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22 mars 2017

L’Ère de Rien, beau festival nantais indé et à prix libre

par Clémence Meunier

« C’est combien le pass deux jours ? » Eh bien, c’est comme vous voulez : à l’Ère de Rien, festival de Rezé, tout près de Nantes, hors de question d’imposer un ticket d’entrée à 40 balles. Ce n’est pas le but de ce petit événement dont on fêtera cette année la sixième édition les 27, 28 et 29 avril. Enfin, petit… Il faut le dire vite : l’année dernière, le festival a tout de même attiré 3500 personnes sur deux jours, chacun déboursant ce qu’il veut (et ce qu’il peut) à l’entrée. Un geste militant, histoire de ne fermer les portes du festival à personne.

A l’affiche ? On n’en sait rien, on ne connaît (presque) personne. Dit comme ça, ce n’est pas vraiment vendeur. Mais c’est là tout le charme et l’objectif de l’Ère de Rien qui, comme Baleapop et de plus en plus d’event français, a fait le choix de la qualité plutôt que de la quantité. Un line-up très international, de découvertes et de musique indépendante, pour deux soirées à taille humaine. Lancé par une bande de potes lassée des énormes festivals sans âme, l’Ère de Rien aime nous perdre dans sa programmation lo-fi. Petit aperçu en playlist, alors qu’on a discuté avec l’un des organisateurs Ludovic Rétif.

Comment présenterais-tu l’Ère de Rien pour ceux qui ne connaissent pas ? 

La première édition date de 2012. L’idée de départ était de proposer un festival qui nous corresponde : on n’était pas vraiment fan des grandes messes, on a toujours préféré les événements à taille humaine. On voulait une programmation émergente et exigeante, et travailler sur la convivialité, la scénographie, avoir des produits locaux et de qualité au bar et à la restauration… Pour passer un bon moment en famille ou entre amis, avec un line-up pointu. On a surtout été influencé par des festivals anglo-saxons, et en France on se sent proche du Midi Festival à Hyères, de Baleapop dans le Pays Basque, du SOY à Nantes… Plutôt des festivals à petite jauge, et avec une liberté totale sur la programmation, des groupes qui font leur première date en France dans l’esprit des Trans Musicales. Beaucoup de groupes qu’on a fait venir ont explosé par la suite, comme Hyphen Hyphen sur notre premier édition ou le groupe canadien d’indie-folk Half Moon Run dont on a fait la première date en France et qui a vraiment bien marché l’année suivante. L’année dernière on a reçu Loyle Carner (qualifié par les Inrocks comme « la figure montante du rap britannique il y a deux mois », ndlr.). Chercher des artistes émergents : dès la première édition c’était inhérent au projet puisque nous n’avons pas le budget pour payer de gros cachets de têtes d’affiche, mais finalement c’est devenu une des raisons d’être du festival.

L’entrée du festival est à prix libre, c’est-à-dire que chacun paye ce qu’il veut. Mais vous arrivez à rentrer dans vos frais avec cette méthode ? 

Le festival est auto-financé à hauteur de 70% par notre asso Melos Nova. On a quelques subventions publiques et quelques partenaires privés, mais l’entrée à prix libre fait partie intégrante du financement du festival. Même si la part de ces entrées dans notre financement est plus maigre que sur un festival classique, avec des prix fixes, elle est déterminante pour la pérennité du festival. Pour être tout à fait honnête, la somme moyenne donnée par les gens est bien en dessous du prix habituel d’un festival. Mais on essaye tous les ans de travailler d’avantage sur la pédagogie, pour bien expliquer notre démarche du prix libre – personne n’y est vraiment habitué, le prix libre se pratique surtout dans des cafés-concerts, pas sur un événement de cette envergure… A tel point que je pense qu’on est parmi les seuls en France à le faire !

Alors bien sûr, certaines années sont plus difficiles que d’autres. L’année dernière on a pris plus de risque financièrement car on voulait monter en gamme au niveau de l’accueil des spectateurs, la sécurité et la technique. On a donc eu un petit déficit, mais c’est toujours le jeu des festivals indépendants, l’équilibre est fragile, on est tributaire de la fréquentation, de la météo… Cette année, pour combler le déficit, on a fait du do it yourself : on est allé sur d’autres festivals pour tenir des bars, faire de la restauration… Tout est bon pour maintenir l’asso à flot !

Pourquoi le prix libre ? 

On a voulu faire ça pour nous ouvrir à des publics divers, et attirer aussi bien un public pointu et friand de musique indépendante qu’un public de curieux, qui s’autorise à venir parce que le prix est libre – des familles, des gens du quartier… On a toujours recherché ce côté ouvert et familial, pour ne surtout pas tomber dans l’entre-soi et l’image d’un festival snob vu que notre programmation est assez pointue. Tous les ans, des gens me disent en regardant l’affiche qu’ils ne connaissent aucun groupe. C’est parfait, c’est exactement ce qu’on veut ! Parfois quand quelqu’un connaît je me dis que j’ai raté mon coup (rires).

Vous êtes tous bénévoles ? 

Oui. Au départ, comme beaucoup de festivals de cette taille-là, c’est d’abord une aventure de copains. On est une trentaine d’adhérents. On commence à organiser des soirées en marge du festival, on était par exemple au Lieu Unique en janvier pour présenter une création autour du football et du film Les Yeux dans les Bleus de Stéphane Meunier, avec pas mal de musiciens issus de la scène indé nantaise. On essaye donc de se diversifier un peu pour soutenir le festival, mais c’est surtout un projet qu’on porte avec nos cœurs et nos tripes, qu’on fait aussi pour le plaisir et pour se retrouver. Par contre, les artistes sont tous rémunérés correctement, les techniciens sont embauchés et payés. Les organisateurs sont bénévoles mais on essaye de développer une richesse sur le territoire et faire travailler les assos, les prestataires locaux.

Le festival a lieu à Rezé, sur les bords d’une rivière. A quoi ça ressemble ? 

Rezé est une ville de 50 000 habitants environ de l’agglomération nantaise. C’est la ville d’enfance et d’adolescence de certains d’entre nous. On s’est installé sur les bords de Sèvre, l’un des influents de la Loire. Le cadre est bucolique, avec un grand chapiteau de 1000 places, qu’on ouvre sur les côtés. En terme de jauge on était à 500 spectateurs la première édition… Et l’année dernière on a reçu 3500 personnes sur deux jours ! La progression est belle mais on essaye surtout de se stabiliser, on ne veut pas que l’Ère de Rien devienne beaucoup plus grand. C’est un public de fidèles, et certains viennent même de loin, d’autres pays européens ! C’est parce qu’on a beaucoup d’artistes qui ne font qu’une date en France, sur le festival, donc les publics se déplacent.

Quelque chose à rajouter ? 

L’Ère de Rien porte certaines valeurs. On a vraiment à cœur de porter une expérience festivalière globale, qui va vraiment plus loin que de poser une prog’ sur un papier et aligner des bières à 10 balles avec un sandwich à 15 euros sans goût. C’est militant, presque !

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