Kid Francescoli VS Oh! Tiger Mountain

Hasard du cal­en­dri­er… ou pas, les deux artistes mar­seil­lais, par ailleurs mem­bres de Hus­bands, ont sor­ti qua­si­ment au même moment un album sous influ­ence pop aven­tureuse mat­inée d’électronique. Cela valait bien une étude com­par­a­tive.

Qui est-il ?

• Kid Francescoli

À tra­vers son pseu­do, on com­prend beau­coup de choses sur Math­ieu Hocine. Tout petit, déjà, à dix ans paraît-il, quand d’autres ten­taient vaine­ment d’assembler en Lego un vais­seau Star Wars, le jeune Math­ieu s’escrimait lui déjà sur une gui­tare en bricolant ses pro­pres com­pos. D’où le kid. Parisien, exilé à Mar­seille, il tombe sous le charme du bril­lant foot­balleur Uruguayen Enzo Francescoli, joueur de l’Olympique de Mar­seille, mais ancien du Rac­ing Paris. D’où le nom. Musi­cale­ment à l’exact opposé des goûts con­nus des foot­balleurs, quelque part entre Tal et Jul, Hocine cul­tive depuis déjà trois albums un tal­ent immense pour une sub­tile pop mélancolico-chaleureuse nap­pée de quelques touch­es élec­tron­iques. Fasciné égale­ment par New York, il y a ren­con­tré la chanteuse Julia Minkin, qu’il a même ramenée du côté du Vieux Port. Depuis deux dis­ques, le duo nous racon­te son his­toire d’amour et de désamour. On en a presque la larme à l’œil.

• Oh! Tiger Moun­tain

Ce n’est sûre­ment pas le plus con­nu des albums de Bri­an Eno, mais Tak­ing Tiger Moun­tain a fourni à Math­ieu (oui, encore un) Poulain la base d’un pseu­do intriguant, porte ouverte évidem­ment à tous les jeux de mots (faciles) sur le tigre qui rugit, qui mon­tre ses griffes, qui sort de sa tanière, etc. On se con­tentera nous d’un tigre qui aime bien chas­s­er seul. Auteur, com­pos­i­teur, chanteur, pro­duc­teur, Poulain, la trentaine, a dévelop­pé depuis deux albums une belle capac­ité toute per­son­nelle à créer des cli­mats baro­ques et ful­gu­rants, où on peut enten­dre aus­si bien des échos de David Bowie (la voix), de reggae-dub, de folk coun­trisante, ou de pop élec­tron­ique. Salu­ons aus­si sa grande apti­tude scénique. Pour l’anecdote, il fut le pre­mier musi­cien à ouvrir il y aura bien­tôt qua­tre ans la pre­mière édi­tion du Fes­ti­val Yeah! fondé à Lour­marin par Lau­rent Gar­nier. Logique donc qu’il ait signé sur le label éma­na­tion du fes­ti­val.

Alors ce nouvel album ?

• Kid Francescoli

Play With Me démarre par une belle sur­prise, “Les Vit­rines”, entê­tante comp­tine élec­tron­ique chan­tée en français et en duo par Hocine et Julia. Une pre­mière très con­va­in­cante pour le Kid, au point que l’on regrette même que l’exercice ne soit pas renou­velé. Qu’importe, c’est un détail, tant nous sommes alpagués par les tour­bil­lons de ce disque touchant, illu­miné d’une pop élec­tron­ique sen­si­ble. Oui, on par­le bien de “pop élec­tron­ique” et pas de cette tant gal­vaudée “électro-pop” qui rime si sou­vent avec mièvrerie. Nulle mièvrerie ici, mais plutôt beau­coup de rêver­ie, dans laque­lle on se love au fil des très réus­sis “It’s Only Music, Baby”, “Emma” ou “Pick Me Up”. On éprou­ve égale­ment un gros faible (cœur avec les doigts) pour “Bad Girls”, chan­té entière­ment par Julia, que l’on com­pren­dra comme une ver­sion lym­pha­tique d’un hit R&B main­stream à la Rihan­na qui serait pro­duite par Phil Spec­tor. Magis­tral.

• Oh! Tiger Moun­tain

C’est une sorte de cav­al­cade où les sons de gui­tares déglin­gués et de claviers vague­ment psy­chédéliques se mix­ent avec bon­heur. Un brouil­lard acide sur laque­lle plane une voix tour­men­tée très Bowie époque Heroes. Il y a de quoi être cloué au sol par ce vib­ri­on­nant “Altered Man” qui ouvre le troisième album homonyme de Math­ieu Poulain. Un morceau de bravoure qui donne bien le ton d’un disque tou­jours sur­prenant, qui excelle dans le mélange des gen­res, tel ce “Wait ! What Is It” de haut vol, man­i­feste rougeoy­ant pop-tropical-électro. “A Cow­boy”, le pre­mier sin­gle, illus­tre, lui, le goût de son auteur pour les grands espaces sonores, là où il peut échafaud­er à l’aise des com­po­si­tions qui n’aiment surtout pas être bridées dans leur imag­i­na­tion. Ce qui l’amène lui aus­si à venir taquin­er pour la pre­mière fois le chant en français. Et là encore la réus­site est au rendez-vous. “La Ville est sale (et tout le monde est malade)” déroule un irré­sistible swamp rock pétil­lant légère­ment rétro où se croisent les fan­tômes d’Alain Bashung et Elvis Pres­ley venus partager un Jack Daniels en ter­rasse sur le Vieux Port. Quelle imag­i­na­tion ! Enfin, on par­le de celle de Oh! Tiger Moun­tain, pas de la nôtre bien enten­du.

L’heure du bilan

On l’aura com­pris, il est inutile de vouloir départager nos deux chal­lengeurs qui, s’ils box­ent tous les deux dans la même caté­gorie, celles des cham­pi­ons, pra­tiquent un reg­istre bien dif­férent. Mais s’il existe des matchs nuls du genre 0–0 ennuyeux, nous sommes plus en présence d’un amboy­ant 5–5. Et surtout inutile d’opposer deux potes qui sont égale­ment par­tie prenante de l’excellent pro­jet Hus­bands en com­pag­nie de Simon Hen­ner (French 79), pro­duc­teur des deux derniers albums de Kid Francescoli. “Just A Fam­i­ly affair” comme dirait l’autre.

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