© Jonathan Velasquez

💿 L’album oubliĂ© : The Detroit Escalator Company — Soundtrack [313]

Pen­dant longtemps, il fal­lait remuer une par­tie de l’in­ter­net pour (re)trouver ce petit bijou de Detroit signĂ© The Detroit Esca­la­tor Com­pa­ny, Sound­track [313]. Heureuse­ment le label suisse Musique pour la danse a eu la bonne idĂ©e de le rĂ©Ă©diter.

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La musique électronique peut par­fois touch­er au sub­lime. Un disque sem­ble sor­tir de nulle part, et impres­sionne telle­ment par la beauté de ses mélodies et l’intelligence de ses struc­tures qu’il devient instantanément un clas­sique. Sor­ti en 1996 chez les Anglais de Fer­ox, Sound­track [313] de The Detroit Esca­la­tor Com­pa­ny est de ceux-là, clas­sique, mais oublié. Jusqu’à aujourd’hui, où le label suisse Musique pour la danse s’est mis en tête de ramen­er du passé ce joy­au de Detroit, con­scien­cieuse­ment remastérisé et enrichi de titres supplémentaires. Mais pourquoi Sound­track [313] (et son suc­cesseur Black Build­ings sor­ti en 2001), avec sa tech­no dépouillée à l’extrême, ses ambiances qua­si ambi­ent et ses ryth­miques délicates, est aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus beaux dis­ques électroniques qui nous soit par­venu de la Motor City, sur­pas­sant même cer­taines Ɠuvres des incon­tourn­ables May, Atkins, Saun­der­son ou Craig ?

 

“Avec sa tech­no dépouillée à l’extrême, ses ambiances qua­si ambi­ent et ses ryth­miques délicates, est aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus beaux dis­ques électroniques qui nous soit par­venu de la Motor City”

 

The Detroit Escalator Company

Cela tient d’abord à la per­son­nalité de l’homme derrière The Detroit Esca­la­tor Com­pa­ny, Neil Ollivier­ra, homme de l’ombre de la scène tech­no depuis ses débuts. Dès 1988, il organ­ise des soirées au Music Insti­tute, le mythique club de Detroit créé par Alton Miller et Chez Dami­er, où résonnent les pre­miers DJ-sets tech­no. Il fini­ra par se rap­procher de Der­rick May et devenir le label man­ag­er de son label Trans­mat, tra­vail­lant pen­dant qua­tre ans à en faire l’un des meilleurs ambas­sadeurs du genre. Sound­track [313] est ensuite, comme son nom l’indique, la bande-son du Detroit des années 1990, une période, selon les mots de Neil Ollivier­ra, rad­i­cale­ment différente. Les loy­ers étaient abor­d­ables et il exis­tait peu de dis­trac­tions, la con­fig­u­ra­tion idéale pour toute une génération de créatifs afro-américains, écrivains, musi­ciens, design­ers, etc. qui sor­taient de leur tanière pour se ren­con­tr­er
 et danser. C’est en croisant leur route qu’Ollivierra met­tra pour la première fois les pieds au Music Insi­tute et se retrou­vera cat­a­pulté dans un univers qu’il ne con­nais­sait pas. Dédicacé à tous ceux qui l’ont guidé vers une nou­velle vie, ce pre­mier album impres­sion­nant est d’une sen­si­bilité incroy­able et d’une beauté sans cesse renouvelée. Chaque titre sem­ble plus pro­fond, plus intime et touchant que le précédent (le som­met étant atteint sur « The Invert­ed Man (Falling) »), et par­fois les rythmes s’emballent gra­cieuse­ment (« Shift­ing Gears »). Un mystère demeure néanmoins : com­ment The Detroit Esca­la­tor Com­pa­ny, après deux albums d’une élégance folle et une poignée d’EPs, a‑t-il pu cess­er subite­ment toute pro­duc­tion discographique en 2006 et disparaître des radars ?

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Tsugi 147

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