©Taylor Vick

Les algorithmes des plateformes de streaming sont sexistes, selon une étude

Selon une étude con­duite par l’u­ni­ver­sité d’Utrecht, les plate­formes de stream­ing seraient sex­istes : leurs algo­rithmes ont plus de chance de recom­man­der l’é­coute de chan­sons pro­duites par des hommes que par des femmes.

Les algo­rithmes des plate­formes de stream­ing ont pris une place tou­jours plus grande dans notre écoute musi­cale, en régis­sant les playlists et recom­man­da­tions qui nous amè­nent des chan­sons aux oreilles. Seule­ment, ces algo­rithmes seraient sex­istes et favoris­eraient large­ment l’é­coute d’artistes mas­culins, au détri­ment des artistes féminines. Ce sont les résul­tats d’une étude menée par l’u­ni­ver­sité d’Utrecht aux Pays-Bas et de l’u­ni­ver­sité Pom­peu Fab­ra de Barcelone qui le prou­vent. En analysant les pra­tiques d’é­coute de 330 000 util­isa­teurs sur neuf ans, l’équipe de sci­en­tifiques a décou­vert que seule­ment un quart des artistes écoutés sont des femmes ; qu’en moyenne, la pre­mière chan­son recom­mandée est tou­jours signée par un homme et que les util­isa­teurs devaient atten­dre la sep­tième chan­son pour que l’al­go­rithme recom­mande le morceau d’une femme.

Les algo­rithmes des plate­formes de stream­ing appren­nent les préférences des util­isa­teurs grâce à leurs écoutes passées, ain­si que par leurs réac­tions aux recom­man­da­tions. L’é­tude explique ain­si qu’au fur et à mesure que le pro­fil de l’u­til­isa­teur se pré­cise, l’al­go­rithme tend à l’en­fer­mer dans une cham­bre d’é­cho où l’au­di­teur se voit tou­jours recom­man­der le même genre musi­cal ou les mêmes artistes. Le sexe de l’artiste a aus­si un impact sur cette boucle d’ap­pren­tis­sage. Ain­si, l’é­tude pro­pose une mod­i­fi­ca­tion sim­ple des algo­rithmes pour cass­er cette cham­bre d’é­cho et aug­menter l’ex­po­si­tion des artistes féminines : il suf­fi­rait d’abaiss­er le rang des morceaux d’artistes mas­culins d’un nom­bre de places fixe, pour faire remon­ter les artistes féminines dans les recommandations.

 

À lire également
Il y a peu, trop peu de femmes dans la pop music aujourd’hui

 

Un problème plus vaste

Alors que les plate­formes de stream­ing sont dev­enues des acteurs incon­tourn­ables de l’in­dus­trie musi­cale, leur respon­s­abil­ité s’est con­sid­érable­ment accrue, notam­ment dans le com­bat pour l’é­gal­ité des gen­res du secteur. Les recom­man­da­tions algo­rith­miques y ont une place prépondérante pour expos­er le tra­vail musi­cal des femmes. Néan­moins, une sim­ple mod­i­fi­ca­tion des algo­rithmes ne résoudrait mal­heureuse­ment qu’une par­tie du prob­lème : l’é­tude ne pré­cise pas la pro­por­tion des artistes hommes/femmes sur les plate­formes de stream­ing, une don­née pour­tant centrale.

Juste pour nous don­ner une idée, selon PRS for Music, la prin­ci­pale société de ges­tion de droits au Royaume-Uni pour plus de 140 000 artistes, seule­ment 18,3% de ses mem­bres étaient des femmes en 2020. On peut donc sup­pos­er retrou­ver peu ou prou la même pro­por­tion sur les plate­formes. Le prob­lème est donc plus vaste : avant de voir les recom­man­da­tions d’artistes féminines plus nom­breuses sur Spo­ti­fy ou Deez­er, il s’a­gi­rait d’en­cour­ager plus de femmes à se lancer dans la musique.

 

À lire également
Le Vénus Club est là pour encourager les femmes à se lancer dans la musique électronique

 

(Vis­ité 345 fois)