Crédit : Nicolas Bresson

Marsatac : la diversité musicale, contre vents et marées

Fes­ti­val bien instal­lé dans le cœur du pub­lic, Marsa­t­ac n’en a pas moins con­nu moult péripéties en 21 années d’existence. Brin­que­bal­lé d’un endroit à un autre, se délo­cal­isant par­tielle­ment à Nîmes, trou­vant un temps ses mar­ques à la Friche Belle de Mai, il sem­ble s’être calé dans une con­fig­u­ra­tion plus pérenne depuis 2017. L’incontournable rendez‐vous du Sud ne se déroule plus à la ren­trée mais au mois de juin et investit le Parc Chan­ot, un parc des expo­si­tions situé au pied du mythique Stade Vélo­drome. Un lieu à pri­ori pas hyper sexy mais que l’équipe du fes­ti­val tend à mag­ni­fi­er en imag­i­nant chaque année une nou­velle thé­ma­tique. “Dans l’idéal on aimerait occu­per les plages mais poli­tique­ment c’est très com­pliqué même si nous avons obtenu celle du Petit Rou­cas pour la journée du dimanche” con­fie Béa­trice Des­granges, fig­ure his­torique et direc­trice de Marsa­t­ac. “Nous étions un peu à l’étroit à la Friche qui a une jauge d’environ 9000 per­son­nes. Le Parc Chan­ot nous paraît être un bon com­pro­mis, on peut y accueil­lir le dou­ble de spec­ta­teurs tout en restant en centre‐ville, c’est acces­si­ble en métro. Notre volon­té a tou­jours été d’être un fes­ti­val urbain”. L’année passée, faute de plage, c’est elle qui était venue aux spec­ta­teurs sous forme de tonnes de sables et de struc­tures gon­flables. Pour cette édi­tion, la scène extérieure accueil­lant les plus gros con­certs étant située lit­térale­ment sur un park­ing, c’est la carte du kitsch qui a été jouée. Avec la présence de plusieurs voitures de tun­ing aux couleurs de Marsa­t­ac, dont l’une était même à gag­n­er dans le cadre d’une tombo­la. Et pour rem­plac­er l’inénarrable con­cours de sono, la présence de qua­tre scènes revenant aux fon­da­men­taux du fes­ti­val, à savoir un savant mélange de hip‐hop et d’électro. “C’était notre idée dès le départ en 1999” pour­suit Béa­trice. “Nous n’étions pas du tout des pro­fes­sion­nels du méti­er, juste des pas­sion­nés de musique. Nous voulions organ­is­er quelque chose pour défendre ce que nous aimions. Le hip‐hop bien sûr dont Mar­seille était — et est tou­jours — une place forte en France et qui avait alors très peu de lieux pour s’exprimer. Mais aus­si l’électro que nous avions décou­vert lors de raves en Angleterre”. Longtemps, les deux gen­res étaient présen­tés lors de deux soirées séparées. Mais avec l’évolution des goûts des jeunes généra­tions, les pro­pos­er simul­tané­ment ne pose aujourd’hui plus de prob­lème.

Les australiens en force

Le ven­dre­di, à peine débar­qués du TGV, on apprend que l’ouverture du fes­ti­val a été décalée de deux heures. La faute au “Siroc­co” un vent venu du Sahara qui rendait dan­gereux l’exploitation du site. Mais tout est ren­tré dans l’ordre et on peut appréci­er sans se pren­dre du sable dans les yeux le show d’Eddy De Pret­to. Le jeune homme pos­sède déjà une belle présence scénique devant un parterre con­quis. Les plus geeks peu­vent aus­si se pavan­er sur l’énorme syn­thé mod­u­laire amené par l’un de ses musi­ciens. On passe ensuite une tête voir le rappeur Alpha Wann. On s’attend à du boom‐bap à la sauce 1995 mais c’est plutôt de la trap que le parisien priv­ilégie ce soir‐là. On n’est pas fan, mais à sa décharge on recon­nait qu’il n’est pas aidé par la qual­ité de la sonori­sa­tion. Etrange­ment celle‐ci s’améliore lorsque la salle bas­cule en mode élec­tro. On y décou­vre la DJ aus­trali­enne HAAI qui nav­igue joyeuse­ment entre house et tech­no avec des phas­es break­beat UK et acides. Assuré­ment pour nous, le meilleur set de la soirée. A l’extérieur, les français de The Blaze déroulent leur électro‐deep gen­til­lette avec cepen­dant un très beau dis­posi­tif visuel. On ren­tre dans le hangar prin­ci­pal nom­mé le “Grand Palais” pour un back to back entre deux per­son­nages qui étaient fait pour se ren­con­tr­er : Carl Craig et Bam­bounou. Un son prin­ci­pale­ment tech­no avec quelques pas­sages plus house, notam­ment le tube “Pick Up” de DJ Koze qui fait tou­jours son petit effet. Cette pre­mière soirée se con­clut entre Char­lotte de Witte et sa tech­no un peu trop prévis­i­ble, et un autre aus­tralien Mall Grabb qui joue plus pêchu que prévu avec des res­pi­ra­tions d’électro froide et puriste comme on aime. 

Orel et les filles

L’apéro du same­di soir est placé sous le signe du “rap de ien­cli” avec les groupes Columbine et Odezenne mais surtout avec Orel­san qui sans sur­prise rem­porte la palme du meilleur show. Accom­pa­g­né de musi­ciens, le caen­nais joue avec le pub­lic, entre référence geek et foot­bal­lis­tiques, et met tout le monde d’accord avec son flow placé au mil­limètre sur des instrus généreuses. On adore mais on file très vite voir Jon Hop­kins, sum­mum pour nous de cette deux­ième soirée. Un live splen­dide entre IDM et tech­no mélodique accom­pa­g­né de deux danseuses por­teuses de bâtons de lumière, comme pour ren­forcer plus encore l’expérience onirique. Dif­fi­cile après cela d’apprécier le con­cert beau­coup plus “plan plan” de Polo & Pan. On effectue alors des allers retours entre les lives de Ouai Stéphane qui mélange les influ­ences – piano house, deep tech­no, trance, drum’n’bass – dans une mise en scène très ludique et de Dima aka Vital­ic pour une tech­no ravageuse aux syn­thés 80’s. Il con­clut sa presta­tion par un morceau de Kom­pro­mat, son récent pro­jet avec Rebe­ka War­rior. Les femmes sont à l’honneur de la fin de nuit avec Paula Tem­ple et AZF en mode claire­ment techno/rave à réveiller les morts. Dans une autre salle, plus petite, réservée aux artistes  « émer­gents » on retrou­ve une Deena Abdel­wa­hed presque intimidée qui défend son album en live. Entre bass music, tech­no breakée, élec­tro inclass­able sur laque­lle elle susurre des par­fums d’orient, elle offre aux spec­ta­teurs une véri­ta­ble bulle plus expéri­men­tale et intimiste. Classe. Ain­si se ter­mine pour nous ce Marsa­t­ac 2019, un fes­ti­val à la fois instal­lé et tou­jours en mou­ve­ment, qui brasse les musiques et les publics, à l’image de Mar­seille la ville qui l’a vu naître, grandir,  galér­er, rebondir et réus­sir. On valide.

Crédit : Nico­las Bres­son

Crédit : Nico­las Bres­son

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