Eleanor Shine. Crédit : Nicolas Szwanka, BTS Photographie Lycée Jean Rostand, Roubaix

Le Crossroads Festival en livestream, ou comment s’adapter au format numérique

Le Cross­roads Fes­ti­val, Fes­ti­val européen de décou­vertes musi­cales des Hauts-de-France ne se tien­dra pas à Roubaix pour sa 5ème édi­tion, mais les pro­gram­ma­teurs en ont sous le coude puisqu’ils organ­isent les Cross­roads Ses­sions, des con­certs en livestream du 8 au 11 sep­tem­bre, dès 21h, sur Face­book et YouTube. Ils accom­pa­g­neront des tables ron­des, qui elles, auront lieu en présen­tiel à Roubaix.

Lancé en 2016 par la Brigade d’Intervention Cul­turelle — dis­posi­tif d’accompagnement de la fil­ière des musiques actuelles en région Hauts-de-France — en vue de pro­mou­voir les jeunes tal­ents locaux, le Cross­roads Fes­ti­val porte bien son nom (car­refour en anglais) puisqu’il se veut au croise­ment de l’axe Paris-Londres-Bruxelles, tri­an­gle d’une grande richesse musi­cale. Si la crise san­i­taire actuelle empêche qua­si­ment toute man­i­fes­ta­tion cul­turelle debout, cette 5ème édi­tion se déroulera der­rière vos écrans avec des con­certs en livestream tous les soirs de 21h à 23h. Cette pro­gram­ma­tion musi­cale com­plète une série de tables ron­des qui auront lieu en présen­tiel à Roubaix, et dif­fusées toute la journée autour des thé­ma­tiques qui bous­cu­lent le monde de la musique d’au­jour­d’hui.

Le mélange hip-hop et bass music d’Adam Carpels, le duo post-punk, noise et élec­tro Dear Deer — auteur d’un deux­ième album, Chew-chew, sor­ti en octo­bre 2018 — la pop de White Vel­vet (influ­encée par Björk ou par Lana del Rey) ou le hip-hop du Bor­de­lais Yudimah : au total, ce sont 27 artistes de 7 régions français­es et de Bel­gique bien décidés à se faire un nom qui sont réu­nis pour cette 5ème édi­tion. Ren­con­tre avec Ken­neth Quiguer, secré­taire général de l’as­so­ci­a­tion LA BIC, qui explique le pro­jet et les dif­fi­cultés générées par l’adap­ta­tion d’un fes­ti­val au for­mat numérique.

 

Com­ment avez-vous eu l’idée de con­cevoir ce fes­ti­val et quel en est l’ob­jec­tif ?

Dear Deer © Frédéric Lovi­no

L’idée ger­mait depuis 2011. Nous étions au fes­ti­val M pour Mon­tréal, où nous avions accom­pa­g­né deux groupes. Nous nous sommes dit qu’après une dizaine d’années à emmen­er des artistes de notre région dans des fes­ti­vals en France et ailleurs que ce serait une bonne idée d’avoir notre pro­pre événe­ment chez nous, de manière à pou­voir inviter des pro­fes­sion­nels à décou­vrir notre scène régionale. Il a fal­lu trois années pour con­va­in­cre nos parte­naires, trou­ver les fonds afin de lancer ce nou­veau pro­jet ; et la pre­mière édi­tion a pu se tenir en sep­tem­bre 2015, grâce au sou­tien de la fil­ière régionale, de la Cave aux Poètes et de la Con­di­tion Publique, de la Région Hauts-de-France, de la Métro­pole Européenne de Lille et de la SACEM.

” Ça a été une aven­ture sur tous les plans. Nous avons organ­isé une tournée dans toute la France et à Brux­elles pour notre équipe audio­vi­suelle qui est allée filmer 27 équipes artis­tiques dans une quin­zaine de lieux ! ”

Com­ment est-ce qu’on adapte un fes­ti­val au for­mat livestream et quelles ont été les dif­fi­cultés pour vous ?

Ce fut une aven­ture sur tous les plans : tech­nologique, tech­nique, juridique, économique… Nous sommes passés de organ­is­er trois jours de fes­ti­val dans des salles de spec­ta­cles de Roubaix, à organ­is­er une tournée dans toute la France et à Brux­elles pour notre équipe audio­vi­suelle qui est allée filmer 27 équipes artis­tiques dans une quin­zaine de lieux ! Et tout cela avec trois mois d’avance sur le tim­ing habituel. Nous avons trans­for­mé notre mode de pro­duc­tion habituel en très peu de temps et dû tenir compte de con­di­tions d’accueil très dif­férentes d’une salle à l’autre à cause des con­traintes san­i­taires que nous con­nais­sons mal­heureuse­ment. Mais tout le monde a joué le jeu : les artistes, les salles parte­naires, les tech­ni­ciens, l’équipe de pro­duc­tion, l’équipe de com­mu­ni­ca­tion… Ils ont tous tra­vail­lé d’arrache-pied, et avec ent­hou­si­asme ! Et nos parte­naires financiers ont main­tenu leur sou­tien, ce qui a bien sûr été déter­mi­nant pour que nous puis­sions imag­in­er ce fes­ti­val dans ce nou­veau for­mat. C’est d’ailleurs ici l’occasion de remerci­er encore cha­cune et cha­cun pour leur engage­ment sans cette (belle) aven­ture !

