© Captures d'écran YouTube, clip "J'en ai assez vu"

Interview: Sébastien Tellier et Metronomy décortiquent leur duo “J’en ai assez vu”

Metron­o­my vient de dévoil­er Small World (Spe­cial Edi­tion), réédi­tion de leur album sor­ti en févri­er. Sur cette réédi­tion, on retrou­ve notam­ment Sébastien Tel­li­er, invité par Joseph Mount à repren­dre “I Have Seen Enough” : sous les doigts du duo, le titre se mue en français et devient “J’en ai assez vu”. Tsu­gi a pu en par­ler avec les deux chanteurs. 

À l’oc­ca­sion d’une jolie réédi­tion, de nom­breux artistes ont été invités par Metron­o­my à revis­iter les chan­sons de Small World. Katy J Pear­son, PPJ, Jes­si­ca Win­ter, Bolis Pupul… À chacun‑e son titre, en somme. Une chan­son nous a tapé dans l’oeil ‑ou plutôt les esgourdes- : “J’en ai assez vu” en duo avec Sébastien Tel­li­er, enreg­istré à Motor­bass. Le titre a désor­mais son clip con­tem­platif en noir et blanc, sous la neige. Tsu­gi a tenu à en savoir plus : alors on a organ­isé une dis­cus­sion zoom entre Joseph Mount ‑le leader et tête pen­sant de Metronomy‑, Sébastien Tel­li­er et nous. Entretien.

 

Quelle était la volon­té avec cette réédi­tion ? Le but, la motivation ?

Joseph : En pre­mier c’est pour la mai­son de dis­ques, tou­jours essay­er de refaire la même chose une deux­ième fois. Mais c’est tou­jours un peu chi­ant, si tu te con­tentes de met­tre une ou deux chan­sons en plus. C’est pas incroy­able. Pour nous, ça a com­mencé par le duo avec Sébastien. Et on s’est dit qu’on pour­rait faire ça pour toute la réédi­tion : une ver­sion dif­férente pour chaque chan­son de l’al­bum. Pour moi c’est déjà plus intéres­sant que juste un repack­age sor­ti pour Noël. Le but était de faire quelque chose de vrai­ment spécial.

 

Sur l’al­bum il y avait un seul fea­tur­ing, avec Por­ridge Radio. L’idée de cette nou­velle édi­tion c’é­tait de partager votre musique, de cern­er la vision que les artistes avaient de vos chansons ?

Joseph : L’al­bum était un peu plus folk que ce qu’on a l’habi­tude de faire, notam­ment dans l’in­stru­men­ta­tion. On a pen­sé que, si on trou­vait les artistes qui pour­raient chang­er les chan­sons, voir les chan­sons par un autre prisme, dans un autre univers, ça pou­vait être intéres­sant. Donc on a essayé de trou­ver des artistes dif­férents, pas tou­jours très con­nus en Angleterre ‑à part Sébastien, c’est le plus gros nom. C’é­tait juste ça : voir que nos chan­sons pou­vaient marcher dans beau­coup d’autres styles.

 

Com­ment s’est faite la con­nex­ion entre vous deux ?

Sébastien : C’est Joseph qui m’a pro­posé de par­ticiper à l’al­bum, y’a quelques mois déjà, avant l’été. Ça m’a tout de suite embal­lé, parce que Metron­o­my déjà ça réson­nait bien à mon oreille, j’é­tais tout de suite con­tent… J’ai beau­coup écouté leurs albums. Je me sou­viens d’une journée, à Bijou Plage, à Cannes… une des chan­sons de Metron­o­my était passée et j’avais adoré, on l’avait shaz­a­mée, et puis j’ai vu que c’é­tait eux. C’est comme ça qu’a com­mencé mon amour pour ce groupe, plein soleil et tout… Des petites prods bien élec­tro, bien char­mantes. Donc quand j’ai vu la propo­si­tion de Joseph je me suis dit “ohlala for­mi­da­ble” et sans même écouter le morceau j’avais déjà répon­du “oui”.

 

Vous vous con­naissiez d’avant ? 

Sébastien : Je pense qu’on s’est croisés plusieurs fois !

Joseph : Je voulais savoir, si tu avais réal­isé que j’avais fait un remix de toi ?

Sébastien : Oui, pour “La Ritour­nelle” ! Mais ça c’é­tait avant votre pre­mier album non, Joseph ? [Et oui, en 2005 pré­cisé­ment] Je m’en sou­viens très bien. Oui c’est vrai que ça fait longtemps haha

Joseph : Oui ! C’é­tait peut-être le pre­mier ou deux­ième remix que j’avais fait, et pour moi ça changé beau­coup de choses. C’é­tait vrai­ment le début de ma car­rière. C’é­tait drôle après presque 20 ans, d’en­fin ren­con­tr­er Sébastien, après un con­cert à Paris. Et c’é­tait comme si on était déjà amis.

Sébastien : C’est vrai que c’é­tait très facile et naturel ! Il faut dire qu’on est dans cette zone de jouis­sance de la vie en com­mun, on tourne autour du même pôle.

