🔊 Le nouveau label français Grid veut sortir ces sons impossible Ă  Ă©tiqueter

Aujour­d’hui sort Impro­vi­sa­tions, la pre­miĂšre sor­tie du label français Grid lancĂ© par l’artiste Clad. Pour cĂ©lĂ©br­er la sor­tie de cette superbe com­pi­la­tion inter­na­tionale dĂ©diĂ©e au son bri­tan­nique, on lui a posĂ© quelques questions.

On avait dĂ©jĂ  croisĂ© Clad sur les ondes de Rinse France pour sa rĂ©si­dence men­su­elle avec E‑Unity, son com­pĂšre avec lequel il forme GDN. Comme ses sets le lais­saient transparaĂźtre, son amour pour la musique made in UK n’est pas un secret : UK bass, UK tech­no
 tout ce qui a l’ad­jec­tif “UK” col­lĂ© au nom du genre rĂ©sonne dans son cƓur. Alors quoi de plus logique pour le DJ (ou plutĂŽt ce “selec­tah”) que de con­tin­uer son tra­vail de cura­teur en fon­dant un label dĂ©diĂ© Ă  ces musiques ? GrĂące au con­fine­ment, ce pro­jet qui trotte dans sa tĂȘte depuis longtemps s’est con­crĂ©tisĂ© et a don­nĂ© nais­sance Ă  Grid, qu’il lance aujour­d’hui avec une pre­miĂšre com­pi­la­tion inti­t­ulĂ©e Impro­vi­sa­tions, aux tracks Ă©lec­tron­iques inclass­ables, Ă  la croisĂ©e du dub­step, de la drum’n’bass et de la techno.

Grid, ça remonte Ă  quand cette envie de mon­ter son pro­pre label ?

Grid

DR

L’envie remonte Ă  plusieurs annĂ©es, depuis dĂ©jĂ  deux ans on par­le de mon­ter un label ensem­ble avec E‑Unity, sur lequel on sor­ti­rait des artistes prin­ci­pale­ment issus de la scĂšne tech­no ou bass anglaise. Une chose en amenant une autre, il s’est ori­en­tĂ© sur d’autres pro­jets et le Covid-19 est venu met­tre tout le monde en stand-by. On s’était dit qu’on allait arrĂȘter la rĂ©si­dence men­su­elle, donc j’avais soudaine­ment du temps devant moi et je me suis dit fin 2020 que c’était le bon moment pour mon­ter un nou­veau projet.

“Je pense que la musique de demain vien­dra de jeunes qui s’ennuient et qui ten­tent un truc dif­fĂ©rent en bidouil­lant Ă  tĂątons.”

Quelle musique comptes-tu y dĂ©fendre ?

L’idĂ©e prin­ci­pale est de met­tre en avant de la musique nova­trice, sur laque­lle on met­trait dif­fi­cile­ment une Ă©ti­quette. Ça paraĂźt large et pour­tant ça rĂ©duit pas mal ce sur quoi je me focalise. J’ai tou­jours aimĂ© me pren­dre des claques quand j’écoute de la musique, les Anglais ont cette sci­ence de l’innovation sonore et c’est cette recherche qui me touche le plus, donc j’aimerais apporter ma pierre Ă  cet Ă©di­fice. C’est plus un Ă©tat d’esprit : l’envie de tou­jours remet­tre en ques­tion sa pro­pre esthé­tique, ten­ter des asso­ci­a­tions nou­velles, aller piocher dans des styles loin­tains pour les remod­el­er selon d’autres codes. Je ne con­nais aucune autre scĂšne des musiques Ă©lec­tron­iques qui soit autant attachĂ©e Ă  pro­pos­er de la musique d’avant-garde. J’aurais du mal Ă  m’in­ve­stir sur des morceaux qui ne m’impressionnent pas ou qui pro­posent des sonoritĂ©s que j’ai enten­dues et rĂ©-entendues ; j’aime bien quand ça m’interroge, quand c’est inclass­able, quand ça me dĂ©passe un peu. Je pense que la musique de demain vien­dra de jeunes qui s’ennuient et qui ten­tent un truc dif­fĂ©rent en bidouil­lant Ă  tĂątons. Ceux-lĂ  seront com­pris par des gens qui cherchent con­stam­ment Ă  ĂȘtre sur­pris, pas par des gens arro­gants qui deman­dent le respect des anciens. J’aimerais dĂ©fendre ces jeunes qui vien­nent avec une vraie proposition.

