©Edouard Sanville

đŸ€ Jacques est de retour : “J’aurai toujours besoin de vous”

Jacques est de retour. Et il a dĂ©cou­vert les NFTs.

Fin mai, de mys­tĂ©rieux pan­neaux pub­lic­i­taires au Maroc, en Russie et en Thaï­lande affichaient Jacques pointant le pub­lic du doigt. Écrit dans leur langue respec­tive, ce mes­sage tout aus­si cryp­tĂ©, “je suis heureux de faire par­tie de vous”. Aujour­d’hui, nous avons enfin la rĂ©ponse Ă  ces petites mani­gances de Jacques et du nou­veau label d’E­ti­enne Piket­ty (Pain sur­pris­es) sur lequel ce retour est signĂ©, Recherche & DĂ©veloppe­ment : deux nou­veaux morceaux du Français exilĂ© trois ans au Maroc, “Vous” et “Attends”.

 

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Mais comme Jacques ne fait jamais les choses comme tout le monde, ce track “Vous” ne sort pas n’im­porte com­ment. Comme nous, il a dĂ©cou­vert l’ex­is­tence des NFTs et y a vu l’op­por­tu­nitĂ© de crĂ©er quelque chose d’o­rig­i­nale : chaque sec­onde du morceau peut s’a­cheter en NFT. Ain­si, 180 per­son­nes peu­vent acheter une sec­onde de “Vous” et ain­si touch­er une par­tie des recettes du titre. Le mes­sage der­riĂšre ? Aus­si indĂ©pen­dant soit-il, Jacques aura “tou­jours besoin des autres et par exten­sion, de vous.” Oui, il faut donc com­pren­dre que Jacques a prĂ©vu de revenir par­mi nous, en France, en tournĂ©e, avec de nou­veaux sons, et ça nous a don­nĂ© l’oc­ca­sion – qu’on ne rate jamais – de lui pos­er quelques questions.

Ça fait trois ans que tu as quit­tĂ© la France pour le Maroc. Aujourd’hui tu as envie de revenir « par­mi nous » parce que tu as com­pris que tu pou­vais te pass­er de beau­coup de choses, mais pas du con­tact social. Qu’as-tu compris/appris d’autre durant ces trois annĂ©es ? Et qu’est-ce que le musi­cien a compris/appris Ă©galement ?

Je suis surtout par­ti de la ville vers la cam­pagne, de l’exhibition vers la pudeur, de la reprĂ©sen­ta­tion vers la crĂ©a­tion. Dans le morceau « Vous », le « vous » est une pro­jec­tion imag­i­naire des autres selon moi, et donc des habi­tants des villes et des cam­pagnes de la France, du Maroc, de partout dans le monde. Ce sont les sept mil­liards d’autres humains qui peu­plent la planĂšte. J’ai appris pas mal de trucs, j’ai appris Ă  vivre en cou­ple, dĂ©jĂ . J’ai appris Ă  cuisin­er asi­a­tique, Ă  tir­er les noo­dles Ă  la main grĂące Ă  Peter pulls noo­dles. J’ai appris Ă  faire de la retouche vidĂ©o sur After­Ef­fects et de la 3D sur Blender, j’ai com­mencĂ© Ă  con­duire un scoot­er, Ă  me lever tĂŽt, Ă  caler des vinyles mĂȘme si je galĂšre encore un peu. Niveau musique, je suis devenu un crack de syn­thĂšse FM avec Oper­a­tor, je suis de plus en plus chaud sur Serum, et j’ai aus­si appris Ă  me servir de syn­thé­tiseurs analogiques : le Moog Voy­ager que m’a offert Ago­ria suite Ă  mon cam­bri­o­lage et un prophĂšte Rev 2 que j’ai achetĂ© pour aller avec. Mais niveau son, c’est surtout que j’ai appris Ă  Ă©couter rĂ©elle­ment ce que je fais comme si j’étais un audi­teur et non pas avec mon oreille biaisĂ©e de musi­cien qui espĂšre faire de la grande musique.

“LĂ , je suis encore en train de me chauf­fer, j’envisage de niquer le game tran­quille­ment lorsque le Covid per­me­t­tra d’aller jouer devant des gens.”

Jacques

©Edouard Sanville

Tu reviens avec deux nou­veaux morceaux. Mais est-ce qu’un album se trou­ve au bout du chemin ? Et c’est quoi l’état d’esprit du moment : « je vais niquer le game » ou « j’y vais tran­quille et on va voir ce qu’il se passe Â» ?

