Le coin lecture de Tsugi : 10 livres sur la musique pour passer les fêtes

C’est une cer­ti­tude, 2022 a été une année pro­lifique pour l’édition musi­cale. Jamais autant de livres sur la musique, tous gen­res con­fon­dus, n’ont atter­ri dans les librairies. En quête d’un cadeau de dernière minute ou d’un ouvrage dans lequel se plonger pen­dant les fêtes ? Suiv­ez le guide et pochez dans la liste des livres que nous avons préférés cette année.

 

Tresor: True Stories 

Les 30 ans de Tre­sor, c’est une his­toire qui dure. Après le plan­tureux cof­fret vinyle 52 titres sor­ti il y a un an, l’exposition Tech­no, Berlin und die große Frei­heit et le fes­ti­val Tre­sor 31, qui a duré près de deux mois l’été dernier, le vénérable club, pio­nnier de la tech­no à Berlin, a clôt les fes­tiv­ités avec Tresor: True Sto­ries. Le (beau) livre revient en images sur les pre­mières années de son exis­tence, depuis la décou­verte de sa future implan­ta­tion – la salle des cof­fres de Wertheim, un grand mag­a­sin désaf­fec­té situé dans l’ancien Berlin-Est (l’équivalent des Galeries Lafayette avant la mon­tée du nazisme). En 400 pages et autant de pho­tos, fly­ers, coupures de presse et autres pochettes, l’ouvrage est un véri­ta­ble voy­age à tra­vers le temps (et les looks improb­a­bles), qui illus­tre bien le big bang que fut l’arrivée de la tech­no dans la ville à peine réu­nifiée. Des textes signés Dim­itri Hege­mann, Achim Kohlberg­er, John­nie Stiel­er et Regi­na Baer (récem­ment dis­parue), les qua­tre cofon­da­teurs du lieu, ain­si que Jeff Mills, “Mad” Mike Banks (alliance Detroit-Berlin oblige), Ellen Allien ou encore Elec­tric Indi­go vien­nent com­pléter le réc­it de ces années folles qui ont suivi la chute du mur. Une tranche d’histoire. Tre­sor: True Sto­ries (Tre­sor)

livre Tresor : True Stories

 

 

Photodiscographie

livres Photodiscographie

Vous voyez sou­vent ses bril­lants clichés dans les pages de Tsu­gi. Par­fois même en cou­ver­ture, comme ce fut le cas en sep­tem­bre avec son por­trait de Lomepal. Le pho­tographe Philippe Lévy est donc un com­pagnon de route de longue date de ce jour­nal. Il vient de pub­li­er un ouvrage très orig­i­nal qui mérite bien son petit coup de pouce. Pen­dant un an et demi, il a shooté dans son appartement/studio une cen­taine de per­son­nal­ités liées à la musique (de Lau­rent Gar­nier à Jes­si­ca 93 en pas­sant par Jen­nifer Car­di­ni) en mode por­trait noir et blanc et en leur deman­dant de choisir un album dans sa copieuse dis­cothèque vinyle (Philippe, incol­lable sur la cold wave, est capa­ble de chanter à tue-tête du Throb­bing Gris­tle déguisé en Cosey Fan­ni Tut­ti) et de le com­menter en quelques lignes. Un angle cer­taine­ment per­ti­nent qui per­met de join­dre les deux pas­sions de notre ami. Mais quel a été le choix de Lau­rent Gar­nier ? Test Dept ou Wire ? Pour le décou­vrir, une seule solu­tion : inve­stir. N’hésitons pas à affirmer que c’est cer­taine­ment un bon choix pour un cadeau de Noël (même en retard). Pho­todiscogra­phie (Art Book Magazine)

 

 

