L’album du mois : Shlømo — “Mercurial Skin”

Com­pren­dre d’où l’on vient pour mieux com­pren­dre qui l’on est” reste une maxime éternellement juste. C’est aus­si celle que Shaun Baron‐Carvais, alias Shlø­mo, avait sans doute en toile de fond lors de l’élaboration de son tout pre­mier album. Comme il l’avoue lui-même, ces qua­torze titres sont un hom­mage aux artistes qui l’ont influ­encé et qui lui ont fait découvrir la musique électronique, les grands noms de la fin des années 90 et du début des années 2000… La plu­part sous l’indémodable enseigne Warp, avec bien sûr Autechre ou Boards Of Cana­da, duos géniaux qui ont tran­scendé toute une génération, à qui Shaun emprunte les pads rêveurs (“Hadal Zone”) et les rythmes bavards à plus de 140 BPM (“Mer­cu­r­ial Skin”, “Low Key Love”), un aphex­twinesque “Napalm” ou encore cette ten­dance à l’arpeggiator (“Maara”) sur les synthés de toutes sortes (mais quand même beau­coup de Korg Mono/Poly), ou plus globale‐ ment les arte­facts de cette période courte mais fan­tas­tique qu’était l’IDM

D’un autre côté, il y avait aus­si à cette époque l’expansion d’une facette reten­tis­sante de la musique électronique, où une tech­no peu mélodique fai­sait grand fra­cas à coups de boîtes à rythmes Roland (ou autres), “Jäger Mod” en témoigne – avec cet aspect pour­tant organique qu’affectionne Shlø­mo – voire les côtés transe dans “Mouais”, ou lm d’angoisse pour “Broth­er”. On se rap­pelle également dans “Ivory” cette ten­dance du début du millénaire de don­ner toute sa force à un morceau en l’agrémentant de puis­santes notes bass­es tenues sur qua­tre mesures et de quelques effets “sidechain”. Tous ces styles qui l’ont nour­ri, Shaun les a intégrés d’une main de maître, avec sa sen­si­bilité pro­pre, son incli­nai­son toute particulière pour les synthés et les pads avec beau­coup d’écho, ajourés de kicks reten­tis­sants. S’il est nor­mal pour celui qui avait glissé vers l’ambient “pur” d’intégrer dans Mer­cu­r­ial Skin des inter­ludes comme “Main­tain The Lie” ou “Mino­tia”, ou de s’essayer au drone (sur “Anas­ta­tia”), l’album ne se lim­ite pas un cat­a­logue d’exercices de style. Avant d’être une bal­lade agréable dans l’histoire de la musique, Mer­cu­r­ial Skin est surtout une première étape vers l’éclosion totale d’un grand nom de la musique électronique d’aujourd’hui.

L’album sort en vinyle ven­dre­di 16 novem­bre.

 

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