En fait, ça peut paraĂźtre Ă©ton­nant mais pour moi l’album se trou­ve non pas au bout du chemin mais au dĂ©but d’un chemin qui n’a pas encore com­mencĂ© et qui sera jonchĂ© de plein d’albums. LĂ , je suis encore en train de me chauf­fer, j’envisage de niquer le game tran­quille­ment lorsque le Covid per­me­t­tra d’aller jouer devant des gens. En atten­dant, je reste chez moi, je prof­ite de la pĂ©riode.

“Les 180 per­son­nes qui ont achetĂ© les sec­on­des de mon morceau reprĂ©sen­tent dĂ©sor­mais le morceau auprĂšs du reste du monde.”

Ce nou­veau sin­gle « Vous », tu le vends en NFT, mais dĂ©coupĂ© en plusieurs sec­on­des que les gens peu­vent acheter, pos­sĂ©der. Com­ment t’es venue l’idĂ©e ? Aus­si, les NFTs, c’est le futur de l’industrie musi­cale selon toi ?

L’idĂ©e de ven­dre les droits d’un morceau au pub­lic est une sorte d’évidence dev­enue pos­si­ble grĂące Ă  la dĂ©moc­ra­ti­sa­tion des NFTs. En temps que musi­cien, j’ai intĂ©rĂȘt Ă  ce que les droits de mes morceaux appar­ti­en­nent en par­tie Ă  moi, et en par­tie Ă  des gens qui vont se bouger pour que les morceaux soient enten­dus et exploitĂ©s com­mer­ciale­ment. Les 180 per­son­nes qui ont achetĂ© les sec­on­des de mon morceau reprĂ©sen­tent dĂ©sor­mais le morceau auprĂšs du reste du monde, ils ont un intĂ©rĂȘt financier Ă  ce que mon morceau marche. C’est quand mĂȘme ouf, nan ? En revanche, je ne crois pas que les NFTs soient l’avenir de la musique. Si j’ai util­isĂ© la blockchain NFT d’une façon que je trou­ve intĂ©res­sante, en m’appropriant leur fonc­tion­nement, je ne crois pas que ça intĂ©resse grand monde de faire pareil et je crois que les NFTs pour­raient juste ĂȘtre cette bulle de hype spĂ©cu­la­tive et finir par se dĂ©gon­fler d’elle-mĂȘme. Par con­tre, je pense que d’autres blockchain/crypto vont con­tin­uer de rĂ©vo­lu­tion­ner les rap­ports Ă©conomiques entre les humains et que ce change­ment per­me­t­tra une meilleure traça­bil­itĂ© des Ɠuvres dig­i­tales, facilit­era aus­si bien les trans­ac­tions que les rĂ©par­ti­tions d’argent qui s’en suiv­ent et donc je suis assez opti­miste quant Ă  la ges­tion des droits des artistes dans un futur pas si lointain.

Je vois que la sec­onde est Ă  0,065 ether, soit 145€. Ça fait pas un peu cher la seconde ?

Tout dĂ©pend si tu crois en mon pro­jet ou pas. C’est comme tout, c’est cher si tu pens­es que ça vaut moins, c’est pas cher si tu pens­es que ça vaut plus. Per­so, je trou­ve que c’est pas cher, j’étais par­ti pour met­tre Ă  250 euros, puis je me suis dit que pour une pre­miĂšre, je prĂ©fĂ©rais que tout soit ven­du plutĂŽt que de faire plus d’argent.

Je vais jouer le bad cop deux min­utes : sou­vent, on quitte Paris pour l’ailleurs, mais est-ce que revenir n’est pas un aveu d’échec ?

Oui, mais les aveux d’échecs ne sont-ils pas des vic­toires ? Je dis ça mais je n’ai pas prĂ©vu de revenir Ă  Paris, Ă  part Ă©videm­ment pour les pro­mos et les con­certs – et quelques resto chi­nois parce que j’adore manger chi­nois. Avec mon amoureuse, on pen­sait s’installer en Bre­tagne Ă  l’occasion, sinon pourquoi pas vivre en tournĂ©e pen­dant un an ou deux. Tout cela dĂ©pend aus­si de vous
 đŸ˜‰

Jacques

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