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31 mars 2020

L’histoire surprenante du track le plus relaxant du monde selon des scientifiques

par Antoine Gailhanou

En 2011, le trio d’ambient anglais Marconi Union publiait « Weightless », titre aujourd’hui réputé pour être le plus relaxant du monde. Le groupe nous raconte comment ce morceau est né et devenu l’un des ambassadeurs du genre ambient pour le grand public, jusqu’à comptabiliser plus de 53 millions de vues.

C’est prouvé scientifiquement, « Weightless », titre phare du trio ambient de Manchester Marconi Union, est le plus relaxant du monde. Paru en 2011, il est le fruit d’une collaboration entre le groupe et Lyz Cooper, compositrice et thérapeute membre de l’Académie Britannique de Thérapie Sonore. Ses huit minutes feutrées mêlent guitare, piano, field recording et sons de synthèse avec un traitement électronique pensé précisément pour détendre son auditeur. Selon la thérapeute, le track « possède un tempo de 60 bpm qui va progressivement ralentir jusqu’autour des 50. Le rythme cardiaque de celui qui l’écoute va donc naturellement ralentir pour s’accorder au tempo du morceau ».

Dès sa sortie, le titre est testé par le laboratoire Mindlab avec le soutien financier de Radox Spa, firme de gels douches et spa. Il conclut qu’il réduit l’anxiété de 65% et fait diminuer la production de cortisol (l’hormone produite en réponse au stress), avec un effet plus relaxant qu’un massage. Dans le même temps, le magazine Time le classe à la 11ème place des 50 meilleures inventions de l’année. Ce qui n’est pas rien.

En 2016, une nouvelle étude commandée par Radox Spa le place en tête des morceaux les plus relaxants du monde. Si l’étude ressemble davantage à un coup marketing qu’à une véritable recherche scientifique, elle est cependant largement relayée par les médias, renforçant le succès du titre, et sa réputation : aujourd’hui, « Weightless » compte plus de 53 millions de vues sur YouTube. Un succès entretenu par les membres de Marconi Union eux-mêmes : dès 2012, ils publient un album intitulé Weightless (Ambient Transmissions Vol.2), où le titre original est agrémenté de cinq variantes ; puis des versions de 30 minutes et dix heures voient le jour en 2016, et enfin un nouvel edit de quatre minutes est publié en 2019 pour le label/curateur anglais The Ambient Zone. Cela ne les a pas empêchés de publier de nouveaux disques, dont Dead Air, leur dixième album, paru en novembre 2019.

Nous avons contacté le groupe pour qu’il nous raconte en détail l’histoire derrière ce titre culte, et son succès.

Le groupe Marconi Union

Comment avez-vous rencontré Lyz Cooper et l’Académie ?

C’était une commande, en quelque sorte. Le but était de faire le morceau le plus relaxant possible. Lyz, dans le cadre de son travail, écrit de la musique qu’on peut qualifier de relaxante. Elle est entrée en contact avec notre label, Just Music, et nous avons pu bénéficier de ses techniques et conseils pour construire un morceau qui serait ensuite testé scientifiquement (par le laboratoire Mindlab, ndr). Arrivés à cette étape, notre rôle était déjà terminé. Mais on ne sait pas vraiment pourquoi nous avons été embauchés plutôt qu’un autre groupe. Nous n’avons pas été proactifs : nous avons juste reçu un message de notre label disant qu’on avait été retenus.

Comment avez-vous travaillé avec Lyz Cooper ?

Nous ne lui avons parlé qu’à deux reprises seulement. Elle nous a apporté ses connaissances sur l’effet de la musique sur certaines personnes d’un point de vue organique, dans le cerveau, et sur l’effet de la musique sur l’oreille. Mais dans le studio, nous avons travaillé seuls, Lyz n’était pas impliquée dans le processus réel de composition. Elle était là en tant que consultante experte en musicothérapie. Ses conseils nous ont néanmoins été très utiles.

« Lyz nous a parlé d’un processus qui s’appelle l’ »entraînement », qui renvoie à la capacité de notre corps à se synchroniser avec une pulsation sonore externe. »

Quels sont les éléments clés qui rendent « Weightless » si relaxant ?