Yudimah © Berre­bic­tures

Un petit mot sur la pro­gram­ma­tion musi­cale et son iden­tité ?

La pro­gram­ma­tion a été effec­tuée par un comité com­posé de 11 pro­fes­sion­nelles et pro­fes­sion­nels de la fil­ière des Hauts-de-France, qui a choisi par­mi plus de 200 propo­si­tions émanant de toute la France et de l’étranger (Cana­da, Bel­gique, Alle­magne…). Le résul­tat, c’est une pro­gram­ma­tion var­iée, avec une belle diver­sité d’esthétiques : rap, élec­tro, pop, rock… Beau­coup de tal­ents en tout cas !

Con­cer­nant les tables ron­des, quelles thé­ma­tiques avez-vous mis en place cette année ?

Pour les tables ron­des, nous nous efforçons tous les ans avec le Pôle région­al Haute Fidél­ité et TOTEM de coller à l’actualité du secteur. Évidem­ment cette année, nous abor­derons le sujet de l’avenir de la fil­ière avec cette bas­cule sur le numérique que nous vivons depuis plusieurs mois, notam­ment con­cer­nant la rémunéra­tion des artistes et de la chaîne de pro­duc­tion. Mais l’actualité de la fil­ière, c’est aus­si la san­té des artistes, la par­ité, la con­struc­tion de car­rières, l’export, les aides mobil­is­ables pour créer, se for­mer, être accompagné·e… Bien sûr, tout cela est à met­tre en per­spec­tive avec la crise san­i­taire et les pos­si­bil­ités que nous retrou­verons, je l’espère prochaine­ment, d’exercer cor­recte­ment nos métiers sans pren­dre de risques pour les artistes, les publics et les salarié·e·s de nos struc­tures. Il faut aus­si pré­cis­er que nos ren­con­tres pro­fes­sion­nelles vien­nent s’inscrire dans un pro­gramme plus glob­al cette semaine, qui intè­gre le con­grès du Syn­di­cat des musiques Actuelles (organ­isé au Grand Mix à Tour­co­ing les 8 et 9) et les ren­con­tres « Fonc­tion pro­gram­ma­tion » de la FEDELIMA (salle Watremez à Roubaix les 9 et 10).

” La créa­tiv­ité de la scène régionale mérite d’être val­orisée, et ce tra­vail col­lec­tif à son ser­vice doit être pour­suivi et encore dévelop­pé, y com­pris cer­taine­ment pour sa nou­velle dimen­sion numérique. ”

C’est votre 5ème édi­tion cette année (un peu par­ti­c­ulière). Quel regard portez-vous aujour­d’hui sur le fes­ti­val depuis votre pre­mière en 2016 et sur la scène des Hauts-de-France ?

L’année dernière, nous avions franchi la barre des 400 pro­fes­sion­nels présents à Roubaix pen­dant les trois jours du fes­ti­val, ce qui était une grande sat­is­fac­tion et une bonne base de tra­vail pour la suite. Nous souhaitions aus­si faire porter notre effort pour 2020 sur la fréquen­ta­tion grand pub­lic. Là, effec­tive­ment, tout a été boulever­sé ! Nous avons néan­moins fait le choix de main­tenir les ren­con­tres pro­fes­sion­nelles en présen­tiel parce qu’il était impor­tant que les acteurs de la fil­ière régionale puis­sent se retrou­ver après ces mois d’arrêt et réfléchir ensem­ble à la suite. Évidem­ment dans le respect des gestes pro­tecteurs et avec les mesures de sécu­rité qui s’imposent. Pour ce qui est de la dif­fu­sion, numérique donc, nous fer­ons le décompte des audi­ences sur les réseaux soci­aux ven­dre­di soir ! Nous tirerons ensuite les enseigne­ments de tout cela avec nos parte­naires et le Pôle région­al pour les prochaines édi­tions; mais il nous fau­dra tir­er le meilleur par­ti de cette expéri­ence pour la suite. La créa­tiv­ité de la scène régionale mérite d’être val­orisée, et ce tra­vail col­lec­tif à son ser­vice doit être pour­suivi et encore dévelop­pé, y com­pris cer­taine­ment pour sa nou­velle dimen­sion numérique.

Retrou­vez la pro­gram­ma­tion com­plète ici. Les con­certs seront à suiv­re tous les soirs dès 21h sur la page Face­book de Tsu­gi.

Event Face­book

Teas­er de l’événe­ment :

 

 

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