Tripalium à l'Ubu - 11/01/2019 / ©Christopher Chiffoleau

Kicks distordus et atmosphères punk : le méchant label Tripalium fête ses 5 ans

par Tsugi

Au départ, le tri­pal­i­um est un instru­ment de tor­ture. Le mot aurait ensuite dérivé pour devenir syn­onyme de “tra­vail” et, surtout, il a don­né son nom à un label fondé il y a main­tenant cinq ans à Rennes, spé­cial­isé dans les branch­es les plus extrêmes de la tech­no. Et on peut dire qu’il tra­vaille : en cinq ans d’ex­is­tence, Tri­pal­i­um Corp s’est divisé en qua­tre divi­sions, dont Acid Avengers (la sec­tion donc…acid), Dig­i­tal Mutant, Tri­pal­i­um Rave et Tri­pal­i­um Pod­cast (réservée aux pod­casts d’artistes), his­toire de cou­vrir toutes les musiques élec­tron­iques qui se font à coups de “nappes raw, de kicks dis­tor­dus, de larsens, de sons sales et d’at­mo­sphères punk”. Pour célébr­er leur anniver­saire, la com­pi­la­tion French Bull­dogs réu­nit 36 artistes (jeunes pouss­es ou mem­bres his­toriques), et bien sûr trois soirées sont organ­isées du 5 au 7 mars dans plusieurs lieux ren­nais. On réca­pit­ule ce que cela veut dire de défendre ce type de musique, avec son fon­da­teur Ben­jamin Dier­stein. Garan­ti sans douleur.

Avant, bal­ancer de la jun­gle, de la rave et des sons noise dans une même soirée, c’é­tait très loin de faire l’u­na­nim­ité, et on en a d’ailleurs par­fois fait les frais sur la fréquen­ta­tion de nos événements !”

Com­ment a com­mencé Tri­pal­i­um ? C’était quoi l’idée de base ?

Tri­pal­i­um a com­mencé en mai 2014. À l’époque, il s’agis­sait seule­ment d’or­gan­is­er des événe­ments à Paris, en met­tant en avant les musiques qui nous tenaient à cœur (IDM, noise tech­no, acid, brain­dance, indus, break­core…), à une époque où on n’en­tendait que de la tech­no partout. Avant, bal­ancer de la jun­gle, de la rave et des sons noise dans une même soirée, c’é­tait très loin de faire l’u­na­nim­ité, et on en a d’ailleurs par­fois fait les frais sur la fréquen­ta­tion de nos événe­ments ! Nos plus gros faits d’armes sur cette pre­mière année ont été un con­cert de Venet­ian Snares, un show­case Ad Noiseam (label de Bong Ra, Igor­rr, Ruby My Dear, The Out­side Agency, dis­paru depuis), une soirée spé­ciale Rephlex, et la pre­mière “Acid Attack”, événe­ment 100% acid, précurseur de notre sec­tion Acid Avengers. Et puis, en décem­bre de la même année, on a lancé le label, et petit à petit c’est la par­tie label, avec ses qua­tre sous-divisions, qui a pris le pas sur l’or­gan­i­sa­tion d’événements.

D’où vous vient cet amour de la tech­no indus­trielle et des sons qui grattent ?

On est effec­tive­ment attachés aux sons indus­triels depuis les débuts, et je dirais plus générale­ment à toutes les musiques élec­tron­iques qui se font à coups de nappes raw, de kicks dis­tor­dus, de larsens, de sons sales et d’at­mo­sphères punk. Beau­coup de piliers du label ont, dans leur cul­ture, une véri­ta­ble pas­sion pour le tra­vail de la tex­ture et pour les musiques élec­triques extrêmes type noise ou met­al hard­core, et on a tou­jours véhiculé dans nos sor­ties un amour pour les machines qui pro­duisent des sonorités détraquées proches de ces musiques issues à l’o­rig­ine de la sphère rock. On attache égale­ment beau­coup d’im­por­tance au live, je pense qu’on a tou­jours été plus proches d’une cul­ture live/punk que de la cul­ture DJ.

14anger @ Ubu Rennes (Treize x Tripalium)

Quels ont été les temps forts du label qui ont con­tribué à sa longévité ?

Le lance­ment d’Acid Avengers fin 2015 a été un pre­mier moment fort puisqu’il a lancé une iden­tité très mar­quée avec les illus­tra­tions du Nan­tais Prozeet, et notre col­lab­o­ra­tion avec Jaquar­ius. Je cit­erais égale­ment pêle-mêle le début de notre rési­dence sur Rinse France en 2016, notre arrivée à Rennes à l’au­tomne 2016, où l’ac­cueil chaleureux des col­lec­tifs locaux tels quels OND ou Chevreuil a été très impor­tant. Et puis bien sûr le lance­ment l’an dernier de notre agence Nomade Book­ing, qui est désor­mais la prin­ci­pale activ­ité de la struc­ture, devant la pro­duc­tion de disques.

La sor­tie dont t’es le plus fier ?

On a sor­ti telle­ment de dis­ques et de cas­settes (près de 70 en cinq ans), que j’au­rai du mal à isol­er une sor­tie en par­ti­c­uli­er. Mais celles des artistes his­toriques du label (Paulie Jan, Jaquar­ius et Mono-enzyme 307, 14anger & Dep Affect, ou encore Ver­set Zero) ont for­cé­ment une réso­nance par­ti­c­ulière pour moi. J’y ajouterais les petites bombes qu’ont sor­ti chez nous, Umwelt, Min­i­mum Syn­di­cat, Yung Acid, La Bile, Notaus­gang, Ter­d­j­man, Atix, Fall­beil, Drvg Cvltvre, Cell­dod, Ekman, Soci­ety of Silence, Cuften ou plus récem­ment Sina XX, qui ont claire­ment été des som­mets en terme de qual­ité et d’originalité.

C’est clair que si on com­pare 2014 et 2020, une cer­taine forme de tech­no indus­trielle est dev­enue la norme dans beau­coup de soirées.”

En 5 ans, vous avez du voir évoluer la scène indus­trielle française. Vos conclusions ?

C’est clair que si on com­pare 2014 et 2020, une cer­taine forme de tech­no indus­trielle est dev­enue la norme dans beau­coup de soirées. Le gap est énorme. Le prob­lème étant que le for­matage et la mul­ti­pli­ca­tion de pro­jets sim­i­laires ont presque tué le goût pour ces sonorités chez la plu­part des esthètes, qui ont l’im­pres­sion, à rai­son, qu’on les a gavés comme des oies avec ce type de sons. Aujour­d’hui, j’ai beau­coup de mal à faire se démar­quer un pro­jet indus­triel ou acid qui mérit­erait de l’être, tout sim­ple­ment parce que ces gen­res sont devenus des modes qui ont pris beau­coup trop de place sur la scène élec­tron­ique. Mais j’ai con­fi­ance en le fait, que, comme la drum’n’bass à une époque, la mode passera, et sub­sis­teront bien sûr les pro­jets orig­in­aux qui arrivent encore à créer de nou­velles manières de pro­duire ces musiques. Et Tri­pal­i­um sera tou­jours là pour les met­tre à l’honneur !

Le cat­a­logue de Tri­pal­i­um est à retrou­ver sur leur Band­camp.
Retrou­vez les trois soirées d’an­niver­saire du label à Rennes le 5, 6 et 7 mars.

Ben­jamin Dier­stein, fon­da­teur de Tri­pal­i­um / ©Jeune Allain

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