L’amour sur le dancefloor : les photos érotiques de Karel Chladek

par Tsugi

Cap­tur­er l’en­trelace­ment sub­til et pas­sion­né au gré de la lumière changeante des clubs, voilà à quoi s’évertue Karel Chladek. Armé de patience et d’ob­ser­va­tion, le pho­tographe mon­tréalais lui arrive régulière­ment de pren­dre 2 000 clichés par nuit pour n’en garder qu’une trentaine et n’en pub­li­er qu’un. Entre les murs des clubs cana­di­ens du Vel­vet ou de l’Ecole Privée, ou en plein cœur de la scène musi­cale mon­tréalaise, son appareil pho­to se fraye un chemin dans l’in­tim­ité des cou­ples qui se for­ment, par­fois pour une nuit, par­fois plus, frôlant sur cer­taines pris­es les lim­ites du voyeurisme et de l’éro­tisme un peu rétro (ce grain de l’im­age si déli­cieux…). Ce qui fait toute la magie de ces clichés ? Les lumières des clubs qui vont sub­rep­tice­ment faire appa­raître et dis­paraître ces scènes à la lim­ite de la pas­sion et la pul­sion. Ciné­matographiques (on penserait presque à cer­tains plans du Blade Run­ner de Denis Vil­leneuve), il se dégage égale­ment de ces pho­tos de clubbeurs une forte illus­tra­tion de l’amour uni­versel et du jeu de la séduc­tion, celui qui se joue sur les dance­floors.

Egale­ment co-producteur de musique élec­tron­ique sous le nom d’Haf­fen­fold mais aus­si sous celui de Kar­luv Klub, Karel Chladek nous a racon­té le tra­vail et la philoso­phie der­rière ses pho­togra­phies.

Par Marthe Chalard-Malgorn et Syl­vain Di Cristo

La plu­part de tes clichés sont très ciné­matographiques, quelle rela­tion entretiens-tu avec le ciné­ma ?

Ma rela­tion avec le ciné­ma est liée à la musique. En club, je pho­togra­phie avec l’im­pres­sion con­stante que l’on est dans un film avec une bande-son con­tin­ue. Mon but est de créer des images ciné­matographiques à tra­vers de vrais moments, purs et cap­turés sur le vif.

Avec ces cou­ples qui s’en­la­cent, tes pho­tos par­lent beau­coup d’amour, est-ce que tu cherch­es à trans­met­tre quelque chose ou est-ce pure­ment esthé­tique ?

J’ai tou­jours été attiré par les rela­tions de toutes sortes. Ce qui me pas­sionne c’est de créer, à tra­vers mes pho­tos, une image pas­sion­née à par­tir de moments sim­ples, qu’ils soient réelle­ment pro­fonds ou non. J’aime jouer avec l’imag­i­na­tion du pub­lic, qu’il se pose des ques­tions sur l’his­toire der­rière un por­tait. À force, je me suis égale­ment aperçu à quel point les gens sont touchés par ce genre clichés intimes dont les sujets sont anonymes…

Il y a une mince ligne entre pas­sion et pul­sion et j’en ai fait mon car­ré de jeu.”

Cer­taines vont même plus loin, jusqu’à l’éro­tisme…

Il y a une mince ligne entre pas­sion et pul­sion et j’en ai fait mon car­ré de jeu. Je me sers des regards, des moments physiques ou d’une com­bi­nai­son lumineuse pour créer des émo­tions qui s’ap­par­entent à la pas­sion voire à l’éro­tisme.

Donc l’amour mais aus­si et surtout les dance­floors. L’amour est-il dif­férent sur les dance­floors que dans la vie ?

L’amour peut être tout autant véri­ta­ble dans un club que dans la vie. Ce qui me plaît le plus dans un club c’est la lib­erté que les gens y ressen­tent. Ils ne se privent pas, vivent leurs émo­tions et suc­combent à leurs pul­sions : quoi de mieux pour la pho­togra­phie ?

Peut-on par­ler de voyeurisme, par­fois, à tra­vers tes pho­tos qui immor­talisent ces moments d’in­tim­ités ?

Pour doc­u­menter l’in­tim­ité, il faut être patient, n’avoir aucune attente et laiss­er les gens dans leur espace. Mon motif est de créer des moments d’amour et de pas­sion dans des envi­ron­nements qui génèrent l’im­pul­siv­ité et l’in­ten­sité. Voyeurisme ou pas, la pho­togra­phie est l’art de l’ob­ser­va­tion : tout dépend de votre déf­i­ni­tion du voyeurisme et des inten­tions der­rière l’ac­tion…

Voyeurisme ou pas, la pho­togra­phie est l’art de l’ob­ser­va­tion : tout dépend de votre déf­i­ni­tion du voyeurisme et des inten­tions der­rière l’ac­tion…”

Alors, dis-nous tout : quelle est ta tech­nique ? Com­ment arrives-tu à ce résul­tat ?

Pour arriv­er à ça, on a besoin de bien savoir manip­uler son équipement, de la patience et de la volon­té. Pour l’équipement, un sim­ple boiti­er SLR/Mirrorless, une lentille à grande ouver­ture et le tour est joué.

L’Ecole Privée, c’est quoi ce club pour toi ? Tes pho­tos sont qua­si­ment toutes pris­es là-bas.

L’É­cole Privée est le club où j’ai vrai­ment pu m’ex­primer et créer avec la foule. J’ai su y trou­ver une com­bi­nai­son de lumières col­orées, de gens de tout style, de tout genre et une lib­erté d’ap­proche artis­tique qui sont les élé­ments idéaux pour moi. Je pho­togra­phie dans ce club depuis 2015 et je ne cesse d’y trou­ver de l’in­spi­ra­tion.

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