Le père du hardcore Marc Acardipane dans une compile apocalyptique de 34 tracks

Chronique de la com­pi­la­tion The Most Famous Unknown de Marc Acardi­pane, sor­ti le 27 mars sur Plan­et Phuture.

Art­work de The Most Famous Unknown

C’est le pio­nnier incon­testé de la tech­no hard­core avec son défunt label PCP, qui a entraîné dans son sil­lage le New-Yorkais Lenny Dee, puis toute la lux­u­ri­ante scène gab­ber hol­landaise. Orig­i­naire de Francfort-sur-le-Main, Marc Trauner, alias Marc Acardi­pane – du nom de son grand-père ital­ien –, a usé et abusé des pseu­do­nymes. Près de 50 dit-on, util­isés sur plus de 350 max­is. Artiste aus­si pro­lifique que schiz­o­phrène, à l’instar d’un Aphex Twin – qui avait remixé son “We Have Arrived”, dont la ver­sion orig­i­nale est ici présen­tée –, l’Allemand s’était ensuite un peu per­du en chemin avec un gab­ber plutôt lour­dingue, ou asso­cié au groupe euro­dance Scoot­er, puis en tra­ver­sant à par­tir du milieu des années 2000 une longue péri­ode de doute. Soutenu désor­mais par des DJs comme Nina Krav­iz et rehaussé en grâce par un retour du hard­core en France (mer­ci Casu­al Gab­berz), il se trou­ve de nou­veau au cen­tre des atten­tions. En 2018, à l’occasion d’un album de son alias tech­no The Mover, on l’a aus­si vu jouer en France à plusieurs repris­es après 20 longues années d’absence.

Pour asseoir défini­tive­ment cette notoriété retrou­vée, notre “plus célèbre incon­nu” – même si les vrais fans de hard­core ne l’ont jamais oublié – pub­lie une com­pi­la­tion rétro­spec­tive de ses pre­miers faits d’armes. Un objet très dense – 34 pistes, plus de trois heures de musique –, mais finale­ment bien­venu en cette péri­ode de con­fine­ment. La pre­mière par­tie de la col­lec­tion, qui sort aus­si au for­mat vinyle, est con­sti­tuée de remix­es pro­duits par des artistes actuels. Des Français notam­ment, comme le Lyon­nais Umwelt qui délivre une élec­tro aus­si nerveuse qu’industrielle sur l’excellent “The Mob Rules” ou encore le duo parisien Min­i­mum Syn­di­cat pour une acid-techno puis­sante et mélan­col­ique à par­tir de “Cross The White Line”. Le Bri­tan­nique Perc explose les BPM orig­in­aux de “Stereo Mur­der”, quand Nina Krav­iz réin­ter­prète en mode foot­work bar­ré le mécon­naiss­able “The Emper­or Takes Place”. Présents aus­si, les artistes JASSS, VTSS, Gab­ber Ele­gan­za, Stranger, Sol­id Blake et Kil­bourne. Mais à ce petit jeu, c’est sans doute Dasha Rush qui nous impres­sionne le plus avec deux ver­sions très éloignées de “Escape From 2017”. L’une dance­floor, min­i­mal et men­tal, l’autre pure­ment ambi­ent pour un paysage sonore aqua­tique et tour­men­té.

La deux­ième par­tie de la com­pi­la­tion – unique­ment disponible en dig­i­tal – explore surtout les pro­jets tech­no sous stéroïdes et hard­core de Marc Acardi­pane. On prend ain­si un malin plaisir à réé­couter en ver­sion remas­ter­isée des clas­siques comme le foutraque “Dis­as­ter Area”, le ludique “Bleep Blaster”, le frontal “A New Mind” ou encore la tem­pête “Acid Bitch”. L’incroyable “Pitch-Hiker”, mythique vari­a­tion autour d’un sim­ple pied de 909 trit­uré sous tous les angles, est lui aus­si là tout comme “Up & Down”, morceau qui a con­nu un regain de pop­u­lar­ité après une vidéo virale présen­tant des fêtards improb­a­bles lors de Thun­der­dome 97. Après “Manip­u­la­tor”, qui démon­tre que l’Allemand peut aus­si être un red­outable pro­duc­teur d’electro-breakbeat aux syn­thés démo­ni­aques, la sélec­tion se con­clut avec plusieurs pièces de gab­ber aux BPM élevés : “Drunk­en Piece Of Shit”, “Slaves To Te Rave” ou encore “King Of FFM”. Loin de cou­vrir de manière exhaus­tive la longue discogra­phie du “papa hard­core”, cette sélec­tion est une excel­lente porte d’entrée vers l’univers de celui qui a su emmen­er une musique d’obédience plutôt funky vers quelque chose de beau­coup plus mar­tial et apoc­a­lyp­tique.

Artiste : Marc Acardi­pane
Album : The Most Famous Unknown
Label : Plan­et Phuture
Date de sor­tie : 27/03/2020
Band­camp

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