Le Pop-Kultur à Berlin et ses artistes survoltés, électro et queer

Le Pop-Kultur est devenu un lieu de bouil­lon­nement de la scène élec­tro inter­na­tionale. En plein cen­tre de Berlin, à scène ouverte comme fer­mée une suc­ces­sion d’artistes émer­gents ont élec­trisé leur pub­lic. On y est allé, on a décou­vert plein de pépites et croisé beau­coup de nos artistes français préférés. 

Kulturbrauerei

Le Kul­tur­brauerei

Pren­zlauer berg, aux alen­tours de 17h. Un joyeux bor­del s’organise à la sor­tie du métro d’Eber­swalder stasse. On retrou­ve le style de vie berli­nois : les gens atten­dent que le petit bon­homme soit au vert pour tra­vers­er, les femmes peu­vent s’habiller comme bon leur sem­ble sans qu’aucun regard ne soit posé sur elles, les gens sont col­orés et souri­ants. Comme Berlin nous avait man­qué. Le boule­vard regorge de friperies et de cafés qui con­courent pour le titre de meilleur chai tea lat­te. Puis, au détour d’une rue appa­raît le Kul­tur­brauerei, lieu mythique de la cul­ture under­ground. Il est recon­naiss­able entre mille : ses bâtiss­es en briques ocre entourent six cours intérieurs où ciné­mas, théâtres club et restau­rants se sont instal­lés. Mais pen­dant 3 jours, du 24 au 26 août, c’est la musique qui est mise à l’honneur. Dans le cadre du Pop-Kultur fes­ti­val, c’est plus d’une cen­taine de groupes qui ont investi les lieux. Et la ligne du fes­ti­val est bien clair, “don­ner de la vis­i­bil­ité à des musi­ciens qui sor­tent du mod­èle anglo-américain devenu la norme”. Pour cela, l’évènement s’est offert une pro­gram­ma­tion ambitieuse avec des artistes inter­na­tionaux qui essayent tous, à leur manière, de réin­ven­ter la musique. Évide­ment pour un média qui est à l’affut de “toute la musique d’aujourd’hui… et de demain”, Tsu­gi se devait d’assister à cet évène­ment. On vous emmène dans nos trois jours de folie berlinoise.

Une pro­gram­ma­tion explosive 

Le bâti­ment qui longe l’allée prin­ci­pale ren­ferme les scènes où l’on a vu nos plus beaux con­certs : l’alte kan­tine, le kessel­haus et la maschi­nen­haus. On s’y enfonce à la recherche de Salomea. On tombe sur une large salle, très haute de pla­fond, où mixe un DJ pen­dant que les pre­miers fes­ti­va­liers siro­tent une bière. Notre niveau d’allemand nous a trahis, on s’est trompé de salle alors que le show a déjà com­mencé depuis deux min­utes. Heureuse­ment, un bénév­ole nous fait un signe vers le haut pour nous indi­quer le chemin. Vers le haut ? Et oui, pour accéder à la maschi­nen­haus, il faut mon­ter des escaliers caché au fond de la salle. On s’y aven­ture. La chaleur monte avec nous.

Salomea

Salomea dans l’am­biance brumeuse du Maschinenhaus

La salle est très con­fi­den­tielle, pas de fenêtre, seule­ment des éclairages verts. “Si vous avez chaud, dites-vous que je porte du latex donc vous pou­vez sur­mon­ter ça”. C’est bien l’hu­mour de Rebek­ka Salomea. Elle chante, rape, sif­fle tout ça sur des influ­ences jazzy. Par moments, elle nous tourne le dos, comme pour entr­er en com­mu­nion avec ses trois musi­ciens tout aus­si tal­entueux qu’elle. En tout cas, elle nous regarde droit dans les yeux lorsqu’elle annonce “bon, vous con­nais­sez la prochaine, ce n’est pas de moi mais de Brit­ney” avant  d’enchainer avec une reprise de “Tox­ic” de Brit­ney Spears.

Elle a fait mon­ter la tem­péra­ture pour Ebow, la rappeuse germano-kurde qui entre en scène peu avant minu­it et nous livre un dis­cours clin­quant sur le sex­isme ambiant dans le monde de la musique.

