Melody’s Echo Chamber en couv’ de Tsugi 113, en kiosque le samedi 9 juin !

On nous pose sou­vent la ques­tion : “Com­ment est-ce que vous choi­sis­sez vos cou­ver­tures ?” Et bien sûr, on imag­ine les répons­es à notre place. Cer­taines sont proches de la réal­ité. Oui ça existe les séances de brain­storm­ing où la rédac­tion s’écharpe (gen­ti­ment) autour de plusieurs options. Puis il y a celle, plus vicieuse : le car­net de chèques de la mai­son de dis­ques ferait tout. Ce fut hélas par­fois le cas à l’époque glo­rieuse du CD tout puis­sant, où cer­tains rédac­teurs en chef préféraient ramass­er la mon­naie, quitte à s’asseoir sur la déon­tolo­gie et à pren­dre les lecteurs pour des cons. Une pra­tique fatale à nom­bre de titres spé­cial­isés. La crise étant passée par là, l’atmosphère s’est assainie. Tant mieux. “L’argent pour­rit les gens, j’en ai le sen­ti­ment”, comme dis­ait NTM. Alors finale­ment, on peut répon­dre très sim­ple­ment à cette inter­ro­ga­tion récur­rente : nous met­tons à la une de Tsu­gi des artistes que l’on aime. On a même par­fois un coup de coeur immé­di­at pour leur album. Tel ce mois-ci avec l’aventureux et féerique Bon Voy­age de Melody’s Echo Cham­ber, au chem­ine­ment sin­ueux depuis la sor­tie de son pre­mier disque homonyme en 2012. La faute à des acci­dents de par­cours, et à une per­son­nal­ité à part, pour qui la musique est certes essen­tielle, mais pas au point de pren­dre le pas sur la vie intime. D’ailleurs, on le com­pren­dra à la lec­ture de cette pas­sion­nante et rare inter­view, Melody’s Echo Cham­ber pour­rait bien totale­ment s’effacer dans les prochains mois der­rière Melody Pro­chet (son nom civ­il). Rai­son de plus pour prof­iter de cette cou­ver­ture vrai­ment unique.

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro un CD mixé par Ark, Mad­ben qui évoque sa pas­sion pour la pêche (oui oui), des ren­con­tres avec Leon Vyne­hall, Wood­en Shjips, Âme, Oneo­htrix Point Nev­er ou Per­tur­ba­tor, une his­toire visuelle du fes­ti­val Sonar ou Pablo Padovani de Moodoïd jouant au blind­test. Et bien sûr de nom­breuses chroniques, inter­views, reportages, bons plans et por­traits… En kiosque (ou sur notre bou­tique en ligne) ce same­di 9 juin ! En atten­dant, vu qu’on est sym­pa, voilà le début de l’interview de Melody’s Echo Cham­ber par Alex­is Bernier : 

Espoir 2012, Melody’s Echo Cham­ber revient avec un disque fou alors qu’on ne l’attendait plus. Une renais­sance qui n’en est peut-être pas tout à fait une. Alors qu’elle s’apprête à débuter une nou­velle vie, la Provençale Melody Pro­chet racon­te la dif­fi­cile ges­ta­tion d’un très grand album, Bon Voy­age.

Ce n’est pas que Melody Pro­chet, alias Melody’s Echo Cham­ber, n’avait pas envie de nous par­ler, mais, comme elle le dit elle-même : “L’idée même de l’interview ne me met pas du tout à l’aise.” D’autant que quelques jours avant le nôtre, un entre­tien avec un site améri­cain qui a pour­tant bonne répu­ta­tion, mais dont les ques­tions ont été “très lour­des”, a été vécu comme une épreuve par cette artiste para­doxale. Depuis ses débuts en 2010, avec un album de folk encore un peu trop sage sous le nom de My Bee’s Gar­den, jusqu’à ce deux­ième album foi­son­nant signé Melody’s Echo Cham­ber, pour lequel Tsu­gi a un très gros coup de coeur, cette jeune fille de Provence s’est mon­trée à la fois vul­nérable et forte, comme on le ressent tout au long de cet entre­tien réal­isé par télé­phone. Après avoir dis­paru six ans, con­nu une dif­fi­cile sépa­ra­tion, tra­ver­sé une lourde crise exis­ten­tielle et une longue hos­pi­tal­i­sa­tion pour finir, Melody revient avec un Bon Voy­age d’une force excep­tion­nelle, où toutes les bonnes dis­po­si­tions de ses pre­miers dis­ques sont poussées à l’extrême. Un disque, aus­si étrange­ment fou que sim­ple et beau, un disque qui devrait être celui d’un nou­veau départ, mais qui sera peut-être, para­doxe encore, celui d’une page qui se tourne : “J’essaie de me détach­er de cette car­rière musi­cale qui s’éloigne de moi”, finit par avouer Melody. De notre côté, on a du mal à accepter qu’un tel album puisse être un tes­ta­ment.

D’où parles-tu ?

D’un petit vil­lage isolé dans les collines du Haut-Var. Je vis ici depuis presque un an. Il y a une boulan­gerie, un PMU, une église et rien d’autre. Je n’ai même pas de stu­dio ici. Je rêve d’avoir une cabane en bois au fond du jardin, où je pour­rais enfin réu­nir mon matériel dis­per­sé à tra­vers le monde, mais ce n’est pas encore pos­si­ble.

C’est fini Paris ?

J’ai besoin de marcher à nou­veau pieds nus dans la terre. Cela m’a fait du bien de quit­ter le béton. Mes racines sont en Provence et je les ai retrou­vées.

Tsu­gi avait beau­coup aimé ton pre­mier album en 2012 et par­ié que tu ferais par­tie des artistes qui allaient compter. Et puis tu as dis­paru. Que s’est-il passé ?

Un album aban­don­né sur le bord de la route a ouvert une péri­ode dif­fi­cile de ma vie. J’ai tra­vail­lé durant un an et demi sur un deux­ième album de Melody’s Echo Cham­ber avec mon ancien parte­naire (Kevin Park­er de Tame Impala, ndlr). J’étais très excitée par les chan­sons que nous avions écrites. Nous avions ten­té des choses nou­velles dont j’étais fière. Et puis nous nous sommes séparés. Et j’ai ten­té de finir ce disque seule durant deux années qui ont été un gouf­fre émo­tion­nel et financier. Une expéri­ence trau­ma­ti­sante que je ne regrette finale­ment pas : c’est le temps qu’il m’a fal­lu pour com­pren­dre qu’il fal­lait lâch­er prise, que je devais faire une croix sur ce disque. En plus, j’aurais été inca­pable de par­tir en tournée avec ces chan­sons. Quand j’en ai été moins malade, j’ai pu en met­tre quelques démos en ligne, mais il m’a fal­lu beau­coup de temps pour pren­dre un peu de dis­tance. Main­tenant je me rends compte que c’est ridicule d’avoir autant souf­fert. J’ai tra­ver­sé cette péri­ode comme une fleur fanée qui n’arrivait plus à s’enraciner. Je res­pi­rais mal, je dor­mais mal, je vivais entre Paris et Aix-en-Provence en pas­sant le plus clair de mon temps dans ma cham­bre en atten­dant que ça passe.

… La suite le 9 juin ! 

(Vis­ité 581 fois)