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13 février 2019

Massive Attack au Zénith de Paris : Apocalypse now

par Patrice BARDOT

Plein la gueule. On s’en est pris plein la gueule. Et dès l’intro, un instrumental plombant, avec des projections aveuglantes comme sur courant alternatif, en guise de test épileptique. On a alors vite compris que Massive Attack, qui honore sur scène les 21 ans de la sortie de Mezzanine, n’était pas là pour plaisanter. Pas le genre de la maison.

Cette tournée remonte donc aux sources d’un album qui paradoxalement est considéré comme la pierre angulaire du trip hop alors que son principal géniteur, Robert Del Naja alias 3D, l’a voulu comme un retour à ses premières inspirations : le punk et la new wave de Wire, Public Image ou Stiff Little Fingers. Il le démontre d’entrée en reprenant “I Found A Reason” du Velvet Underground. Première reprise/surprise d’une performance qui en sera truffée (magistral “10.15 Saturday Day Night” de Cure, renversant “Bela Lugosi’s Dead » de Bauhaus, notamment).

L’arrivée en scène vocale de 3D sur “Risingson” rassure un public désarçonné par ce début de concert, toutes guitares en avant. Fidèle à son intitulé “Mezzanine XX1”, la set list ne comporte aucune trace d’un autre album de la formation de Bristol. Les puissants et sombres “Man Next Door”, “Exchange” ou “Inertia Creeps”, expose encore mieux en live la personnalité unique de Massive Attack, entité incomparable et au final indéfinissable. Plongés en permanence dans la pénombre, les cinq musiciens, dont deux batteurs qui accompagnent 3D et Daddy G, tissent une bande-son pré-apocalypse dont les effets sont démultipliés par le bombardement incessant de flashs lumineux frontaux. Plein la gueule on l’a dit. Mais on reste quand même suffisamment lucide pour capter les dizaines de messages lancés comme des slogans, sur les écrans géants (“Mais Les Machines”, “Au nom du Peuple”).

Car un concert de Massive Attack se vit comme un jeu de piste pour tenter de comprendre la musique au rythme des innombrables images/vidéos projetées. Comme autant d’indices qui témoignent quasi journalistiquement de notre époque. D’où évidemment un sentiment d’étouffement anxiogène propre au climat ambiant. Rares sont les concerts de “musique actuelle” où la notion d’entertainement semble complètement effacée. Une heure et quart de tension extrême, heureusement illuminée par la voix toujours remuante d’Élisabeth Fraser sur “Teardrop” et “Group Four”.

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On peut s’interroger quand même sur l’absence totale de communication avec le public : pour dénoncer la froideur et la violence, doit-on être soit même être d’une extrême froideur ? Cela mérite débat. Massive attaque. Et si vous avez envie d’en savoir plus, on vous encourage à lire le dernier numéro de Tsugi qui consacre sa une à l’histoire secrète de Mezzanine. La minute auto-promo.

Set list :

I Found A Reason
Risingson
10:15 Saturday Night
Man Next Door
Black Milk
Mezzanine
Bela Lugosi’s Dead
Exchange
See a Man’s Face
Dissolved Girl
Where Have All the Flowers Gone ?
inertia Creeps
Rockwrok
Angel
Teardrop
Group Four

 

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