Ella Fitzgerald à Amsterdam en 1961 par Ben van Meerendonk / AHF, IISG, Amsterdam

L’incendie d’Universal Music : la plus grande catastrophe musicale dévoilée dix ans plus tard

C’est le New York Times, au terme d’une longue inves­ti­ga­tion, qui a révélé l’affaire. Il y a onze ans, un incendie frappe les locaux du groupe Uni­ver­sal Music. De Bil­lie Hol­i­day, Louis Arm­strong, Duke Elling­ton à Nir­vana, Elton John ou Police : des décen­nies d’enregistrements ont brûlé dans les flammes et surtout, dans le plus grand silence.

Les faits pren­nent place le 1er juin 2008 à Los Ange­les, aux stu­dios d’Universal à Hol­ly­wood. Un incendie se déclare dans la mat­inée, et détru­it une par­tie du parc d’attractions ain­si que des décors de ciné­ma (notam­ment util­isés pour Retour vers le Futur). Il se propage jusqu’à l’immeuble Build­ing 6197, que les employés con­nais­sent sous le nom de “video vault”, la cave des vidéos. Ce nom un peu obscur est en réal­ité l’arbre qui cache la forêt. Et la forêt, c’est une bib­lio­thèque d’enregistrements sonores, déposi­taire de cer­tains des doc­u­ments les plus impor­tants de l’histoire appar­tenant à UMG, la plus grande mai­son de dis­ques au monde. Mais à l’époque, la major déclare que “le matériel détru­it n’inclut en aucun cas des copies uniques”. Le chapitre sem­blait clôt.

En réal­ité, un rap­port con­fi­den­tiel d’Universal Music, datant de 2009, esti­mait que le nom­bre de pertes s’élevait à plus de 500.000, dont des enreg­istrements datant des années 1940. Par­mi les artistes fig­urent Bil­lie Hol­i­day, Louis Arm­strong, Duke Elling­ton, Ella Fitzger­ald ou encore Judy Gar­land. Mais la liste s’étend au‐delà, et cou­vre même des décen­nies de musique pop­u­laire : Snoop Dogg, Nir­vana, Janet Jack­son, Guns N’ Ros­es, Tupac Shakur, Eminem et 50 cent font égale­ment par­tie des vic­times.

Ce qui fait le trag­ique de cet évène­ment, c’est la dis­pari­tion de ces “mas­ter record­ings” qui sont des enreg­istrements orig­in­aux, à par­tir desquels sont dupliqués CDs, vinyles et MP3. Au regard des pro­fes­sion­nels de la musique, ces pièces ont un statut spé­cial, comme le rap­pelle Adam Block, ex‐président de Lega­cy Record­ings : “Un mas­ter est la cap­ture la plus vraie d’un morceau de musique enreg­istrée. Sur le plan sonore, ils peu­vent être stupé­fi­ants lorsqu’ils cap­turent un événe­ment dans le temps. Chaque copie par la suite est un pas sonique en arrière.” Pour faire face au désas­tre, une seule solu­tion : met­tre son casque, réé­couter la voix intem­porelle d’Ella Fitzger­ald and cry a riv­er.

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