Crédit : Katja Ruge

L’album du mois : Venq Tolep de Robag Wruhme

À part les artistes qui ne sont pas signés sur Warp depuis 20 ans, Gabor Sch­ablitz­ki est prob­a­ble­ment le seul dont les titres sem­blent le plus sou­vent avoir été traduits d’une langue extrater­restre. Rien d’étonnant donc à ce que la pochette de son nou­v­el album Venq Tolep soit ornée d’une de ses pho­tos de vacances, façon carte postale, revue et cor­rigée par le graphiste Simon Störk pour un résul­tat évo­quant aus­si bien le jeu vidéo d’exploration spa­tiale No Man’s Sky que le Gold­en Record embar­qué en 1977 à bord des deux son­des Voy­ager. Alors que ces dernières se diri­gent vers l’extrême fron­tière du sys­tème solaire et s’éloignent désor­mais de 500 mil­lions de kilo­mètres par an, le titre dévelop­pé par Hel­lo Games pro­pose un univers généré de manière­procé­du­rale et donc qua­si­ment in ni, avec plus de 18 tril­lions de planètes à explor­er. De quoi don­ner le ver­tige quand on y pense ! Aujourd’hui, la musique de Robag Wruhme pro­cure au con­traire une sen­sa­tion immé­di­ate de félic­ité, d’apaisement. Qui l’eût cru en 2004, quand celui qui s’est fait appel­er Machiste était à l’avant-garde rêche et mus­clée de la vague min­i­male house avec le pro­jet Wigh­no­my Broth­ers et l’album Wuzzel­bud “KK ?

De l’eau a coulé sous les ponts de Tho­ra Vukk, sor­ti en 2011, et le natif d’Iena nav­igue à présent pais­i­ble­ment entre house, ambi­ent et IDM domes­tiquées. Même s’il est en chantier depuis quelques années, Venq Tolep (et ses morceaux dont la pro­duc­tion force le respect) ne repose pas sur un con­cept bien cadré, mais s’apprécie plutôt comme une sélec­tion pleine de spon­tanéité et de nos­tal­gie, une cas­sette à mi-chemin pop diaphane et house déli­cate glis­sée dans l’autoradio par un copain au moment de pren­dre la route. Venq Tolep com­pile ain­si pêle-mêle un autoremix d’un titre sor­ti en 2015 (“Vol­ta Copy (Ambi­ent Ver­sion)”), une nou­velle ver­sion d’une chan­son déjà retra­vail­lée en 2003 (“Nata Alma” avec les Norvégiens Bugge Wes­seltoft et Sid­sel Endresen) et une relec­ture très per­son­nelle de “Domi­no”, le clas­sique d’Oxia datant de 2006 (“Béz­ique Atout”). Et cette petite voix qu’on entend dire “Pam­pa” de loin en loin. Est-ce un clin d’œil aux pro­mos d’antan ou un hom­mage au patron du label, l’ami DJ Koze ? Au fil des écoutes, on se dit qu’on aimerait pourquoi pas chang­er l’ordre des morceaux, inver­sant par exem­ple “Advent” et “West­fal” en ouver­ture, voire pro­longer cer­tains d’entre eux pour savour­er leurs sonorités intri­g­antes, comme sur “Koma­lh” ou “Ago Lades”. Par con­tre, inter­dic­tion de touch­er à “Ende #2”, pro­longe­ment poignant de la con­clu­sion du précé­dent album. Sur fond d’accords mélan­col­iques, on y entend sim­ple­ment des proches de Gabor Sch­ablitz­ki don­ner leur nom, dire où ils sont et compter jusqu’à trois dans leur langue. À chaque écoute, on se retrou­ve dans le même état que Coop­er, le per­son­nage de Matthew McConaugh­ey dans Inter­stel­lar, sub­mergé par un tor­rent d’émotions quand il décou­vre d’un seul coup 23 ans de mes­sages envoyés par ses enfants. La musique, l’amour, l’amitié, voilà des lan­gages uni­versels qui tran­scen­dent l’espace et le temps.

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