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Les clubs français veulent aujourd’hui être reconnus comme établissements culturels

Le col­lec­tif Cul­ture Bar Bars a porté avec 37 clubs français un pro­jet de recon­nais­sance de la valeur cul­turelle des clubs élec­tron­iques auprès du min­istère de la Cul­ture, cher­chant à créer un statut légal spé­ci­fique appelé “Clubs-Cultures” en France, et ain­si être recon­nus comme des étab­lisse­ments culturels.

Aujour­d’hui, les clubs se fondent dans le statut légal de la “dis­cothèque” sans qu’il n’y ait une recon­nais­sance offi­cielle de la spé­ci­ficité et de la valeur cul­turelle du club­bing en France. C’est-à-dire qu’une boîte de nuit qui tra­vaille avec un DJ rési­dent toute l’an­née est pareille­ment con­sid­érée par l’É­tat qu’un club qui booke plusieurs artistes dif­férents chaque semaine. Dee­jay­ing, live, per­for­mance croisées avec le VJing et toutes les inno­va­tions qui ont mar­qué la cul­ture club passent à la trappe. Ce manque de recon­nais­sance s’est d’ailleurs observé con­crète­ment avec les restric­tions dues à la pandémie : les clubs ont été les lieux publics les plus délais­sés par l’É­tat avant que les acteurs de l’in­dus­trie ne tire la son­nette d’alarme, la com­posante artis­tique qui s’y trou­ve a été com­plète­ment oubliée. Théâtres, opéras et salles de ciné­ma eux béné­fi­cient de sta­tus légaux qui s’ac­com­pa­g­nent de sub­ven­tions, et ils avaient pu béné­fici­er d’une réou­ver­ture lors de l’ac­calmie san­i­taire de l’été. Que nen­ni pour nos dance­floors préférés.

Mar­di 23 févri­er, les représen­tants du pro­jet Clubs-Cultures issus de toute la France, notam­ment le col­lec­tif Cul­ture Bar Bars, le Ware­house, le BADABOUM, Le Sucre, ont été reçus au min­istère de la Cul­ture par la con­seil­lère de la min­istre Rose­lyne Bach­e­lot pour que le statut de “clubs cul­tures” existe et affil­ie nos clubs élec­tron­iques à des étab­lisse­ments cul­turels pour pou­voir, par exem­ple, béné­fici­er de sub­ven­tions. Ils ont été enten­du et un groupe de tra­vail a été con­sti­tué par le min­istère avec lequel ils tra­vailleront à court terme sur “une per­spec­tive de réou­ver­ture des clubs”, une inté­gra­tion “dans la boucle cul­turelle nationale et régionale” et, sur le long terme, à “la mise en place d’un tra­vail pour l’élab­o­ra­tion d’un nou­veau statut”.

Légitimer l’expression artistique électronique

Cette quête de recon­nais­sance est égale­ment motivée par l’ob­ser­va­tion de ce qui se passe dans d’autres pays, comme à Berlin où les clubs sont large­ment aidés par la munic­i­pal­ité et ont pu plaider leur cause au Bun­destag, le par­lement alle­mand. Sym­bol­ique­ment, une telle recon­nais­sance con­stitue un sig­nal fort qui per­met de légitimer l’ex­pres­sion artis­tique qui se trou­ve dans les clubs, mais qui plus con­crète­ment pour­rait offrir une pro­tec­tion légale ren­for­cée avec des sub­ven­tions. C’est ce que le col­lec­tif mené par Cul­ture Bar Bars cherche à amen­er en France avec cette propo­si­tion de créa­tion du statut “Clubs Cultures”.

 

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Bien que les clubs soient actuelle­ment en dif­fi­culté finan­cière à cause de la pandémie, la scène élec­tron­ique en France est vivante et les chiffres ne mentent pas : les 37 clubs français représen­tés par le col­lec­tif revendiquent plus de 60 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faire en 2019, plus de 5 000 événe­ments et 10 000 con­certs pour trois mil­lions de vis­i­teurs annuels qui font vivre plus de 1 000 emplois. Des chiffres qui per­me­t­tent de peser dans la bal­ance auprès du min­istère de la Cul­ture, au moment où l’in­dus­trie est men­acée par les fer­me­tures.

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