Zoltàn Balla alias Ballacid / © D.R

Qui est derrière Ballacid, la chaîne YouTube que les diggers suivent ?

Créée il y a 12 ans, la chaîne YouTube Bal­lacid est un vivi­er de petites pépites under­ground chinées un peu partout sur le web. Qui est aux com­man­des ? Un Hon­grois pas­sion­né d’acid, à qui labels comme dig­gers de sons s’in­téressent de près.

Le Hon­grois Zoltàn Bal­la a créé Bal­lacid en 2008 alors que les pre­miers dig­gers du net se comp­taient presque sur les doigts d’une main. Un précurseur. Son modus operan­di ? Zoltàn partage active­ment sur sa chaîne ses dernières trou­vailles, chinées par­fois dans les tré­fonds du web. Elec­tron­ic, exper­i­men­tal, IDM, breaks, acid, jun­gle ou dis­co, les gen­res se mélan­gent et tit­il­lent l’un­der­ground européen. L’ob­jec­tif de Zoltàn n’est néan­moins pas de pro­mou­voir une scène quel­conque ou de met­tre sur le devant de la scène de jeunes artistes en mal de vues. New­com­ers ou head­lin­ers, il ne s’en soucie guère. C’est du pur loisir. Cet élec­tron libre un brin cos­mique racon­te à Tsu­gi l’his­toire de Bal­lacid, sa vision de l’élec­tron­ique français et en prof­ite même pour saluer le pays qui lui a per­mis de cla­quer son acid old school en plein cen­tre de la France.

Pourquoi avoir créé cette chaîne ?

Tout sim­ple­ment par amour pour la musique qui a com­mencé le jour où je suis né (rires).

Et le nom Bal­lacid, que représente-t-il pour toi ?

Il vient de la con­trac­tion de Bal­la, qui est mon nom de famille et qui sig­ni­fie danser en ital­ien — et c’est pourquoi je l’aime vrai­ment — et d’acid, genre de musique dont je suis tombé amoureux et que j’aimerai toute ma vie.

Zoltan Balla - Ballacid

@ D.R

Il y a tout de même des lim­ites dans les styles que je choi­sis, je suis plutôt ori­en­té elec­tro, IDM, breaks, jun­gle ou dis­co”.

Raconte-nous un peu ton his­toire avec Bal­lacid jusqu’à aujour­d’hui…

Et bien j’ai com­mencé à uploader, pour le plaisir, des tracks qui me plai­saient et qui bien sûr, n’é­taient pas déjà disponible sur YouTube. Il faut dire que con­traire­ment à main­tenant, il n’y avait pas vrai­ment d’autres options pour aller dig­ger du son et agrandir son réper­toire musi­cal. Mon approche a ensuite évolué puisque mon objec­tif con­sis­tait à ce qu’une per­son­ne tombe sur un son et qu’il devi­enne son coup de cœur du moment, et c’est d’ailleurs encore en par­tie tou­jours le cas. Puis mon engoue­ment pour le vinyle m’a rat­trapé et j’ai com­mencé à les col­lec­tion­ner, les numéris­er, les pren­dre en pho­to et les partager sur la toile. En faisant cela, le nom­bre de mes abon­nés a com­mencé à croître (29.200 abon­nés au comp­teur à ce jour). Le véri­ta­ble tour­nant s’est opéré lorsque j’ai acheté un son de Tom Jenki­son [alias Square­push­er, ndlr] sur vinyle à cause de sa rareté et aus­si pour le partager avec ma com­mu­nauté. Je l’ai téléchargé en HD et il n’é­tait pas pos­si­ble de l’en­ten­dre ailleurs, ou du moins avec une telle qual­ité.

80% de la musique que je télécharge m’est envoyée par des artistes ou des labels “.

Au regard de tes sélec­tions, on remar­que qu’il y a beau­coup d’artistes émer­gents ou peu con­nus, c’est un de tes leit­mo­tivs ?

