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Le silence de Nina Kraviz sur l’Ukraine divise la communauté techno

Le silence est-il pos­si­ble ? Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, la DJ russe Nina Krav­iz s’est faite très dis­crète sur les réseaux soci­aux. Son atti­tude fait polémique dans le milieu élec­tron­ique, et lui a valu une rup­ture avec son distributeur.

La sit­u­a­tion n’est pas ten­able. Depuis le début de la guerre, les artistes russ­es sont dans une sit­u­a­tion déli­cate. Beau­coup se retrou­vent pris à par­tie, devenant mal­gré eux des instru­ments du soft pow­er russe. Par­mi eux, le cas de Nina Krav­iz est encore à part. Depuis le début de l’invasion, ses réseaux soci­aux sont bien plus calmes qu’à l’accoutumée. Elle s’est d’ailleurs à peine exprimée sur le sujet, se con­tentant d’un sim­ple post où est écrit “paix” en russe.

Pour une large par­tie de la com­mu­nauté élec­tron­ique, cela ne suf­fit pas. Le Time rap­porte ain­si les pro­pos de la DJ ukraini­enne Nas­tia : “quand tu es une per­son­nal­ité médi­a­tique aus­si impor­tante, tu ne peux pas rester silen­cieuse pen­dant 2 mois et con­tin­uer tes affaires comme si de rien n’était. On est respon­s­able du pou­voir que donne le pub­lic”. D’autres DJ, comme le russe But­tech­no (lui-même signé sur Trip, le label de Nina Krav­iz) ou l’Anglais Dave Clarke ont émis des cri­tiques sim­i­laires. D’autres, comme Rebekah ou Dan­ny Tenaglia, en appel­lent plutôt à respecter son silence.

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D’autres vont plus loin, comme Serge Ver­schu­ur. Via son label Clone Records, basé à Rot­ter­dam, c’est lui qui assur­ait la dis­tri­b­u­tion des dis­ques de Nina Krav­iz et du label Trip. Face à la sit­u­a­tion il a préféré met­tre un terme à leur col­lab­o­ra­tion. Le 12 mai, il s’en jus­ti­fi­ait via une note de blog : “Nina Krav­iz avait déjà eu des posi­tions qu’on pour­rait juger pro-Poutine [via des memes le met­tant en scène, par exem­ple]. Par ailleurs, elle avait claire­ment flirté avec des sen­ti­ments pro-URSS à plusieurs occa­sions. […] Il est dès lors déce­vant qu’elle n’ait, ni publique­ment ni en privé, con­damné la vio­lence russe ou mon­tré des signes d’empathie envers les vic­times. […] Peut-être a‑t-elle des raisons de se taire, mais en tant que parte­naire com­mer­cial, Clone Records est égale­ment libre de ne pas les accepter”.

Pour lui, ce silence peut être vu comme “un symp­tôme d’une pos­i­tiv­ité tox­ique de la scène tech­no que Clone Records choisit de ne pas représen­ter”. Pour l’heure, il est le seul à avoir pris une déci­sion aus­si tranchée. Nina Krav­iz est par ailleurs encore pro­gram­mée dans plusieurs fes­ti­vals, notam­ment en France. Un dif­fi­cile rap­pel que la fête a tou­jours une charge politique.

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