L’album du mois : DBFC — “Jenks”

Arti­cle extrait de Tsu­gi 103, actuelle­ment en kiosque ou disponible à la com­mande ici.

Dif­fi­cile au lende­main de l’attentat-suicide à la Man­ches­ter Are­na de ne pas avoir une pen­sée tris­te­ment enam­ourée pour la métro­pole man­cu­ni­enne, qui a joué un rôle impor­tant dans la con­struc­tion de notre bagage musi­cal. Depuis la scène post­punk et Joy Divi­sion, The Buz­zcocks, The Fall, puis New Order, le label Fac­to­ry et son mythique club l’Haçienda (où débu­ta un cer­tain Lau­rent Gar­nier) jusqu’au mou­ve­ment Mad­ch­ester qui con­sacra la ville cap­i­tale bri­tan­nique de l’acid house, Man­ches­ter, par ses dif­férentes vagues musi­cales, a tou­jours su se posi­tion­ner comme l’un des prin­ci­paux creusets cul­turels européens. Et à ceux qui jugeraient la deux­ième ville d’Angleterre figée dans son glo­rieux passé, on opposera le dernier tal­ent en date à s’imposer entre nos oreilles, le multi‐instrumentiste David Shaw. Repéré par le passé avec ses pro­jets Siskid et David Shaw & The Beat, Shaw s’est asso­cié au Parisien d’origine bor­de­laise Dom­brance (auteur d’un bel album en 2004 puis du mini‐tube “The Witch” chez Kit­suné) pour fonder DBFC, qui déboule aujourd’hui avec un pre­mier album qui con­firme tous les espoirs sus­cités en 2014 par la sor­tie de Leave My Room, leur pre­mier EP com­mun. Si la paire ne se revendique pas claire­ment du Mad­ch­ester des 90’s, préférant par­ler de psy­chotron­i­ca, soit la syn­thèse entre la pop psy­ché, le rock et la musique de club, son pre­mier album Jenks est peut‐être la plus belle des résur­rec­tions dont aurait pu rêver le bag­gy sound. Avec intel­li­gence et mal­ice, DBFC reprend à sa sauce les car­ac­téris­tiques du genre, à savoir une cer­taine non­cha­lance du chant, notam­ment sur l’introductif “Jenks”, “Sin­ner” ou “Stay­ing Home”, et le refus de choisir entre rock et dance music. Mais là où l’on pra­ti­quait les beats uptem­po qui tâchent, David Shaw et Dom­brance font le choix d’une élec­tron­ique analogique “sérieuse” sans effets de manch­es. Leur fusion midtem­po entre élec­tron­ique et rock, loin de l’électro-rock brouil­lonne, prend le meilleur des deux mon­des dans une démarche toute naturelle qui des­sine les con­tours d’une pop à l’écriture par­faite, que l’on devine tail­lée pour la scène. Immé­di­at et sub­til, rap­pelant aus­si les expéri­men­ta­tions de l’Irlandais David Holmes, Jenks se paye le luxe d’un joli petit tube avec “Dis­co Coco”, dont on se sur­prend à chan­ton­ner le refrain dès la pre­mière écoute. Un album solide des­tiné à tourn­er en boucle tout l’été et au‐delà.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy : 

Jenk(Dif­fer­ent Record­ings), sor­ti le 2 juin.

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