La grande scène peut accueillir plus de 80 000 spectateurs

L’électro victime de son succès à la Fête de l’Huma

On a prof­ité d’une météo en mode “été indi­en” pour faire un tour à la Fête de l’Humanité. Une véri­ta­ble insti­tu­tion, bien­tôt nonagé­naire, qui au-delà de son aspect poli­tique et mil­i­tant laisse une large place à la musique. Si les grands con­certs de rock, rap et chan­son se sont déroulés sans ani­croches, la scène élec­tron­ique noc­turne s’est avérée beau­coup plus chao­tique.

Ne per­dons pas de vue que la Fête de l’Humanité reste avant tout un événe­ment éminem­ment poli­tique. Là où se réu­nis­sent toutes les sen­si­bil­ités – ou presque – de la gauche française pour débat­tre, s’informer, se ren­con­tr­er ou pré­par­er la “ren­trée sociale”. C’est aus­si une fête de sou­tien à un jour­nal, L’Humanité, plus que jamais néces­saire en ces temps si dif­fi­ciles pour la presse papi­er. Ce n’est pas un fes­ti­val à pro­pre­ment par­ler même si, bien sûr, une par­tie impor­tante du pub­lic vient avant tout pour prof­iter des con­certs, de l’ambiance, le tout pour un prix très mod­ique – 26 euros en prévente mil­i­tante pour trois jours, imbat­table. Quand la nuit tombe, que les têtes d’affiche se pro­duisent sur les grandes scènes, que de nom­breux stands plus mod­estes pro­posent aus­si leur pro­gram­ma­tion – du DJ le plus main­stream dans sa sélec­tion au petit groupe le plus obscur – que des types se baladent avec leur tente sur le dos… Cela nous rap­pelle bien sûr des fes­ti­vals géants et éclec­tiques, comme le Sziget de Budapest pour n’en citer qu’un. Il y a aus­si de beaux moments de grâce sur la grande scène. NTM, après avoir inter­prété tous leurs clas­siques et très heureux de jouer “à domi­cile” sont rejoints par Fian­so pour le nou­veau titre “Sur le dra­peau”. Celui du 9–3 évidem­ment, qui flotte dans les airs porté à bout de bras par des proches du rappeur du Blanc-Mesnil. Le morceau est enton­né à deux repris­es et filmé, sans doute pour un clip à venir. Les Toulou­sains Bigflo et Oli ont aus­si immor­tal­isé une scène qui a fait le tour des réseaux soci­aux, deman­dant à leurs nom­breux fans – le lieu  prin­ci­pal peut con­tenir plus de 80 000 per­son­nes – de tous dégain­er leur smart­phones allumés en même temps. On a aus­si été ému de retrou­ver Cather­ine Ringer, con­clu­ant sa presta­tion avec l’inoubliable “Mar­cia Baila”, l’un des tubes les plus beaux et les plus étranges des années 80. Niveau rock nous étions aus­si bien ras­sas­iés, avec celui bien énervé des Français No One Is Innon­cent — “La Peau” -  et celui plus pop et dansant des Bri­tan­niques Franz Fer­di­nand — “Take Me Out” et tant d’autres. On était enfin curieux de décou­vrir le nou­v­el espace Humacum­ba, qui devait nous per­me­t­tre de pass­er la nuit sur place avec quelques poin­tures de l’électro. En théorie…

Tech­no, jeux de lumières et hap­py peo­ple… tout avait bien com­mencé à l’Humacumba

