Crédit : Marco Menghi

Kappa Futur Festival : non, il n’y a pas que le “far niente” à Turin

Lorsque l’on pense à son prochain séjour en Ital­ie, Turin ne fig­ure pas vrai­ment dans les pre­mières villes qui vien­nent à l’esprit. Mai­son mère de la Juven­tus et des indus­tries Fiat, coincée au pied des Alpes, la ville ressem­ble à une sorte de bulle hors du temps. Avec ses tem­péra­tures infer­nales et son archi­tec­ture per­due entre plusieurs épo­ques, elle en devient même une ville fan­tôme lorsque le soleil est au plus haut. Bref, un cocon où il est dif­fi­cile d’éviter le “far niente”. 

C’est pour­tant à Turin que le Kap­pa Futur Fes­ti­val a décidé de s’installer, depuis déjà 10 ans. Un rendez‐vous qui n’a cessé de grandir au fil du temps, pour accueil­lir cette année 50.000 per­son­nes sur deux jours. Il faut dire que le défi était de taille : réu­nir un pub­lic con­séquent dans une ville où sor­tir de chez soi en pleine journée relève de l’ordre du masochisme. Comme pour pimenter l’affaire, le Kap­pa Futur ne com­mence non pas après dix‐sept heures, mais dès midi, et s’achève à minu­it. Bref, tout un pro­gramme, bril­lam­ment relevé cette année. 

Il faut s’accorder sur ce point : ce qui fait la force de ce fes­ti­val, c’est bien son cadre. Le Kap­pa Futur met un point d’honneur à pren­dre à l’envers tous les tra­vers de la ville. Turin, une ville post‐industrielle qui a per­du son dynamisme d’antan ? Réin­vestis­sons une anci­enne usine Fiat devenu le parc préféré des riverains. Turin, ville de feu où l’on ne peut sor­tir sans être cou­vert de sueur ? Jouons sur les points d’ombre grâce aux murs, aux arbres, ou encore aux nom­breuses douch­es parsemées dans le fes­ti­val. Pénétr­er dans le Parc Dora ryth­mé par des beats intens­es, face à des colonnes magis­trales et des murs entiers peints pour l’occasion ne peut qu’époustoufler.

Crédit : Alber­to Chiariglione et Davide Dunasco

Dès le pre­mier jour, nos pre­miers pas nous mènent vers la pre­mière des qua­tre scènes, la Seat, qui accueille l’acid hyp­no­tique du japon­ais DJ Nobu. Il est déjà dix‐sept heures, mais les fes­ti­va­liers sont encore trop peu nom­breux pour que le dance floor s’enflamme. Ni une, ni deux, l’envie d’explorer le site est trop forte : direc­tion la scène Dora, où joue HAAi, cette Aus­trali­enne à l’énergie débor­dante qui a su mêler gross­es bass­es et mélodie avec brio. Le lieu est dis­simulé dans les arbres, à l’ombre des feuil­lages et accueil­lant un pub­lic plus intimiste : notre endroit favori du site est tout trou­vé. C’est d’ailleurs par la même occa­sion que l’on remar­que qu’entre les dif­férentes scènes, les sons ne s’entrechoquent aucune­ment — mal­gré leur prox­im­ité !

Après un set élec­trique, William Djoko ne parvient pas à entretenir l’enthousiasme des foules, alors l’exploration reprend. L’heure du set d’Amelie Lens approche, et nos pieds four­mil­lent déjà : retour à la Seat où Dub­fire livre une per­for­mance un peu monot­o­ne. Pour­tant, le pub­lic est déjà là, près pour sa rock­star. Lorsque la DJ belge fait son entrée sur scène, c’est l’apothéose. On se demande si les cris pour­raient cou­vrir la musique. Heureuse­ment qu’Amelie Lens con­naît son méti­er, et prof­ite de l’énergie folle du pub­lic pour envoy­er de très lourds drops. On le con­fesse, toutes les cel­lules dansantes de notre corps ont été con­vo­quées, lors de ce couch­er de soleil intense. 

Crédit : Alber­to Chiariglione et Davide Dunasco

Peu après, Carl Cox et ses cris insup­port­a­bles nous font fuir vers Der­rick May qui se pro­duit à la scène Jäger. Une con­struc­tion gar­gantuesque où le DJ est instal­lé à plusieurs mètres du sol, deux rangées de colonnes éten­dues face à lui. Le ven­tre gar­gouille un peu, alors on se hasarde vers les ham­burg­ers. Mau­vaise idée. Notre palais a regret­té, le temps d’un instant, les plats de la can­tine. Vite, au lit. 

Réveil dif­fi­cile le lende­main matin, alors que Peg­gy Gou annonce sur Insta­gram qu’elle ne sera pas de la par­tie. Très vite rem­placée par un sec­ond set d’Amelie Lens, il nous sem­ble préférable d’aller engloutir une vraie piz­za ital­i­enne pour se con­sol­er, avant de fil­er à toute vitesse vers le fes­ti­val. Ren­con­tre avec Enri­co Sangiu­liano dès l’arrivée, qui maîtrise à mer­veille l’art de la mon­tée en ten­sion et du drop jouis­sif. Char­lotte de Witte le rem­place vite mais ne parvient pas à nous con­va­in­cre de rester. Début d’une nou­velle explo­ration vers la plus petite scène du fes­ti­val, la Burn, où Ricar­do Vil­l­abo­los joue un peu mou. Pour­suiv­ons notre chemin vers la scène Dora, où une nou­velle fois, nous ne sommes pas déçus : Denis Sul­ta ani­me une foule chaleureuse, entre la dis­co et la house. La même énergie ressort du back‐to‐back de Motor City Drum Ensem­ble et Jere­my Under­ground, mais notre fidél­ité à Vital­ic — même lorsqu’il est séparé de Rebekah War­rior — nous pousse à rejoin­dre la scène Jäger. Le reste de la soirée n’est plus que sec­ouss­es et sauts en l’air, de Vital­ic à Nina Krav­iz, l’un et l’autre étant défini­tive­ment réso­lus à faire trem­bler les colonnes. Petit pas­sage vers les Israëliens de Red Axes, puis vers la house sur‐vitaminée de The Black Madon­na, pour véri­fi­er qu’une bonne humeur et des émo­tions explo­sives éma­nent tou­jours de leur musique (après véri­fi­ca­tion : c’est bien le cas). Il alors minu­it, les jambes sont lour­des, les corps sont cou­verts de piqûres d’insectes incon­nus, les fes­ti­va­liers entrent en guerre pour trou­ver des taxis. Mais hors de ques­tion d’abandonner de sitôt : direc­tion l’after par­ty sur laque­lle règne I Hate Mod­els avec un set qui fini­ra de nous met­tre à terre. Arriverder­ci

Crédit : Alber­to Chiariglione et Davide Dunasco

Le meilleur moment : Comme une évi­dence, le live de Vital­ic, aus­si court qu’il fut intense. Et promis, on est loin d’être chau­vins. 

Le pire moment : Peg­gy Gou annonçant qu’elle ne vien­dra pas à cause d’une indi­ges­tion. On se demande si c’est dû aux ham­burg­ers servis sur le fes­ti­val.

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