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Ella Fitzgerald à Amsterdam en 1961 par Ben van Meerendonk / AHF, IISG, Amsterdam
12 juin 2019

L’incendie d’Universal Music : la plus grande catastrophe musicale dévoilée dix ans plus tard

par Lolita Mang

C’est le New York Times, au terme d’une longue investigation, qui a révélé l’affaire. Il y a onze ans, un incendie frappe les locaux du groupe Universal Music. De Billie Holiday, Louis Armstrong, Duke Ellington à Nirvana, Elton John ou Police : des décennies d’enregistrements ont brûlé dans les flammes et surtout, dans le plus grand silence.

Les faits prennent place le 1er juin 2008 à Los Angeles, aux studios d’Universal à Hollywood. Un incendie se déclare dans la matinée, et détruit une partie du parc d’attractions ainsi que des décors de cinéma (notamment utilisés pour Retour vers le Futur). Il se propage jusqu’à l’immeuble Building 6197, que les employés connaissent sous le nom de « video vault », la cave des vidéos. Ce nom un peu obscur est en réalité l’arbre qui cache la forêt. Et la forêt, c’est une bibliothèque d’enregistrements sonores, dépositaire de certains des documents les plus importants de l’histoire appartenant à UMG, la plus grande maison de disques au monde. Mais à l’époque, la major déclare que « le matériel détruit n’inclut en aucun cas des copies uniques« . Le chapitre semblait clôt.

En réalité, un rapport confidentiel d’Universal Music, datant de 2009, estimait que le nombre de pertes s’élevait à plus de 500.000, dont des enregistrements datant des années 1940. Parmi les artistes figurent Billie Holiday, Louis Armstrong, Duke Ellington, Ella Fitzgerald ou encore Judy Garland. Mais la liste s’étend au-delà, et couvre même des décennies de musique populaire : Snoop Dogg, Nirvana, Janet Jackson, Guns N’ Roses, Tupac Shakur, Eminem et 50 cent font également partie des victimes.

Ce qui fait le tragique de cet évènement, c’est la disparition de ces « master recordings » qui sont des enregistrements originaux, à partir desquels sont dupliqués CDs, vinyles et MP3. Au regard des professionnels de la musique, ces pièces ont un statut spécial, comme le rappelle Adam Block, ex-président de Legacy Recordings : « Un master est la capture la plus vraie d’un morceau de musique enregistrée. Sur le plan sonore, ils peuvent être stupéfiants lorsqu’ils capturent un événement dans le temps. Chaque copie par la suite est un pas sonique en arrière. » Pour faire face au désastre, une seule solution : mettre son casque, réécouter la voix intemporelle d’Ella Fitzgerald and cry a river.

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