Joseph : C’est sym­pa d’avoir fait ça à Motor­bass ! L’autre con­nex­ion entre Sébastien et moi, c’é­tait Philippe.

Sébastien : C’est un bon­heur d’y aller. Comme ça on pense à lui, c’est un peu comme si on fai­sait de la musique avec lui.

 

Joseph, pourquoi avoir choisi Sébastien Tel­li­er pour partager ce titre ? Pourquoi lui? 

Joseph : Parce que Claude François n’é­tait pas disponible ! (haha) Quand j’ai écrit la chan­son pour l’al­bum, j’ai lu la phrase en anglais “I have seen enough”… Et pour moi la phrase aurait mieux son­né en français. J’avais écrit tout la chan­son en français mais c’é­tait un peu nul. Alors je l’ai faite en anglais. Mais là avec ce repack­age, je me suis dit que c’é­tait peut-être le moment. On s’est demandé qui pou­vait m’aider à faire cette chan­son, et c’é­tait assez facile en fait. Pour trou­ver un chanteur français qui existe dans le monde que j’avais imag­iné, un monde entre la chan­son française clas­sique mais aus­si la musique mod­erne, quelqu’un qui com­prendrait aus­si bien les deux mon­des et pour­rait jouer avec eux… Je ne voy­ais que Sébastien. Mais si tu con­nais quelqu’un d’autre, pourquoi pas ! (haha)

 

Toi Sébastien, qu’est-ce qui t’a attiré dans le pro­jet, dans cette idée de faire une nou­velle ver­sion de “I have seen enough” ?

Sébastien : J’ai adoré le texte, tout sim­ple­ment ! “J’en ai assez vu, mais pour­tant je regarde” : ça m’a tout de suite par­lé, c’est une phrase qui accroche. Ça sem­ble léger de prime abord et en fait c’est assez pro­fond. C’est entê­tant, de la même façon que ce que veut dire la phrase.

C’est à dire ? 

Sébastien : C’est un cer­cle vicieux, on est emmenés dans une spi­rale. Il y a tout le côté sous-jacent qui sem­ble dire qu’on est emportés par des choses plus fortes que nous, et que ce n’est pas tou­jours la rai­son qui décide. Par­fois on est comme la mar­i­on­nette de nous-même, la mar­i­on­nette de notre incon­scient, des vit­rines… J’ai adoré le texte, j’au­rais aimé trou­ver une for­mule aus­si sim­ple et effi­cace. Et puis musi­cale­ment j’avais de l’e­space pour plac­er ma voix. C’est pas une chan­son hyper tech­nique à la Bar­bara Streisand, c’est surtout de l’é­mo­tion et du feel­ing. Ce qui m’a fait plaisir c’est que j’avais un espace à la fin ‑de la chanson- pour met­tre des choeurs à la française. Ça fai­sait longtemps que j’avais un peu ça en tête, presque les choeurs qu’il y avait dans les chan­sons yéyé des années 1960. Et là juste­ment, j’ai eu l’oc­ca­sion de plac­er ça ! Tous les feux étaient au vert.

 

Com­ment vous en avez par­lé tous les deux avant d’en­reg­istr­er ? C’é­tait très cadré, ou vous vous êtes lais­sés de la liberté ?

Sébastien : Pas mal de lib­erté ! Le morceau était con­stru­it quand je suis arrivé, ce n’é­tait pas du tout une page blanche. Et à la fois je me suis sen­ti totale­ment libre de faire tout ce que je voulais par-dessus. J’ai chan­té, rajouté un syn­thé, les fameux choeurs… Je n’ai évidem­ment eu aucune direc­tive, mais c’est vrai que la chan­son exis­tait déjà par elle-même.

Joseph : Les paroles en français, c’é­tait Sébastien. C’est lui qui a trou­vé les phras­es poé­tiques, alors que moi j’avais eu des idées très basiques.

Sébastien : Ben oui for­cé­ment quand on est français, il y a des petites nuances de la langue qui sont plus naturelles à trou­ver… C’é­tait très agréable de chanter dessus ! J’ai dû m’y repren­dre à plusieurs fois, alors que Joseph a enreg­istré sa voix en une seule fois. Une seule prise. De mon côté j’ai fait beau­coup de pris­es, avec en plus les choeurs, et dix jours après je suis revenu au stu­dio, parce que j’avais encore deux-trois mots sur ma par­tie qui ne me plai­saient pas. De mon côté ça a été une sorte de mon­tagne à gravir, alors que pour Joseph c’é­tait une mon­tagne à descen­dre haha

 

Tu as réus­si à t’ap­pro­prier la chan­son facilement ?

Sébastien : Com­plète­ment ! J’adore ce genre de chan­sons : de très beaux accords et une chan­son sim­ple. J’ai aus­si l’im­pres­sion que c’est un type de musique qu’on entend rarement en ce moment. Ces rythmiques-là de bat­terie, ça fait bien longtemps que je n’avais plus enten­du ça. Avec une ryth­mique 60s à la gui­tare élec­trique… Ce côté unique m’a plu, non­cha­lant mais en même temps hyper pro. En ce moment c’est un déluge de sons : les pro­duc­teurs empi­lent plein de couch­es de sons pour chaque morceau… Là, ça fait du bien d’é­couter un truc doux, sim­ple, lis­i­ble. Ça sort du lot.