Lyz nous a parlé d’un processus qui s’appelle l’ »entraînement », qui renvoie à la capacité de notre corps à se synchroniser avec une pulsation sonore externe. Ce processus prend entre cinq et dix minutes, donc nous savions déjà combien de temps devait durer le morceau. Mais à part cela, nous avons surtout travaillé de manière intuitive, à partir de conseils comme « ne faites pas quelque chose de trop répétitif » ou « ne faites pas quelque chose qui attire trop l’attention, avec des éléments trop spécifiques ». Parce que quand le cerveau essaye de se détendre, il va essayer de reconnaître des schémas. Et donc une musique trop répétitive ou avec des éléments trop spécifiques ne va pas nous détendre, car le cerveau va surveiller ce schéma, et donc se concentrer dessus. Mais bon, malgré tout, tout le monde n’a pas trouvé notre morceau si relaxant (rire).

Ces conseils ont-ils modifié vos habitudes de travail ?

Non, pas vraiment. Chaque fois que nous démarrons un nouveau projet, nous essayons de ne pas refaire quelque chose que nous avons déjà fait. Nous passons à autre chose. Donc nous n’avons pas vraiment d’habitude de travail. Nous faisons de l’ambient, donc nous étions plutôt bien placés pour composer une musique relaxante. L’essentiel du travail consistait à faire les bons choix, savoir quels sons utiliser, lesquels éliminer. Nous n’avons pas véritablement donné une structure au morceau, si ce n’est que le tempo ralentit dans les dernières 90 secondes (de 60 à 50 BPM, ndr), pour induire un effet relaxant. On ne peut pas réaliser un tel projet avec une structure précise. Cela rendrait le morceau trop prévisible, et donc moins relaxant.

 

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Comment vous êtes-vous appropriés cette émotion spécifique qu’est la relaxation ?

Il fallait que cela soit neutre, que cela ne soit pas triste ou joyeux, mais quelque part entre les deux. On voulait malgré tout faire un titre qui puisse également être écouté hors du contexte de la relaxation. Cela devait d’abord fonctionner comme un morceau de musique, que cela soit artistique. On ne pouvait pas juste se reposer sur l’aspect relaxant. Parce que, comme on disait, tout le monde ne l’a pas trouvé relaxant. Et ça nous a beaucoup plu de travailler ainsi, jusqu’à faire de nouvelles versions du titre, qui ne sont pas des remixes, mais des ajouts venant compléter notre travail. C’est comme ça qu’est né l’album Weightless.

Une fois « Weightless » publié, quels sont les résultats des tests ?

On ne s’est pas vraiment impliqués là-dedans, on est vite passés à autre chose. Donc on ne sait pas vraiment, désolés (rire). Mais nous ne pensons pas que « Weightless » soit le morceau le plus relaxant du monde, ni le moins relaxant non plus.

« On reçoit encore des messages de personnes nous disant comment « Weightless » les a aidés dans leur vie, c’est stupéfiant. »

Du côté du public, le succès est-il venu immédiatement ?

La réaction du public continue de nous surprendre, on reçoit encore des messages de personnes nous disant comment « Weightless » les a aidés dans leur vie, c’est stupéfiant. C’est parti d’un petit succès, qui a grandi à mesure que le morceau circulait sur Internet. Il y a quatre ans (date de la publication de la seconde étude de Radox Spa, ndr), on a vu que cela devenait important, comme si le titre avait acquis sa propre existence indépendante.

Ce succès a-t-il changé votre carrière ?

C’est une question difficile. Je pense que de nombreuses personnes qui nous connaissent pour « Weightless » ne sont pas forcément très intéressées par Marconi Union en tant qu’artistes. Ils sont intéressés par ce morceau parce qu’ils ont lu des articles dessus leur expliquant comment il pouvait les détendre.

Cela vous dérange-t-il d’être surtout connu pour un seul titre, au détriment du reste de votre production ?

Oui et non. « Weightless » a ses qualités, et mène son existence propre, et nous menons la notre, en faisant ce qu’on a toujours aimé faire. Nous sommes contents de ce qui nous est arrivé : nous aurions pu faire plus de morceaux dans ce style, mais cela ne nous aurait pas satisfaits d’un point de vue créatif. Nous voulons faire de la musique, pas nous répéter. Cela ne nous a pas empêchés de réaliser d’autres versions du titre, à la demande du public. Mais faire un « Weightless 2 » n’aurait pas d’intérêt.

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