KABEAUSHÉ

KABEAUSHÉ ©Dominique Brewing

On n’en attendait pas moins d’une chanteuse qui par­lait aus­si libre­ment de son homo­sex­u­al­ité dans son album Canê. Là dessus, on a tou­jours eu un train de retard avec les alle­mands… Puisque c’est ça aus­si Pop Kul­tur, un fes­ti­val qui agit pour l’égalité des gen­res et qui prône la diver­sité sous toutes ses formes dans le paysage musi­cal. On retrou­vait des artistes comme Lot­ic dont la per­for­mance est ouverte­ment inspirée de la ball­room scene. Les cuiv­res s’invitent dans son nou­v­el EPSparkling Water, et don­nent de la puis­sance à sa presta­tion. Ou encore Kabeaushé, un artiste kenyan de pop expéri­men­tale qui nous a livré un show explosif à l’im­age de sa per­ruque blonde pla­tine. C’est l’un des derniers élé­ments recrutés par le col­lec­tif Nyege Nyege.

 

Quand les Français.es enflam­ment la scène berlinoise 

Pop-Kultur s’est offert une très jolie pro­gram­ma­tion française grâce à l’ac­tion du Cen­tre nation­al de la musique. On s’est délec­té des shows de HSRS, Théodo­ra, Oklou, Eat-Girls ou encore Cat­napp. On regrette que Zaho de Sagazan n’ait pas pu refaire sa carte d’identité à temps pour rejoin­dre cette joyeuse bande.

La foule pié­tine d’im­pa­tience en atten­dant Oklou. Lorsqu’elle com­mence à chanter, une jeune femme ferme les yeux. Et elle a rai­son, Oklou nous propulse dans les nuages. Ses mains vire­voltent sur son syn­thé­tiseur, sa voix retra­vail­lée avec un soupçon d’autotune nous enveloppe dans un voile de douceur. Der­rière elle, une grande toile blanche dévoile une scéno­gra­phie très tra­vail­lée où terre, arbres, et feu se mélan­gent. Elle joue son hit, “god’s char­i­ots”, seule sur la scène en y met­tant tant d’én­ergie qu’on com­prend lorsque qu’elle nous dis­ait, quelques min­utes plus tôt, “Play­ing is like exta­sy”. Entre deux morceaux, la foule prend vie pour acclamer la chanteuse qui répond par de timides “thank you”.

HSRS

HSRS ©Dominique Brewing

Je t’aime. Je t’aime parce que tu m’aimes.” Le français résonne dans les murs du Kul­tur­brauerei. Sur un sub­lime solo de bugle, (cousin de la trompett) Julie Bessard, la leadeuse d’HSRS danse au-dessus de son syn­thé­tiseur. À la fin des “Oignons”, elle rap­pelle à son pub­lic qu’elle écrit, com­pose et pro­duit tous ses morceaux toute seule. Sa voix se mod­ule entre pop et un univers plus dark. La musi­ci­enne a même pen­sé à assor­tir sa lanière de gui­tare au rose fuschia de son ensem­ble. On a qu’une envie : danser ou plutôt plan­er avec eux.

 

 

Theodora

Theodo­ra © Dominique Brewing

 

Dans la même veine hyp­no­ti­sante, Theodo­ra a investi le Pop-Kultur avec beau­coup de prestance. Sur scène, sa voix grave et posée se marie à mer­veille avec ses pas de dans­es lanci­nants.Get obses­sion­al remue la salle avec ses rythmes tech­no envoutants. Dans la fausse, il y a même un fan venu spé­ciale­ment de Paris pour la voir.

Envie de faire une pause après cette avalanche d’émotion ? Rien de mieux qu’un hot dog devant le karaoké en plein air instal­lé dans la cour prin­ci­pale. Et les Berli­nois nous ont impres­sion­nés en ter­mes de vocalis­es. Spé­ciale dédi­cace au cou­ple qui a enflam­mé la scène avec sa reprise de “Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Mid­night)” d’AB­BA.

Quand on con­tin­ue notre balade, on tombe sur une ses­sion de JAM inopinée au Soda Salon qui vient mer­veilleuse­ment bien clô­tur­er le fes­ti­val. Ambiance canapé feu­tré, lumière tamisée, on se lais­serait presque aller à un Mar­ti­ni. Qu’il était agréable de voir des artistes français séduire un pub­lic inter­na­tion­al. Qu’il était beau de voir la com­mu­nauté queer aus­si bien représen­tée. La Pop-Kultur n’est qu’à sa huitième édi­tion et on à hâte de voir com­ment elle va évoluer.

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