On peut par­ler du clip ? Où a‑t-il été tourné, com­ment ça s’est passé ?

Sébastien : Ça a été tourné à Saint-Cloud, c’é­tait chouette!

Joseph : J’ai eu peur que le tour­nage ne finisse jamais, c’é­tait un peu long mais on est des pro­fes­sion­nels donc ça s’est bien passé haha

Sébastien : La mai­son avait du charme, comme un petit chalet, ambiance clip de Noël avec de la fausse neige… Un coté sports d’hiv­er avant la saison.

((Ils débriefent le petit-déjeuner dis­po le jour du tour­nage etc))

 

L’esthé­tique du clip c’est en noir et blanc, on un ressen­ti de con­tem­pla­tion, vous avez vu ça de la même manière ?

Sébastien : C’est ça qui était chou­ette pour nous, c’est que les plans étaient très faciles à jouer parce qu’il suff­i­sait de rester sta­tiques. Je suis très mau­vais acteur donc j’avais peur d’avoir à jouer, et après quand j’ai regardé le clip j’ai aimé cette sorte de revival années 90 ! Il y a des flous qu’on fai­sait beau­coup dans les années 90, je me sou­viens par exem­ple de clips de Soundgar­den, Nir­vana… J’avais pas du tout com­pris ça pen­dant le tour­nage. Le traite­ment de l’im­age est génial.

Joseph : J’avais pas pen­sé à ça mais c’est vrai… Soundgar­den quoi haha! En fait en ayant Sébastien et moi dans le clip, c’é­tait dur de faire un truc qui ne soit pas sym­pa. D’ailleurs je trou­ve qu’on n’est pas très sou­vent à deux dans le même plan. On dirait presque qu’on a pas shooté le clip ensem­ble haha. Mais j’adore que ce soit un clip de Noël

 

Qu’est-ce que la vidéo racon­te de plus que la chanson ? 

Sébastien : Pour moi, ça met le step… On a l’im­pres­sion qu’on par­le de Noël quand on chante. “J’en ai assez vu et pour­tant je regarde” : c’est vrai que Noël ça peut être bor­ing, ou pesant pour cer­tains. Et pour­tant tous les ans on le fête quand même. Donc le clip était sacré­ment appro­prié. Je trou­ve aus­si que le clip fait 90s, on a l’im­pres­sion que le morceau est méga-vieux, un clas­sique français de 1971… C’est ce que j’aime bien.

Joseph : C’est tou­jours ça avec les vidéos, ça change la façon dont tu vois la chan­son. C’est un peu comme le jour après Noël, quand t’as eu tous les cadeaux et que la prochaine échéance, c’est le nou­v­el an. Il y a tou­jours un petit moment de tristesse après Noël, non ? J’aime l’idée que ça puisse être un slow. Et c’est aus­si comme si on s’é­tait dis­putés, dans le clip c’est un peu ten­du entre nous.

Sébastien : Oui c’est ça, on boude ! haha

 

Joseph, tu as un lien par­ti­c­uli­er avec la France, avec la chan­son française… C’é­tait impor­tant d’avoir un titre en français sur ce repack­age ?

Joseph : Avant de ren­con­tr­er ma femme, je ne con­nais­sais pas très bien la musique française. Bien sûr, j’avais écouté Daft Punk ou ce genre de choses, mais pas du tout Françoise Hardy, Serge Gains­bourg, Claude François et tous les autres… les clas­siques quoi ! Et plus tu entends de pop clas­sique française, plus tu réalis­es que ça a beau­coup influ­encé le monde de la pop en général. Et main­tenant, je sais que quand tu écris en français les phras­es sont très dif­férentes par rap­port à l’anglais. Et tu peux jouer avec les mots d’une manière très spé­ciale. Ça m’a beau­coup intéressé, mais je n’avais pas encore les out­ils pour écrire une bonne chan­son. Juste avec ma femme on a trou­vé “J’en ai assez vu” et c’é­tait suff­isant pour moi ! haha. J’avais envie de le met­tre sur ce repack­age. Et j’e­spère que “J’en ai assez vu” pour­ra devenir un slow con­nu en France.

 

On sent que la col­lab­o­ra­tion entre vous deux s’est bien passée : on peut espérer/imaginer des col­lab’ futures entre vous ? 

Sébastien : Per­son­nelle­ment, j’aimerais bien ! Ça serait un bon­heur de me retrou­ver une semaine en stu­dio avec Joseph, à régler des syn­thés, à pré-mixer des maque­ttes… Clairement.

Joseph : On peut faire ça chaque Noël ! Haha. Non mais plus sérieuse­ment, oui moi aus­si j’aimerais. À mon avis ça peut être très cool.

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