C’est une bonne ques­tion… Je ne me suis jamais préoc­cupé de savoir si la musique que j’é­coute provient d’un head­lin­er ou d’un new­com­er. Bien sûr, j’ai mes favoris par­mi des artistes plus con­nus comme Aphex Twin ou Voiron, et si leur dernière release me plait, j’i­rai l’a­cheter, mais il n’y a pas de quo­tas entre artistes émer­gents ou non et je ne poste que des sons que j’ap­pré­cie. Après, il y a tout de même des lim­ites dans les styles que je choi­sis, je suis plutôt ori­en­té elec­tro, IDM, breaks, jun­gle ou dis­co. Sinon en ce moment, 80% de la musique que je télécharge m’est envoyée par des artistes ou des labels, mais en par­al­lèle de cela, je cherche tou­jours des nou­veautés comme je l’ai tou­jours fait, mal­gré mon manque de temps.

80 % ? Tu as mis en place quelques parte­nar­i­ats ?

Non, ma chaîne reste un loisir et non un méti­er car je ne touche aucun revenu, que ce soit de la part de YouTube ou d’artistes et labels, et je ne vise aucun prof­it. Mes gains sont spir­ituels, ils provi­en­nent des per­son­nal­ités que je ren­con­tre à tra­vers le dig­ging et par la cul­ture musi­cale qu’ils m’ap­por­tent, c’est juste mer­veilleux ! Dernière­ment, quelques maisons de dis­ques et cer­tains artistes m’en­voient leurs dis­ques en cadeau et j’en suis très con­tent. J’en prof­ite d’ailleurs pour leur dire : mer­ci les gars!

Plus générale­ment, penses-tu qu’il y a des gen­res musi­caux spé­ci­fiques à cer­tains pays ?

Ques­tion intéres­sante. Je pense qu’il n’y a plus de grandes dif­férences car les fron­tières musi­cales sem­blent abolies. La branche de l’in­dus­trie de la musique change si vite qu’il est impos­si­ble de voir ses dis­par­ités. Par­fois, je reçois des sons de petits pays tout en pen­sant qu’ils sont éti­quetés sous des gros labels européens, et en fait, il s’avère que ce n’é­tait pas le cas. Il y a des artistes qui font des dis­ques que je pour­rais recon­naître à l’aveu­glette, car leur son est unique, quel que soit leur pays d’o­rig­ine.

La musique élec­tron­ique française est mer­veilleuse et d’une grande richesse. Elle l’a tou­jours été et le sera tou­jours.”

Ton expéri­ence du dig­ging sem­ble t’avoir ouvert à de nom­breux pays. La musique élec­tron­ique française, tu en pens­es quoi ?

Alors je ne dis pas ça parce que vous voulez l’en­ten­dre ou par politesse, mais en toute hon­nêteté, la musique élec­tron­ique française est mer­veilleuse et d’une grande richesse. Elle l’a tou­jours été et le sera tou­jours. Je ne par­le pas seule­ment de l’un­der­ground mais aus­si des ver­sants tech­no ou pop, con­tem­po­rains ou pop­u­laires. J’ai beau­coup écouté de var­iété française, puis la nou­velle vague, le dis­co des années 80 et la tech­no des années 90 avec Lau­rent Gar­nier par exem­ple. Et je pour­rais men­tion­ner d’autres grands noms qui l’ont démoc­ra­tisé. Ces jours-ci, j’ob­tiens telle­ment de très bons sons élec­tro, acid, IDM ou de brain­dance qui provi­en­nent de France… Pour con­clure, j’aimerais dire que grâce à ma chaîne YouTube et mes ami­tiés nouées, j’ai pu y voy­ager et y jouer en 2019 [Zoltàn Bal­la fait par­tie du groupe Wed­ding Acid Group qui a joué au One O One 101 club à Clermont-Ferrand, ndlr]. Ce fut une expéri­ence dont je me sou­viendrai tou­jours.

Voici ci-dessous une petite sélec­tion de titres qui représen­tent l’u­nivers déjan­té de Bal­lacid









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