Le Sens de la fête 

livres Le Sens de la fête C’est quand elle ne pou­vait plus être que clan­des­tine (et encore…) pen­dant cette ter­ri­ble péri­ode Covid que l’on a com­pris à quel point la fête pou­vait être impor­tante dans nos vies. Pas seule­ment comme un vul­gaire défouloir, mais surtout comme un moteur essen­tiel du lien social et intime. C’est une évi­dence à la lec­ture de ce livre suin­tant le dance­floor. Son auteur, Christophe Payet, a ren­con­tré pour quinze entre­tiens des reines et rois de la night, d’hier à aujourd’hui. Ça démarre avec les années Palace, racon­tées par une de ses phys­ios Jen­ny Bel’Air, et ça se ter­mine avec le col­lec­tif La Créole, roi du twerk à Paris. Entre-temps, on croise Lau­rent Gar­nier, Bob Sinclar, Brice Coud­ert ou Teki Latex, qui témoignent avec pas­sion sur un sujet qu’ils maîtrisent par­faite­ment et qui bien sûr ne con­cerne pas unique­ment les clubs branchés de la cap­i­tale. On appré­cie donc que nos belles régions ne soient pas oubliées, avec notam­ment l’interview vibrante de Vin­cent Josserand, patron de La Clé des chants, une boîte de cam­pagne de l’Ain, comme on n’en fait (presque) plus. Au fil des pages, une démon­stra­tion que le sens de la fête se con­jugue bien au pluriel. Le Sens de la fête (Nique Les Éditions)

 

 

Les Années new wave 1978–1983

livres Les Années new wave 1978-1983

 Après son excel­lente auto­bi­ogra­phie Passeur, désor­mais disponible en ver­sion poche aug­men­tée de trois chapitres inédits et d’une nou­velle couv’ signée Blek le Rat, notre col­lab­o­ra­teur et ami JD Beau­val­let nous plonge cette fois-ci dans les années new wave, entre 1978 et 1983 (on imag­ine déjà la polémique sur cette data­tion his­torique…) avec ce livre au for­mat orig­i­nal. C’est à la fois une sorte de discogra­phie idéale, selon JD, agré­men­tée de playlists thé­ma­tiques (Lon­dres, Liv­er­pool, Man­ches­ter), mais aus­si le réc­it, par­fois très per­son­nel, de ces années si par­ti­c­ulières pour la musique, liées à un con­texte économique dép­ri­mant et une explo­sion artis­tique iné­galée. Soulignons les angles malins, comme ce gros plan sur les pro­duc­teurs de l’époque à tra­vers le génial Mar­tin Han­nett, ou un décryptage de la fameuse pochette du Unknown Plea­sures de Joy Divi­sion. On trou­ve aus­si des inter­views de cer­tains héros de ces temps trou­blés : Siouxsie, Moris­sey ou Mick Jones des Clash. Au final, les néo­phytes com­pren­dront par­faite­ment de quoi il retourne, et les pro­fes­sion­nels de la ques­tion y dénicheront tou­jours des infos inédites à grap­piller. Les Années new wave 1978–1983 (GM Edi­tions)

 

 

Replay New Rose For Me

 Replay New Rose For MeHymne destroy des pio­nniers punks The Damned, “New Rose” s’est décliné à Paris en 1980 en mag­a­sin de dis­ques, puis label. Les deux étant spé­cial­isés en musiques dites alter­na­tives. Ce qui à l’époque, sig­nifi­ait bien enten­du le punk et ses dérivés, où le mot « wave » était placé quelque part. Le cofon­da­teur de cette aven­ture musi­cale, qui a lais­sé des traces indélé­biles dans la mémoire musi­cale col­lec­tive, Louis Thévenon (son alter ego Patrick Mathé étant hélas décédé en 2018), est à l’initiative d’un beau et gros livre racon­tant toute l’histoire à l’aide d’une mul­ti­tude de doc­u­ments, non seule­ment sur la bou­tique et la mai­son de dis­ques, mais aus­si sur les nom­breux artistes dévelop­pés par New Rose. On a une ten­dresse par­ti­c­ulière pour ceux qu’il a aidés à remet­tre sur le devant de la scène comme Chris Bai­ley (The Saints), Sky Sax­on (The Seeds), Alex Chilton, Chris Sped­ding, Arthur Lee (Love) et tant d’autres encore. Un splen­dide ouvrage de sou­venirs et de témoignages, riche­ment illus­tré et conçu par les proches de cette aven­ture, paraît pour racon­ter en détail ce moment essen­tiel dans l’histoire du rock en France. Replay New Rose For Me (Moon­boy Books)