Une fois le con­cert de Franz Fer­di­nand ter­miné, on se dirige donc vers cette grande tente située à une extrémité de la Fête, près de l’une des sor­ties. “On a instal­lé la scène noc­turne làpour qu’il y ait le moins de nui­sances sonores pos­si­ble, nous explique à postéri­ori Ben­jamin König du crew Pardonnez-Nous qui s’est occupé de la pro­gram­ma­tion de l’Humacumba. Il faut savoir que de nom­breux mil­i­tants, dont cer­tains vien­nent de très loin et tien­nent les stands toute la journée, dor­ment sur place. Il y a aus­si des riverains. Du coup on ne peut pas faire de scène en plein air la nuit ». Pardonnez-Nous est l’un de ces col­lec­tifs parisiens ayant renou­velé la nuit parisi­enne des années 2010, en pro­posant des événe­ments alter­nat­ifs sans véri­ta­bles con­sid­éra­tions mer­can­tiles, surtout pour le plaisir de la musique et de la fête. Ben­jamin est aus­si jour­nal­iste à l’Humanité dans la vie de tous les jours… La con­nex­ion s’est faite naturelle­ment. La veille, le duo Acid Arab avait été con­vié et devait faire un set spé­cial dédié au regret­té Rachid Taha. Mais — petits joueurs après le con­cert de NTM -  on avait préféré tout miser sur le same­di. Dans la queue pour accéder à notre Graal noc­turne on nous ras­sure : “Vous avez bien fait de venir tôt car hier soir c’était le bor­del. A par­tir d’un moment la sécu­rité a inter­dit aux gens d’accéder au chapiteau car il y avait trop de monde qui voulait venir. Ils ont coupé le son pen­dant plus d’une heure le temps que ça se calme”.  Ok. On est same­di, il y a plus de monde sur la Fête que la veille et la tête d’affiche est Manu le Malin.  Mais on a réus­si à ren­tr­er, c’est déjà ça. Les DJs de Pardonnez-Nous nous font plaisir en jouant un remix du “What Time Is Love” de KLF, puis leur set devient plus mus­clé en prévi­sion de celui Manu. Il y a bien quelques coupures de la sono pen­dant deux min­utes, mais on se dit que ça doit venir du groupe élec­trogène trop sol­lic­ité, un clas­sique. Et puis, dix min­utes avant l’arrivée du vétéran hard­core français, pata­tras : la musique est coupée. Défini­tive­ment, mais on ne le sait pas encore.

You can stop the par­ty, but you can’t stop the future”

On nous explique qu’il y a des mou­ve­ments de foule à l’entrée, que des gens sont blessés – on entend au loin des sirènes d’ambulances – et que la musique va revenir quand ça se sera calmé. Sur le dance­floor, l’ambiance reste sym­pa­thique, cer­tains tapent du pied  pour imiter un kick tech­no. On se dit que ça va repar­tir. “On voulait remerci­er le pub­lic à l’intérieur de l’Humacumba qui a été adorable mal­gré les cir­con­stances” nous pré­cise Ben­jamin, qui s’avoue déçu de la tour­nure des événe­ments. Finale­ment, la musique ne repren­dra jamais ses droits. Au bout d’une heure un peu sur­réal­iste durant laque­lle on ne pou­vait pas sor­tir, on nous demande finale­ment d’évacuer les lieux. “On avait déjà fait un Humacum­ba l’an dernier” pour­suit Ben­jamin. “Mais on avait moins com­mu­niqué et on avait booké des artistes moins con­nus. Ca c’était bien passé. L’idée était de pro­pos­er un lieu où pour­suiv­re la fête car les stands fer­ment vers une heure du matin. La Fête de l’Huma est le plus gros rassem­ble­ment d’Europe avec plus de 550 000 per­son­nes sur trois jours. On avait prévu un espace pour 4000 mais cela s’est avéré insuff­isant cette année. On est vrai­ment désolés, encore plus pour les gens qui avaient pris leur place spé­ciale­ment pour notre soirée ou pour un des DJs pro­gram­més. La Fête et le jour­nal reposent sur un équili­bre financier très pré­caire. On a essayé de faire au mieux. C’est avant tout un événe­ment mil­i­tant, pas un fes­ti­val avec de gros moyens”. L’équipe, en plein démon­tage, n’a pas encore d’idée pré­cise con­cer­nant le futur de cette scène noc­turne pour les prochaines édi­tions. Mais, dance­floor élec­tron­ique ou pas, on revien­dra avec plaisir à la Fête de l’Huma, véri­ta­ble bulle de con­vivi­al­ité et de sim­plic­ité qui tranche sin­gulière­ment avec de nom­breux autres événe­ments parisiens.

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