Jeanne Added en couv’ de Tsugi 115, en kiosque samedi 8 septembre

Une his­toire toute per­son­nelle. Il y a légère­ment plus de 20 ans, je débu­tais alors dans le méti­er de jour­nal­iste musi­cal en écrivant sur la jungle-drum’n’bass qui vivait alors son âge d’or. Bon, les choses se sont un peu gâtées par la suite et hormis quelques îlots de résis­tance en Grande‐Bretagne et par ici (hel­lo, la grande Elisa Do Brasil !), on ne peut pas dire que la drum occupe ces temps‐ci le devant de la scène élec­tron­ique. À notre mod­este niveau, il fal­lait y remédi­er. C’est donc avec une grande joie et une cer­taine fierté que nous accueil­lons dans ce numéro Roni Size qui a accep­té de mix­er notre CD. Et de quelle manière! Aucun doute que cette sélec­tion qui fait la part belle à ses deux labels légendaires, V Record­ings et Full Cycle, fig­ure dans le top 5 des com­pi­la­tions de l’histoire du mag­a­zine. On l’attend main­tenant pour une de nos soirées. Qui sait ? Mais notre ren­trée musi­cale n’explore évidem­ment pas que le passé, aus­si glo­rieux soit‐il. Elle a même le regard résol­u­ment tourné vers l’avenir avec cette cou­ver­ture radieuse hon­o­rant la tal­entueuse Jeanne Added, qui a fait cra­quer l’ensemble de la rédac­tion avec son album puis­sant et lumineux. Comme quoi tout est tou­jours pos­si­ble chez Tsu­gi, puisque j’avoue bien volon­tiers être passé à côté de son pre­mier essai que je trou­vais habité d’une noirceur trop étouf­fante. Une his­toire toute per­son­nelle là encore.

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro la chronique de notre album du mois (signé Djed­jotron­ic), Xavier et Gas­pard de Jus­tice jouant au blind­test, des por­traits de Kid­dy Smile, Jun­gle, Grand Blanc, Léonie Per­net, Idles, Jean‐Michel Jarre se racon­tant en images, Gilb’R qui nous explique sa pas­sion pour la pho­togra­phie… Et comme d’habitude votre lot de chroniques, compte‐rendus de fes­ti­vals, bons plans, tests de matériel et autres ren­con­tres avec les artistes faisant l’actu en cette ren­trée ! Retrou­vez votre Tsu­gi, 115ème du nom,  en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du same­di 8 sep­tem­bre. En atten­dant, vu qu’on est sym­pa, voilà le début de l’interview de Jeanne Added par Alex­is Bernier et Antoine Dabrows­ki :

Trois ans après son sépul­cral pre­mier album Be Sen­sa­tion­al, Jeanne Added brille sur Radi­ate. Un disque amoureux, tou­jours mélan­col­ique, mais plein d’espérance. Expli­ca­tions.

J’ai même un pull vert”, s’amuse Jeanne Added quand on lui par­le du bombers rose pas­tel qu’elle arbore dans le clip de “Mutate”, le pre­mier sin­gle de son sec­ond album. On nous par­don­nera d’autant plus facile­ment cet “instant chif­fon” qu’il est révéla­teur de la dis­crète muta­tion qui s’est opérée chez la chanteuse révélée par le suc­cès inat­ten­du d’un Be Sen­sa­tion­al pour­tant sans con­ces­sion en 2015. Hier, adepte d’un total look noir et d’une cer­taine austérité, pour ne pas dire sévérité ou raideur, la chanteuse de “A War Is Com­ing” sem­ble avoir aujourd’hui le sourire plus facile, comme en témoigne la pochette de Radi­ate, un por­trait qui ressem­ble à un quasi‐décalque de celui qui ornait Be Sen­sa­tion­al, à quelques impor­tants détails près. Quand le pre­mier cliché est en noir et blanc, regard masqué par un voile de fumée, le nou­veau est en couleur. Jeanne a le regard franc sur un fond blanc écla­tant. “J’ai eu envie d’une pochette qui soit le posi­tif de celle du pre­mier album. Je voulais avoir les yeux ouverts. Même si je ne suis pas encore capa­ble de regarder la caméra en face !” Cette belle image signée Julien Mignot (qui met aus­si par­fois son tal­ent au ser­vice de Tsu­gi) n’a rien d’anecdotique. À l’approche de la sor­tie de Radi­ate, Jeanne Added sem­ble avoir domp­té sa colère: “Pas domp­tée mais absorbée. En vieil­lis­sant, elle s’adoucira peut‐être encore et alors, jusqu’à la fin de mes jours, je n’enregistrerai plus que des dis­ques de bal­lades au piano !”, rit‐elle comme elle fera très sou­vent durant l’heure et demie que dur­era notre entre­tien. Jeanne Added l’affirme volon­tiers : “Je suis prête à pass­er à un nou­veau chapitre.” Et cet excel­lent nou­v­el album, plus élec­tro, pop et sen­suel, le con­firme. Fini la froideur, la noirceur et la guerre qu’elle sem­blait se men­er à elle‐même tout au long de Be Sen­sa­tion­al : “Encore heureux qu’on ne passe pas tout son temps à se tail­lad­er les veines, ce serait épuisant à la fin.”

Sans temps morts

Cette sérénité nou­velle, ce chapitre qu’elle se dit prête à ouvrir, il est sim­ple d’en trou­ver la source dans le suc­cès de Be Sen­sa­tion­al qui l’a “déca­de­nassée”. Un disque de chan­sons som­bres et intens­es où une rage sourde fait vrom­bir des lignes de bass­es dis­tor­dues par la magie noire de son pro­duc­teur Dan Levy (l’homme de The Dø) et de ses machines. Mal­gré son ambiance cold wave cré­pus­cu­laire, l’album va trou­ver un écho gran­dis­sant auprès du pub­lic qui y voy­ait peut‐être l’allégorie d’une époque tour­men­tée. Le disque va faire un car­ton et Jeanne Added tourn­era plus de deux ans avec ses chan­sons, dont elle livre sur scène des ver­sions moins abruptes et plus dansantes. Le mag­nétisme et la puis­sance que la chanteuse dégage ne sont cer­taine­ment pas étrangers au suc­cès crois­sant que vont con­naître ses lives et, par réper­cus­sion, son album. Mais si la scène a cer­taine­ment con­tribué à son suc­cès, l’appétence du pub­lic pour la pro­fonde noirceur de Be Sen­sa­tion­al reste un heureux mys­tère, même pour son auteur: “Je ne sais pas l’expliquer.” Ce que l’on sait, en revanche, c’est que si Jeanne Added a su gér­er avec une cer­taine maîtrise cette soudaine pop­u­lar­ité et les sol­lic­i­ta­tions qui vont avec, c’est qu’elle est une musi­ci­enne accom­plie.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du same­di 8 sep­tem­bre !

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