 

 

 

Berlin Sampler

 Berlin SamplerHeureux les ama­teurs d’histoire musi­cale ! Voilà qu’est réédité le pre­mier volet d’un duo d’ouvrages pas­sion­nants – pour ne pas dire essen­tiels – qui combleront leur soif de con­nais­sances. Paru en 2009 – et épuisé depuis trop longtemps –, Berlin Sam­pler se veut par­ti­c­ulière­ment ambitieux, son auteur Théo Lessour retraçant l’histoire musi­cale de la cap­i­tale alle­mande, tra­ver­sant un siè­cle mar­qué par l’expressionnisme, le Bauhaus, les cabarets, le nazisme, le com­mu­nisme, la guerre froide, la scène alter­na­tive et finale­ment la tech­no. Un panora­ma étour­dis­sant pour une ville à la richesse musi­cale ren­ver­sante, qui n’a jamais cessé dans son his­toire de séduire la scène cul­turelle européenne. Le deux­ième livre du dip­tyque, le tout aus­si pas­sion­nant Detroit Sam­pler de Pierre Evil (orig­inelle­ment pub­lié en 2014), est annon­cé pour le mois de jan­vi­er 2023 chez le même édi­teur, Le Mot et Le Reste. Hâte. Berlin Sam­pler (Le Mot et Le Reste)

 

 

 

Rock Strips

 Rock Strips

Qui peut se tar­guer de pro­pos­er dans le même ouvrage soixante-quatre artistes aus­si var­iés que Björk, PJ Har­vey, Kraftwerk, Metal­li­ca, Arcade Fire, The Lib­ertines, LCD Soundsys­tem, Mano Negra, Bob Mar­ley, Alain Bashung, Nick Drake ou encore Pix­ies, cro­qués par autant dedessi­na­teurs et dessi­na­tri­ces de BD ? Rock Strips, dont la ver­sion inté­grale, sous la direc­tion de notre con­frère Vin­cent Brun­ner, réu­nit la fine fleur de la BD française (Serge Clerc, Coco, le regretté Charb, Loustal, Luz, Nine Anti­co, Jean-Christophe Menu, Math­ieu Sapin, etc.). En 448 pages, cette édi­tion, qui regroupe les deux vol­umes d’une série entamée en 2009, plus qua­tre chapitres inédits, ne s’aventure jamais sur le ter­rain de la biogra­phie, mais dévoile des his­toires cour­tes – entre deux et six pages –, des réc­its un peu obses­sion­nels où chaque bédéiste sem­ble pren­dre un malin plaisir à creuser la mytholo­gie de chaque musi­cien et à jouer avec. On ne s’ennuie pas une seule sec­onde et on se sur­prend même à dévor­er les strips con­sacrés à des groupes que l’on déteste. Rock Strips - L’Histoire du rock en BD (Flam­mar­i­on)

 

Hardcore

hardcoreUn ouvrage de Simon Reynolds est tou­jours en soi un petit événe­ment. Entre réc­it, his­toire et soci­olo­gie, cha­cun de ses livres, depuis Ener­gy Flash à Retro­ma­nia, jusqu’à Rip It Up and Start Again ou Bring The Noise aus­culte avec intel­li­gence la musique indépen­dante bri­tan­nique, si pos­si­ble élec­tron­ique. Antholo­gie de textes parus notam­ment dans The Wire depuis 1992, Hard­core, pub­lié chez Audi­mat quelques mois après l’excellent Le Choc du glam, est une réflex­ion pas­sion­née et pas­sion­nante sur ce que Reynolds nomme le “con­tin­u­um hard­core”, un flot de gen­res musi­caux où l’on retrou­ve la drumn’n’bass, le dub­step, le grime ou encore le speed garage, tous friands de break­beat et de bass­es. Reynold voit dans toutes ces approches nées dans les villes anglais­es mul­ti­cul­turelles (le plus sou­vent à Lon­dres) une longue his­toire com­mune dont il tire le fil le temps de chapitres courts qui relèvent autant du reportage in situ où l’excitation de la nou­veauté est pal­pa­ble que de l’analyse éru­dite. On ressort de la lec­ture avec envie de se rep­longer dans ces années post-rave gorgées de bass­es ron­des et de ryth­miques tou­jours plus inno­vantes. Intel­li­gent et dansant donc. Hard­core de Simon Reynolds (Audi­mat)