 

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Parle-nous de cette pre­miùre compilation


Quand j’ai dĂ©cidĂ© de lancer le label, je me suis directe­ment dit qu’une com­pi­la­tion rassem­blant dif­fĂ©rents artistes serait la maniĂšre la plus hum­ble de se lancer. Je ne voulais pas d’une com­pi­la­tion longue qui aurait eu un aspect fourre-tout. En plus, cette lim­ite m’oblige Ă  don­ner un aperçu clair des styles qui seront mis en avant par la suite. De maniĂšre indi­recte, ça m’évite d’ĂȘtre mis dans une case, surtout que les musiques que je rassem­ble sont juste­ment inclass­ables. Je voulais surtout une dimen­sion inter­na­tionale : je suis arrivĂ© Ă  pro­pos­er qua­si­ment 50% d’artistes français et 50% d’internationaux. Aujourd’hui, l’esprit du « hard­core con­tin­u­um » a dĂ©passĂ© les fron­tiĂšres du Royaume-Uni et ces sonoritĂ©s ont influ­encĂ© des gens partout dans le monde, j’en suis le pre­mier exem­ple. Ça me sem­blait donc impor­tant de met­tre en avant des artistes liĂ©s Ă  cette scĂšne, sans pour autant en ĂȘtre orig­i­naire. J’ai approchĂ© des artistes français que je con­nais per­son­nelle­ment et qui sont pour moi par­mi les plus intĂ©res­sants dans la scĂšne française actuelle. Les autres artistes Ă©taient pour la plu­part aus­si des con­nais­sances, soit ils m’ont envoyĂ© des dĂ©mos, soit je leur ai pro­posĂ© de faire par­tie de la com­pi­la­tion en croisant les doigts. Enfin, j’ai voulu garder une unitĂ© tout en lais­sant une grande var­iĂ©tĂ© de sonoritĂ©s que j’affectionne : de l’ambient, du club, des morceaux trĂšs col­orĂ©s, d’autres plus durs, cer­tains min­i­mal­istes, d’autres trĂšs crasseux. Tout est dif­fĂ©rent mais se com­plĂšte, cha­cun Ă©tant une facette d’un mĂȘme ensem­ble. Mon seul regret est de ne pas avoir pu met­tre d’artiste fĂ©mi­nine sur la com­pi­la­tion, j’y tenais beau­coup car il y a des pro­duc­tri­ces incroy­ables avec qui j’aimerais Ă©nor­mé­ment tra­vailler, mais je compte bien rec­ti­fi­er le tir par la suite.

“Sor­tir de la musique qui a pour voca­tion de faire danser les gens, Ă  une pĂ©ri­ode oĂč les clubs sont fer­mĂ©s, c’est lĂ©gĂšre­ment rageant.”

C’est la sit­u­a­tion san­i­taire qui t’as per­mis de te lancer ?

En effet, c’est sĂ»re­ment la seule chose que le Covid-19 aura eue de posi­tif de mon cĂŽtĂ©. Je tra­vaille dans le secteur de l’évĂ©nementiel musi­cal Ă©lec­tron­ique, donc j’ai eu du temps pour mon­ter le pro­jet. J’avais Ă  la fois l’esprit entiĂšre­ment disponible et une sen­sa­tion d’ennui immense, la moti­va­tion est donc venue rapi­de­ment ! Avec du recul, je pense que je n’aurais prob­a­ble­ment pas pu lancer ce pro­jet seul aus­si facile­ment si je n’avais pas eu des semaines entiĂšre­ment libres pour m’y con­sacr­er. Il faut ĂȘtre sur tous les ponts pour que chaque aspect avance, j’avais un peu sous-estimĂ© le tra­vail que ça implique, surtout quand on dĂ©marre par une com­pi­la­tion rĂ©u­nis­sant du monde. L’aspect nĂ©gatif de la pandĂ©mie sur le label est que sor­tir de la musique qui a pour voca­tion de faire danser les gens, Ă  une pĂ©ri­ode oĂč les clubs sont fer­mĂ©s, c’est lĂ©gĂšre­ment rageant, mais je me dis que les gens ont une plus grande disponi­bil­itĂ© pour dĂ©cou­vrir de nou­velles choses.

À quoi peut-on s’attendre pour la suite ?

J’ai dĂ©jĂ  deux autres sor­ties dans les tuyaux, je garde le mys­tĂšre Ă  leur sujet pour le moment, mais ce sont les EPs de deux artistes qui fig­urent sur la com­pi­la­tion. Le pre­mier est prĂȘt et sor­ti­ra nor­male­ment en juin, le deux­iĂšme Ă  la ren­trĂ©e prochaine. Je suis super heureux de ces deux sor­ties, car elles vont vrai­ment dans la direc­tion que j’imagine pour le label. À cĂŽtĂ© de ça, je rĂ©flĂ©chis Ă  organ­is­er des Ă©vĂ©ne­ments pour met­tre en avant les artistes du label, on croise les doigts pour que la sit­u­a­tion san­i­taire rede­vi­enne plus stable.

Grid

©Clad

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