©Adrien Chevrot

Le musée du Jeu de paume va se transformer en dancefloor pour la première fois

La musique n’est jamais aus­si sexy que lorsqu’elle fricote avec d’autres arts que le sien. Alors quand on la cou­ple à la pho­togra­phie et à la danse, chez Tsu­gi, on répond présent. Présent à cette pre­mière soirée du col­lec­tif Focus au Jeu de paume de Paris, cen­tre d’art dédié à l’im­age et ses ram­i­fi­ca­tions. Mar­di 14 jan­vi­er de 18h à 21h, en beau milieu de l’ex­po­si­tion en cours (celle superbe sur le pho­tographe améri­cain Peter Hujar jusqu’au 19 jan­vi­er, célèbre pour ses por­traits en noir et blanc et ses pho­togra­phies pornographiques), vous pour­rez assis­ter à une dou­ble per­for­mance artis­tique : d’une part la danse déam­bu­la­toire de l’Iranien.ne Sorour Dara­bi, de l’autre le DJ set de Masha Lit­vak aka 130E0A, espoir de la musique élec­tron­ique française, qui abor­dera la musique du New York d’hi­er, d’au­jour­d’hui et de demain.

Une soirée – gra­tu­ite pour les moins de 25 ans, par ailleurs – qui nous donne l’oc­ca­sion de plonger dans le con­cret, dans le tra­vail pré­para­toire du DJ quant au choix de ses dis­ques. On a demandé à ♯130E0A de nous en don­ner dix et de les com­menter.

Pho­to de Peter Hujar

La playlist commentée de ♯130E0A

Habiller les pho­tos de Peter Hujar et la per­for­mance de Sorour Dara­bi avec des musiques n’est pas un mince défi. Pour coller au mieux à ces ambiances hétéro­clites, je me suis plongée dans l’univers du New York des années 1970–80 (entre punk, hip-hop et dis­co) et ce qui se fait actuelle­ment sur la scène de la Grande Pomme, en essayant d’imaginer une trame évo­lu­tive du passé vers le futur : sur quels morceaux Peter Hujar aurait-il dan­sé s’il était un artiste mondain aujourd’hui et demain ?”

1/ Arto/Neto — Pini Pini

Une bande expéri­men­tale et incom­modante qui mêle riffs de gui­tare déstruc­turés, rythme monot­o­ne et voix enivrée, à l’image de la musique qu’on pou­vait enten­dre dans le East Vil­lage de la fin des années 1970 (et notam­ment au Max’s Kansas City, un club légendaire fréquen­té par Warhol et ses amis — dont Hujar, évidem­ment.)

2/ Cic­cone Youth — Pla­tone II

D’après la légende urbaine, ce jumeau mys­tique de Son­ic Youth porte le nom “Cic­cone” pour ses deux repris­es de Madon­na présentes sur le LP The Whitey Album. Une bande-son pour déam­buler dans des ruelles som­bres, bouteilles de whisky vides à la main, rongé·e par les démons des grandes villes.

3/ Afri­ka Bam­baataa — Look­ing For The Per­fect Beat

Et quelque part au milieu de la pau­vreté, de la crim­i­nal­ité et des mal­adies, le hip-hop pro­liférait avec la même ardeur que le rock et la dis­co à New York. What a time to be alive.

4/ Colonel Abrams — You Got Me Run­ning

L’art d’allier voix soul suave et basse funk fréné­tique. Une invi­ta­tion aux pas les plus chaloupés.

5/ LCD Soundsys­tem — Los­ing My Edge

I’m los­ing my edge to the art-school Brook­lynites in lit­tle jack­ets and bor­rowed nos­tal­gia for the unre­mem­bered Eight­ies”. Words.

6/ DJ Dove — Illu­sions (NY Stomp Extend­ed Trib­ute Mix)

Prenez une piste de danse. Mettez‑y des gens. Passez ce morceau. Regardez la magie de ces syn­thés opér­er. C’est pour cette pure dose d’amour en intraveineuse que les morceaux mielleux comme ça passent tou­jours bien !

7/ Book­worms — African Rhythms

On en vient à ma par­tie préférée de la playlist. Book­worms fait par­tie de ces artistes new-yorkais à explor­er la musique élec­tron­ique dans ses moin­dres recoins : il joue des héritages house et hip-hop pour les dis­tor­dre et leur don­ner une nou­velle dimen­sion. Ce morceau est sai­sis­sant.

8/ Shy­boi — Ananasem

Dif­fi­cile de ne pas par­ler du col­lec­tif Dis­c­woman, dont Shy­boi fait par­tie avec ses œuvres et sets sauvages où les fron­tières esthé­tiques entre les gen­res devi­en­nent floues à en dis­paraître. Gen­res au sens musi­cal comme au sens des dif­férences non-biologiques, par ailleurs. On retrou­ve ce patch­work d’identités et d’émotions aus­si dans le tra­vail de l’“arctiviste” iranien·ne Sorour Dara­bi.

9/ Cien­fue­gos — Slip­ping Venus (Entro Sen­e­tre Remix)

Une bande-son pour rit­uels ésotériques dans une salle som­bre et humide, rem­plie d’individus aux vis­ages masqués. C’est ce que m’inspire l’esthétique de l’excellent label BANK Records, cab­i­net de curiosités des musiques élec­tron­iques les plus noires.

10/ Bergson­ist — Con­trol Over The Sys­tem

Au car­refour du Maroc, de la cul­ture française et de New-York, Bergson­ist est une artiste à l’expression extrême­ment riche et intu­itive (dans ses inter­views, elle dit avoir gran­di avec Mar­vin Gaye autant qu’avec la Star Acad­e­my et aujourd’hui c’est une philosophe fascinée par Gilles Deleuze). Si on les écoute assez fort, on peut voir la lumière dans ses morceaux extra-terrestres. Elle est aus­si à l’origine de la plate­forme Bizaar­bazaar, une boule de cristal qui lui per­met de pro­mou­voir des artistes en avance sur leur temps – avant tout le monde.

130E0A / ©Zoé Chau­vet

Retrou­vez ♯130E0A le 14/01 au Jeu de paume

Entrée libre sur présen­ta­tion du tick­et d’en­trée aux expo­si­tions et entière­ment gra­tu­ite pour les moins de 25 ans inclus.

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