 

 

À contre-courant. L’épopée du label 4AD

à contre courant

Qui d’autre que les édi­tions Allia pou­vait pub­li­er la ver­sion française d’A contre-courant, pavé de plus de 800 pages de Mar­tin Aston con­sacré au mythique label 4AD ? Per­son­ne. Si l’histoire de 4AD, qui reste aujourd’hui l’un des meilleurs labels bri­tan­niques, fascine autant, c’est que cette petite mai­son, arrivé au bon endroit (le Lon­dres sur­volté du post-punk) et au bon moment (quand les labels indés, à l’image de Fac­to­ry ou Beg­gars Ban­quet, com­mençaient à touch­er un pub­lic bien plus large qu’avant le punk), avait pour fon­da­teur et directeur artis­tique Ivo Watts-Russell, défricheur de tal­ents qui fait éclore toute une scène bri­tan­nique et inter­na­tionale dopée au post-punk, à la new wave, aux influ­ences goth­iques, au shoegaze ou au col­lege rock améri­cain. Entre 1980 et 1999, péri­ode cou­verte par cet ouvrage pas­sion­nant et minu­tieux, nour­ri par une cen­taine d’interviews, 4AD ver­ra défil­er des groupes essen­tiels de la scène indépen­dante : Cocteau Twins, The Birth­day Par­ty, The Breed­ers, Pix­ies, Bauhaus, l’incroyable pro­jet col­lec­tif This­Mor­tal Coil… Mais le génie d’Ivo ne réside pas seule­ment dans l’esthétique musi­cale de 4AD, il est d’avoir con­fié la réal­i­sa­tion des pochettes à l’immense Vaugh­an Olivi­er, qui mar­quera de sa pat­te graphique iden­ti­fi­able entre mille deux décen­nies de sor­ties du label. Un disque 4AD était un univers glob­al. Et c’est là toute la magie de ce livre que dévoreront les férus de rock indé bri­tan­nique : restituer dans le détail et avec pas­sion les vingt ans qui ont fait de 4AD un label intem­porel, si ce n’est immor­tel. À contre-courant. L’épopée du label 4AD (éd. Allia)

 

 

Ice Cold. A Hip-Hop Jewelry History

ice cold

Voici peut-être l’un des plus beaux livres sur la cul­ture hip-hop depuis longtemps. Dans Ice Cold. A Hip-Hop Jew­el­ry His­to­ry, un ouvrage mas­sif pub­lié par Taschen, l’Américaine Vik­ki Tobak retrace l’histoire et la sym­bol­ique des bijoux dans le hip-hop, pho­tos et archives inédites à l’appui. Depuis les débuts dans les années 1980, avec les pen­den­ti­fs Adi­das en or mas­sif de Run-DMC ou les médail­lons Mer­cedes d’Eric B. & Rakim, jusqu’aux pièces en dia­mant improb­a­bles de la généra­tion actuelle, les artistes ont tou­jours aimé se mon­tr­er et « en mon­tr­er », affich­er leur style comme leur statut et leur réus­site. À la fois beau livre de pho­tos, avec des dizaines de clichés signés entre autres de Wolf­gang Till­mans, Jamel Shabazz ou David LaChapelle, plongée chez les joail­liers les plus créat­ifs de ces dernières décen­nies, et galerie de por­traits des artistes hip-hop améri­cains les plus impor­tants de ces quar­ante dernières années, ce voy­age au pays du bling-bling est plus qu’une sim­ple col­lec­tion chronologique de pho­tos de signes extérieurs de richesse. C’est la preuve par l’image de la prise de pou­voir (et aus­si de son grain de folie) du hip-hop, style venu de la rue auquel per­son­ne ne voulait s’associer à ses débuts. Et un mag­nifique livre. Ice Cold. A Hip-Hop Jew­el­ry His­to­ry (Taschen)

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