L’album du mois : Dirty Projectors — “Dirty Projectors”

Extrait de Tsu­gi 99, à com­man­der ici

On ne le dit pas assez, mais Dirty Pro­jec­tors est un des groupes les plus impor­tants de la pop indépen­dante améri­caine de ces dix dernières années, même s’il reste rel­a­tive­ment boudé par le pub­lic (surtout en France), com­paré à ses con­frères Griz­zly Bear, Vam­pire Week­end ou Ani­mal Col­lec­tive. Un groupe qui évolu­ait dans son coin, dans un cer­tain calme et sans faire de vagues… Jusqu’à l’après Swing Lo Mag­el­lan (son dernier for­mi­da­ble disque, sor­ti en 2012) : Dave Longstreth, le despote à bord et sa muse Amber Coff­man, deux­ième voix et gui­tariste du groupe, se sépar­ent. Ce nou­v­el album, le sep­tième, s’ouvre sur la ter­ras­sante chan­son qui, on le com­prend, relate cette rup­ture. Le texte de “Keep Your Name” est d’ailleurs truf­fé de phras­es assas­sines d’une dureté effroy­able : “On con­tin­uera séparé­ment et tu peux garder ton nom”, “ce que je recherche dans l’art c’est la vérité, ce que tu veux c’est la célébrité”, etc. Un morceau dont l’enregistrement a été entière­ment ralen­ti (voix com­pris­es), décu­plant sa mélan­col­ie, où Longstreth sam­ple même des paroles d’un morceau précé­dent où Coff­man chan­tait “we don’t see eye to eye” (“nous ne sommes pas d’accord”). Passé ce pre­mier morceau, la suite ressem­ble à une longue recon­struc­tion de soi (le sec­ond s’ouvre sur la phrase “I was reborn”) truf­fée d’embûches. Côté musique, le disque est finale­ment dom­iné par un enrobage très R&B et funk élec­tron­ique, tel un D’Angelo blanc futur­iste pour­suiv­ant ain­si une tra­di­tion de Dirty Pro­jec­tors à com­pos­er des arrange­ments à tiroirs. La voix de Longstreth, déjà par­ti­c­ulière­ment élas­tique et ample, est ici con­stam­ment trafiquée, comme pour rem­plac­er la richesse des choeurs qui ont fait le sel du groupe et qui ont dis­paru avec Amber. Un disque pas­sion­nant, qui laisse échap­per çà et là colère, rancœur et soulage­ment même quand son arti­san sem­ble vouloir tout con­trôler. Un disque surtout jonché de morceaux fasci­nants (“Death Spi­ral”, “Work Togeth­er”, “Cool Your Heart” écrite avec Solange). Mais l’affaire n’est pas finie : quelques jours à peine après la sor­tie du sin­gle “Keep Your Name”, Amber sor­tait son pre­mier morceau solo… pro­duit par Longstreth, qui en assure aus­si les chœurs. Les bruits de couloir dis­ent qu’après avoir essayé mille pro­duc­teurs, la jeune femme aurait décidé qu’elle ne pou­vait tra­vailler qu’avec son ex.

Dirty Pro­jec­tors (Domino/Sony Music), sor­ti ce 24 févri­er.

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