L’histoire surprenante du track le plus relaxant du monde selon des scientifiques

En 2011, le trio d’am­bi­ent anglais Mar­coni Union pub­li­ait “Weight­less”, titre aujour­d’hui réputé pour être le plus relax­ant du monde. Le groupe nous racon­te com­ment ce morceau est né et devenu l’un des ambas­sadeurs du genre ambi­ent pour le grand pub­lic, jusqu’à compt­abilis­er plus de 53 mil­lions de vues.

C’est prou­vé sci­en­tifique­ment, “Weight­less”, titre phare du trio ambi­ent de Man­ches­ter Mar­coni Union, est le plus relax­ant du monde. Paru en 2011, il est le fruit d’une col­lab­o­ra­tion entre le groupe et Lyz Coop­er, com­positrice et thérapeute mem­bre de l’Académie Bri­tan­nique de Thérapie Sonore. Ses huit min­utes feu­trées mêlent gui­tare, piano, field record­ing et sons de syn­thèse avec un traite­ment élec­tron­ique pen­sé pré­cisé­ment pour déten­dre son audi­teur. Selon la thérapeute, le track “pos­sède un tem­po de 60 bpm qui va pro­gres­sive­ment ralen­tir jusqu’au­tour des 50. Le rythme car­diaque de celui qui l’é­coute va donc naturelle­ment ralen­tir pour s’ac­corder au tem­po du morceau”.

Dès sa sor­tie, le titre est testé par le lab­o­ra­toire Mind­lab avec le sou­tien financier de Radox Spa, firme de gels douch­es et spa. Il con­clut qu’il réduit l’anxiété de 65% et fait dimin­uer la pro­duc­tion de cor­ti­sol (l’hormone pro­duite en réponse au stress), avec un effet plus relax­ant qu’un mas­sage. Dans le même temps, le mag­a­zine Time le classe à la 11ème place des 50 meilleures inven­tions de l’année. Ce qui n’est pas rien.

En 2016, une nou­velle étude com­mandée par Radox Spa le place en tête des morceaux les plus relax­ants du monde. Si l’é­tude ressem­ble davan­tage à un coup mar­ket­ing qu’à une véri­ta­ble recherche sci­en­tifique, elle est cepen­dant large­ment relayée par les médias, ren­forçant le suc­cès du titre, et sa répu­ta­tion : aujourd’hui, “Weight­less” compte plus de 53 mil­lions de vues sur YouTube. Un suc­cès entretenu par les mem­bres de Mar­coni Union eux-mêmes : dès 2012, ils pub­lient un album inti­t­ulé Weight­less (Ambi­ent Trans­mis­sions Vol.2), où le titre orig­i­nal est agré­men­té de cinq vari­antes ; puis des ver­sions de 30 min­utes et dix heures voient le jour en 2016, et enfin un nou­v­el edit de qua­tre min­utes est pub­lié en 2019 pour le label/curateur anglais The Ambi­ent Zone. Cela ne les a pas empêchés de pub­li­er de nou­veaux dis­ques, dont Dead Air, leur dix­ième album, paru en novem­bre 2019.

Nous avons con­tac­té le groupe pour qu’il nous racon­te en détail l’histoire der­rière ce titre culte, et son succès.

Le groupe Mar­coni Union

Com­ment avez-vous ren­con­tré Lyz Coop­er et l’Académie ?

C’était une com­mande, en quelque sorte. Le but était de faire le morceau le plus relax­ant pos­si­ble. Lyz, dans le cadre de son tra­vail, écrit de la musique qu’on peut qual­i­fi­er de relax­ante. Elle est entrée en con­tact avec notre label, Just Music, et nous avons pu béné­fici­er de ses tech­niques et con­seils pour con­stru­ire un morceau qui serait ensuite testé sci­en­tifique­ment (par le lab­o­ra­toire Mind­lab, ndr). Arrivés à cette étape, notre rôle était déjà ter­miné. Mais on ne sait pas vrai­ment pourquoi nous avons été embauchés plutôt qu’un autre groupe. Nous n’avons pas été proac­t­ifs : nous avons juste reçu un mes­sage de notre label dis­ant qu’on avait été retenus.

Com­ment avez-vous tra­vail­lé avec Lyz Cooper ?

Nous ne lui avons par­lé qu’à deux repris­es seule­ment. Elle nous a apporté ses con­nais­sances sur l’effet de la musique sur cer­taines per­son­nes d’un point de vue organique, dans le cerveau, et sur l’ef­fet de la musique sur l’or­eille. Mais dans le stu­dio, nous avons tra­vail­lé seuls, Lyz n’était pas impliquée dans le proces­sus réel de com­po­si­tion. Elle était là en tant que con­sul­tante experte en musi­cothérapie. Ses con­seils nous ont néan­moins été très utiles.

Lyz nous a par­lé d’un proces­sus qui s’appelle l’“entraînement”, qui ren­voie à la capac­ité de notre corps à se syn­chro­nis­er avec une pul­sa­tion sonore externe.”

Quels sont les élé­ments clés qui ren­dent “Weight­less” si relaxant ?

