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You Are My High” de Demon : l’histoire du clip le plus chaud de la French touch

C’est peut-être le clip le plus tor­ride de l’his­toire de la musique élec­tron­ique française. Pour­tant, on ne pour­rait pas faire plus sim­ple.

Deux bouch­es, filmées en gros plan, qui s’embrassent à pleine langue pen­dant plus de deux min­utes. Sor­ti en 2000 et signé Demon vs Heart­break­er, “You Are My High” a immé­di­ate­ment mar­qué les esprits grâce à cette vidéo, qui a con­nu un par­cours éton­nant. Pour com­mencer, Heart­break­er n’ex­iste pas : il est une pure inven­tion de Demon. Celui-ci – Jérémy Mon­don de son vrai nom – venait de sor­tir son pre­mier album chez Sony Music, Mid­night Funk, s’in­scrivant de plain-pied dans le courant de la French touch tout en s’in­spi­rant du hip-hop.

Comme il l’ex­pli­quait aux Inrock­upt­ibles en 2018, il voulait alors pro­duire un titre pour être joué au cli­max de ses sets en live. Il sam­ple ain­si le titre “You Are My High” du Gap Band pour en tir­er ce titre house du même nom ; le pari est gag­nant : c’est un grand suc­cès com­mer­cial, l’a­menant ensuite à remix­er Daft Punk, Mr. Oizo ou Eti­enne de Cré­cy. Le des­tin n’a pas pro­longé sa car­rière où, par la suite, il s’est recon­ver­ti comme pro­duc­teur de rap (notam­ment pour Boo­ba ou La Rumeur), mais son tube reste emblé­ma­tique d’une époque où la France était le cen­tre du monde de la musique. Son clip y est bien sûr pour beau­coup.

Draghixa, l’une des deux langues du clip

L’idée der­rière celui-ci, inspirée d’une cou­ver­ture du mag­a­zine améri­cain WAD, paraît évi­dente : un french kiss pour accom­pa­g­n­er un titre de French touch. La bouche fémi­nine est celle de Draghixa : d’o­rig­ine croate, elle menait à ce moment une car­rière d’ac­trice pornographique au côté du pro­duc­teur Marc Dor­cel, rem­por­tant même en 1995 un Hot d’Or (récom­pense dis­parue depuis) de la meilleure actrice européenne pour le film Le Par­fum de Mathilde.

Pour elle, c’é­tait facile mais tu voy­ais que c’était com­pliqué pour le mec. Il était un peu en train de tomber amoureux en direct.”

Au moment du tour­nage, elle était déjà apparue dans des clips comme celui du titre “Cours Vite” de Sil­mar­ils en 1999, aux côtés d’autres stars du X. Elle avait même sor­ti en 1996 son pro­pre sin­gle, “Dream”, dont les paroles repren­nent les fameux vers de Ver­laine : “Je fais sou­vent ce rêve étrange et péné­trant” (des mots qui pren­nent ain­si un sens beau­coup plus ten­dan­cieux). L’homme, lui, c’est Hakim, un man­nequin alors âgé de 18 ans, qui avait déjà croisé Draghixa.

On ne voulait pas que ce soit sexy” racon­te Demon à Mix­mag en 2017. “On voulait quelque chose qui fai­sait plus art con­tem­po­rain, plus Andy Warhol”. Le clip est donc tourné sur pel­licule, et toutes les lumières déplacées à la main par les tech­ni­ciens. De plus, pour bris­er le cliché de l’homme dom­i­nant, Draghixa est mon­tée sur un tabouret, se plaçant à la hau­teur d’Hakim pour guider la scène. Il faut du temps pour régler le moin­dre prob­lème de posi­tion, ou tout bête­ment de filet de bave : sept pris­es sont donc néces­saires : “Pour elle, c’é­tait facile mais tu voy­ais que c’était com­pliqué pour le mec” s’a­muse Demon, tou­jours pour Mix­mag. “Il était un peu en train de tomber amoureux en direct.” Par ailleurs, l’im­age finale étant au ralen­ti, le titre est passé en accéléré sur le plateau pour rester syn­chro­nisé, et pour que les deux acteurs puis­sent pro­gres­sive­ment mon­ter en inten­sité.

On voulait juste un bisou qui donne envie de faire des bisous.”

Une fois ter­miné, le clip est ensuite dif­fusé sur M6, et les réac­tions ne se font pas atten­dre : des asso­ci­a­tions de mères catholiques se plaig­nent, et l’af­faire finit devant le CSA. La polémique amène une énorme vis­i­bil­ité au titre, sans en entraver la portée : “Au final, il a été autorisé et pas­sait à n’importe quelle heure de la journée” pour­suit Demon, inter­viewé en 2015 par le webzine Meta­musique. En effet, com­ment inter­dire un bais­er à la télévi­sion sans inter­dire la majorité des films et séries ? Jouant sur cette ambiguïté, à la fois soft et éro­tique, le clip devient culte. “Des gens me racon­tent qu’ils se sont mar­iés sur cette musique” con­clut Demon pour Mix­mag. “D’autres me dis­ent qu’ils ont chopé leur pre­mière nana ou leur pre­mier mec sur ce morceau”.

 

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Preuve s’il en est que le titre est emblé­ma­tique de son époque, le groupe Agar Agar avait repris ce titre en 2017 pour accom­pa­g­n­er un épisode de la série doc­u­men­taire d’Arte Touche Française. On peut aus­si enten­dre le titre de Demon dans le film Play, avec Max Bou­blil, sor­ti en 2019 et dont l’ac­tion se situe en par­tie au début des années 2000.

Encore aujour­d’hui, le clip con­serve toute sa sen­su­al­ité grâce à la sim­plic­ité de son dis­posi­tif. Car comme le racon­te, tou­jours à Mix­mag, le réal­isa­teur du clip Fabi­en Dufils : “On voulait juste un bisou qui donne envie de faire des bisous.” C’est que de l’amour.

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