© Capture d'écran Twitter @MariahCarey

Mariah Carey ‘reine de Noël’ : le sujet disséqué par un enseignant-chercheur

Mari­ah Carey est dev­enue, au fil des années, un élé­ment intrin­sèque­ment lié aux fes­tiv­ités de Noël avec son immense tube “All I Want For Christ­mas Is You”. La diva RnB est aujour­d’hui un élé­ment fig­u­ratif de Noël, et elle y tra­vaille sans relâche tout au long de l’an­née. Un phénomène analysé par un enseignant-chercheur français, qui abor­de le sujet lors de ses cours. Avec le sérieux qu’il mérite.

Qu’on le veuille ou non on le con­naît tous, on l’at­tend chaque année autant qu’il nous hante : le retour de Mari­ah Carey et de son “All I Want For Christ­mas Is You” sor­ti en 1994 ‑oui, il y a bien­tôt 30 ans. Si le titre est aus­si ancré dans notre mémoire col­lec­tive, s’il est devenu le titre de Noël par excel­lence, ce n’est pas le fruit du hasard. C’est même un tra­vail quasi-constant opéré par Mari­ah Carey et sa team com­mu­ni­ca­tion. Un enseignant-chercheur à l’u­ni­ver­sité de Nantes en sci­ences de la com­mu­ni­ca­tion et études médi­a­tiques, con­nu sur Twit­ter et Insta­gram sous le pseu­do @A_La_Rasbaille, s’est penché sur le sujet. Il l’abor­de même pen­dant ses cours.

 

 

Le phénomène est d’abord vu comme “triv­ial”, pour repren­dre un con­cept d’Yves Jean­neret en médi­alo­gie : la chan­son “est réap­pro­priée, se trans­forme, cir­cule, acquiert une puis­sance sociale… parce qu’elle béné­fi­cie de ressources qu’on essaie d’é­tudi­er en cours”. Le maître de con­férences mon­tre dans quelles mesures la chan­son est un pro­duc­tion médi­a­tique ser­vant des intérêts divers (des par­o­dies aux pub­lic­ités 1er degré). Depuis sa sor­tie, la chan­son est régulière­ment re-signifiée : elle s’adapte à l’époque, aux publics, aux attentes sociales. Réen­reg­istrée en duo avec Justin Bieber pour les fans de pop et les plus jeunes, revis­itée par Michael Bublé pour les trente­naires ama­teurs de jazz main­stream, ou encore remixée par Jer­maine Dupri pour les accros au RnB. 

 

 

 

À cha­cune de ses appari­tions télé ‑comme ici pour le fameux “Car­pool Karaoke” avec James Cor­den- on retrou­ve la même icono­gra­phie stéréo­typée : cadeaux embal­lés, guir­lan­des, sucres d’orge. Chaque année, elle donne le coup d’en­voi des fêtes de Noël. “Elle tra­vaille depuis 25 ans sur la resig­ni­fi­ca­tion de sa chan­son, et c’est loin d’être anodin. Elle tra­vaille sur la ‘référence’, c’est-à-dire sur notre capac­ité à com­pren­dre ce que nous regar­dons, en faisant un lien séman­tique avec le monde, avec nos vies.”

La chan­son iconique de Mari­ah Carey sert des intérêts mul­ti­ples, et notam­ment com­mer­ci­aux. Les mar­ques l’u­tilisent régulière­ment pour leurs pubs de Noël parce qu’elle est con­nue par tout le monde ou presque, et qu’elle est facile­ment iden­ti­fi­able, dès que les pre­mières notes reten­tis­sent. Cela leur per­met “d’ac­tu­alis­er leur image, de la péren­nis­er dans l’imag­i­naire social, en cap­tant l’at­ten­tion des usagers des plate­formes (Tik­Tok, Youtube, etc.)”. Ici chez McDon­alds, qui présen­tait “the Mari­ah Menu”.

Si la chan­son marche autant, c’est aus­si grâce aux ressources des sup­ports médi­a­tiques. Bien sûr elle est instru­men­tal­isée (juste­ment par la pub, entre autres) mais elle est égale­ment “instru­men­tée” : c’est-à-dire que des out­ils assurent sa cir­cu­la­tion, sa trans­for­ma­tion, sa réap­pro­pri­a­tion. Un compte Youtube ou Tik­Tok pren­dra de l’am­pleur et gag­n­era en vis­i­b­lité s’il utilise Mari­ah Carey et/ou la chan­son ‑à coups de hash­tags, de memes, de liens et d’inci­ta­tion au partage. Grâce à la chan­son, on peut se faire connaître.

Mari­ah Carey fait référence, et pas seule­ment avec les élé­ments liés à Noël. Elle le fait aus­si avec un geste car­ac­téris­tique. Celui où elle se bouche une oreille en fer­mant les yeux (l’im­age ci-dessous) : le geste illus­tre sa capac­ité à attein­dre des notes aigües. Il est repris par de nom­breuses chanteuses, chan­tant “All I Want for Christ­mas Is You”… Mari­ah Carey est désor­mais un élé­ment du corps social : on la cite gestuellement.

mariah carey yihi

© Cap­ture d’écran YouTube

L’enseignant-chercheur ter­mine son thread ain­si : Le suc­cès de “All I Want for Christ­mas” de Mari­ah Carey peut donc s’ex­pli­quer par sa capac­ité à pré­fig­ur­er la com­mu­ni­ca­tion (on crée une attente, une promesse, on s’a­juste), à la con­di­tion­ner (on donne des moyens, on dis­tribue des rôles), à la sus­citer (on est appelé à partager)”

 

 

Evidem­ment, pour la rédac­tion de cet arti­cle, il a fal­lu syn­thé­tis­er et rac­cour­cir une réflex­ion plus pro­fonde, com­plète et détail­lée sur le sujet. On vous invite à suiv­re le compte Twit­ter ain­si que le tra­vail de @A_La_Rasbaille, enseignant-chercheur à l’U­ni­ver­sité de Nantes en sci­ences de la com­mu­ni­ca­tion et études médiatiques.

(Vis­ité 312 fois)