous est tombé dessus et ça nous a frus­trés. Ce jour‐là ça a été mal inter­prété. De base c’est un tricks de live, très mignon et lim­ite hip­pie, on se fait tous des bisous et c’est cool. A un moment on a voulu faire mon­ter quelqu’un sur scène, on trou­vait ça mar­rant. Ce jour‐là il a fait mon­ter une meuf, et moi je voy­ais ça de der­rière :  pen­dant tout le morceau ils se tour­nent autour et on ne sait pas ce qui va se pass­er. Et à un moment, ils s’embrassent. Sauf qu’après, plein de gens l’ont inter­prété comme “le chanteur ramène des meufs sur scène pour les embrass­er, ils font ça à chaque fois” ou “ils prof­i­tent de leur statut”…

Raphaël : Du coup on a arrêté. Bien sûr il n’y pas que ça, ce n’est pas non plus une chan­son ultra‐importante du set. Main­tenant on com­mence à jouer “Par­al­lèle” et elles ont à peu près la même place puisque les deux chan­sons sont un peu énervées et élec­tro… Mais j’avoue que dans cette déci­sion, y’avait un peu de ce truc qui n’a pas été com­pris. Dans nos con­certs on a juste envie que tout le monde s’embrasse, comme une grosse par­touze d’amour.

Donc vous ne la rejouerez plus en con­cert? 

Renaud : Quand les gens seront sur­voltés, on la jouera.

Adélaïde : Franche­ment ça dépen­dra des dates. Générale­ment Raph’ descendait faire des bisous dans le pub­lic et si il voy­ait des gens vrai­ment chauds, il leur demandait de le suiv­re. Par­fois il ne se pas­sait rien sur ce morceau. Une fois y’a une meuf qui est venue m’embrasser alors que je n’avais rien demandé !

Raphaël : Par­fois je prends un mec, je pense qu’il est open et en fait pas du tout…

Adélaïde : Voilà, c’est mar­rant de créer des sit­u­a­tions comme ça mais on n’est pas fer­més pour la rejouer.

Renaud : C’est surtout une chan­son de fes­ti­val. Dans les salles les gens sont un peu plus intro­ver­tis. Il ne faut pas non plus qu’on se cache der­rière des tricks en se dis­ant “Tiens, à ce moment il faut faire mon­ter quelqu’un” parce que sou­vent les gens ne sont pas dedans… C’est comme pour les slams.

(S’en suit une blague sur Shy’m qu’on ne vous con­tera pas, par respect pour la per­son­ne, ndlr)

Dans le morceau “Pri­ki”, Adélaïde chante en anglais, ce qui ne vous arrive jamais : pourquoi cette par­tie en anglais?

Adélaïde : En fait c’est une vieille vieille vieille chan­son, au départ elle était entière­ment en anglais et ne par­lait pas de la même chose. Dès que je la jouais à ma soeur, que je surnomme “Pri­ki”, ça la fai­sait chialer automa­tique­ment. C’était devenu mar­rant en famille, on me dis­ait “tiens, fais pleur­er ta soeur!”. A chaque fois ils me dis­aient “mais elle est quand même trop bien”, Raph l’aimait bien et on a décidé de la faire. Je l’ai enreg­istrée en anglais et ça m’a un peu soulée, ce n’était pas spé­ciale­ment bien écrit, en plus je ne suis pas très à l’aise avec l’anglais… Alors j’ai testé en français mais en lais­sant la fin en anglais, pour que ça reste fidèle à l’originale. En fait “Pri­ki” est hyper per­son­nelle, c’est un clin d’oeil pour ma soeur. C’était plus pour elle que pour les autres.

Pourquoi ce surnom “Pri­ki”?

Adélaïde : Oulah ! Et ben ça vient de “papri­ka” mais dans ma famille on a un délire de surnoms très dévelop­pé. Je voulais qu’elle chante avec moi, au moins pour les choeurs… Elle aurait été toute timide, ça aurait été trop mignon ! Mais on avait décidé d’enregistrer la chan­son en une prise, où je jouais et chan­tais en même temps. Ma soeur n’était pas là, la prise était bien et après on s’est demandés si on la fai­sait revenir pour qu’elle chante par‐dessus… Mais ça se serait enten­du si on avait rajouté sa voix, ça n’aurait pas été naturel.

Raphaël : Par con­tre elle chante sur “Anti Hit Sale”, à la fin !

Dans “Blas­phème”, on entend les refrains de “Hit Sale”, le mot “blas­phème” était le dernier du pont de “Hit Sale”… Est‐ce une suite?

Adélaïde : Non juste­ment c’est un pre­quel, c’est la ver­sion 1. Ou plutôt la ver­sion 12, parce qu’on l’a mod­i­fiée genre quatre‐vingt fois !

Raphaël : C’est une des ver­sions qu’il y a eu avant la ver­sion défini­tive. Quand on la jouait en live au début, elle était comme ça.

Renaud : Donc les gens la con­nais­sent, pour ceux qui venaient nous voir dès les débuts. C’était il y a un an et demi. Ceux qui sont venus au Biki­ni à l’époque !

Vos prochains pro­jets, c’est quoi? 

Adélaïde : Tu crois qu’on va te le dire? (rires)

Raphaël : On pré­pare un deux­ième album. J’avais un regret sur cette réédi­tion, c’est qu’on tourne un peu en rond sur les mêmes sujets. Je pense qu’il nous fal­lait le temps de matur­er, et pour un deux­ième album je sais qu’on sera enfin prêts à écrire sur d’autres sujets et à sor­tir de ces sentiers‐là qui, en même temps, nous ont bien éclatés. Ça reste assez logique parce que cette réédi­tion c’est le pro­longe­ment de Hit Sale, et pas non plus com­plète­ment autre chose. Je suis un peu frus­tré de mon écri­t­ure et je pense qu’on a besoin, assez vite, de faire enten­dre une autre facette de nous‐même, qui peut‐être se ven­dra moins ! En tout cas ce sera un tra­vail d’écriture un peu plus intéres­sant.

 

En atten­dant la deux­ième salve, décou­vrez Hit Sale Xtra Cheese à par­tir du 16 novem­bre. 

© Romain RIGAL

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