Lyz nous a par­lé d’un proces­sus qui s’appelle l’“entraînement”, qui ren­voie à la capac­ité de notre corps à se syn­chro­nis­er avec une pul­sa­tion sonore externe. Ce proces­sus prend entre cinq et dix min­utes, donc nous savions déjà com­bi­en de temps devait dur­er le morceau. Mais à part cela, nous avons surtout tra­vail­lé de manière intu­itive, à par­tir de con­seils comme “ne faites pas quelque chose de trop répéti­tif” ou “ne faites pas quelque chose qui attire trop l’attention, avec des élé­ments trop spé­ci­fiques”. Parce que quand le cerveau essaye de se déten­dre, il va essay­er de recon­naître des sché­mas. Et donc une musique trop répéti­tive ou avec des élé­ments trop spé­ci­fiques ne va pas nous déten­dre, car le cerveau va sur­veiller ce sché­ma, et donc se con­cen­tr­er dessus. Mais bon, mal­gré tout, tout le monde n’a pas trou­vé notre morceau si relax­ant (rire).

Ces con­seils ont-ils mod­i­fié vos habi­tudes de travail ?

Non, pas vrai­ment. Chaque fois que nous démar­rons un nou­veau pro­jet, nous essayons de ne pas refaire quelque chose que nous avons déjà fait. Nous pas­sons à autre chose. Donc nous n’avons pas vrai­ment d’habitude de tra­vail. Nous faisons de l’ambient, donc nous étions plutôt bien placés pour com­pos­er une musique relax­ante. L’essentiel du tra­vail con­sis­tait à faire les bons choix, savoir quels sons utilis­er, lesquels élim­in­er. Nous n’avons pas véri­ta­ble­ment don­né une struc­ture au morceau, si ce n’est que le tem­po ralen­tit dans les dernières 90 sec­on­des (de 60 à 50 BPM, ndr), pour induire un effet relax­ant. On ne peut pas réalis­er un tel pro­jet avec une struc­ture pré­cise. Cela rendrait le morceau trop prévis­i­ble, et donc moins relaxant.

 

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Com­ment vous êtes-vous appro­priés cette émo­tion spé­ci­fique qu’est la relaxation ?

Il fal­lait que cela soit neu­tre, que cela ne soit pas triste ou joyeux, mais quelque part entre les deux. On voulait mal­gré tout faire un titre qui puisse égale­ment être écouté hors du con­texte de la relax­ation. Cela devait d’abord fonc­tion­ner comme un morceau de musique, que cela soit artis­tique. On ne pou­vait pas juste se repos­er sur l’aspect relax­ant. Parce que, comme on dis­ait, tout le monde ne l’a pas trou­vé relax­ant. Et ça nous a beau­coup plu de tra­vailler ain­si, jusqu’à faire de nou­velles ver­sions du titre, qui ne sont pas des remix­es, mais des ajouts venant com­pléter notre tra­vail. C’est comme ça qu’est né l’album Weight­less.

Une fois “Weight­less” pub­lié, quels sont les résul­tats des tests ?

On ne s’est pas vrai­ment impliqués là-dedans, on est vite passés à autre chose. Donc on ne sait pas vrai­ment, désolés (rire). Mais nous ne pen­sons pas que “Weight­less” soit le morceau le plus relax­ant du monde, ni le moins relax­ant non plus.

On reçoit encore des mes­sages de per­son­nes nous dis­ant com­ment “Weight­less” les a aidés dans leur vie, c’est stupéfiant.”

Du côté du pub­lic, le suc­cès est-il venu immédiatement ?

La réac­tion du pub­lic con­tin­ue de nous sur­pren­dre, on reçoit encore des mes­sages de per­son­nes nous dis­ant com­ment “Weight­less” les a aidés dans leur vie, c’est stupé­fi­ant. C’est par­ti d’un petit suc­cès, qui a gran­di à mesure que le morceau cir­cu­lait sur Inter­net. Il y a qua­tre ans (date de la pub­li­ca­tion de la sec­onde étude de Radox Spa, ndr), on a vu que cela deve­nait impor­tant, comme si le titre avait acquis sa pro­pre exis­tence indépendante.

Ce suc­cès a‑t-il changé votre carrière ?

C’est une ques­tion dif­fi­cile. Je pense que de nom­breuses per­son­nes qui nous con­nais­sent pour “Weight­less” ne sont pas for­cé­ment très intéressées par Mar­coni Union en tant qu’artistes. Ils sont intéressés par ce morceau parce qu’ils ont lu des arti­cles dessus leur expli­quant com­ment il pou­vait les détendre.

Cela vous dérange-t-il d’être surtout con­nu pour un seul titre, au détri­ment du reste de votre production ?

Oui et non. “Weight­less” a ses qual­ités, et mène son exis­tence pro­pre, et nous menons la notre, en faisant ce qu’on a tou­jours aimé faire. Nous sommes con­tents de ce qui nous est arrivé : nous auri­ons pu faire plus de morceaux dans ce style, mais cela ne nous aurait pas sat­is­faits d’un point de vue créatif. Nous voulons faire de la musique, pas nous répéter. Cela ne nous a pas empêchés de réalis­er d’autres ver­sions du titre, à la demande du pub­lic. Mais faire un “Weight­less 2” n’aurait pas d’intérêt.

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