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1 décembre 2016

Michael Mayer, héros de Cologne

par Benoît Carretier

Pour son retour à la production, Michael Mayer n’a pas choisi la voie la plus facile, préférant partager l’affiche de son troisième album avec une kyrielle de collaborateurs de prestige. Entre pop baroque, ambient racé et kraut-techno rêveuse, & dévoile l’extrême élasticité du spectre musical du patron de Kompakt, accessoirement l’un des meilleurs DJs du circuit.

Un petit immeuble sans âme typique de l’Allemagne des années 50, dans une petite rue d’une ville industrielle pas très glamour. A priori, le Werderstraße 15-19 n’a rien du lieu de pèlerinage pour amateur éclairé de musique électronique. Sauf quand la ville se nomme Cologne et que l’immeuble en question abrite le siège de Kompakt, le fameux label-distributeur-agence de booking-magasin de disques créé en 1998 par Michael Mayer, Wolfgang Voigt et Jürgen Paape. C’est donc par un triste matin d’octobre que l’on dirige vers le discret « Kompakt HQ », que l’on repère à la petite plaque apposée près de la porte d’entrée du shop, à la rencontre du maître des lieux Michael Mayer, qui préside aux destinées de cet endroit étonnant regroupant bureaux, shop, stocks de la soixantaine de labels distribués, studios d’enregistrement… Et même appartements privés de certains de ses fondateurs. Si Michael Mayer reçoit dans un open space au calme impressionnant, c’est que celui qui partage sa vie entre la gestion quotidienne de Kompakt et ses dates de DJ hebdomadaires a pris le temps de se poser en studio pour réaliser &, son troisième album solo en douze ans, grand oeuvre entre techno et pop dont il a partagé la conception avec des invités de prestige. Et c’est autour d’un café à réveiller les morts que ce natif de la forêt-noire, DJ depuis son adolescence, sourit à la vue de notre numéro d’octobre avec le retour de Justice. « J’aime bien le single ‘Safe & Sound’ sorti cet été », déclare-t-il en souriant dans un français limpide. Étonnant, non ?

Trois albums solo en douze ans, le projet SuperMayer avec Superpitcher il y a presque dix ans… Tu n’es pas ce que l’on pourrait appeler un producteur hyperactif. As-tu choisi de ne pas choisir entre tes activités de DJ, la gestion quotidienne de Kompakt et la production ?

Je pense avoir été plutôt prolifique depuis mes débuts, non ? J’ai quand réalisé plus de 150 remixes. C’est vrai que j’ai dû me fixer des priorités et la première d’entre elles a toujours été Kompakt, sans oublier la plus grande de mes passions, le deejaying. En plus, j’ai une famille dont je dois m’occuper. Tu peux imaginer que cela ne laisse pas beaucoup de temps libre pour le studio. Je dis d’ailleurs toujours que je suis un producteur du dimanche. Mais quand j’ai un peu de temps pour aller en studio, je me sens comme un gamin, je suis super heureux et j’apprécie chaque seconde que j’y passe.

Produire est donc quelque chose que tu apprécies ?

J’ai commencé à avoir vraiment confiance en moi pendant la conception de Mantasy en 2012. C’était la première fois que je me consacrais uniquement à ma musique. Je me suis concentré trois mois sur Mantasy et seulement sur lui. J’ai procédé de même avec &, que j’ai planifié longtemps à l’avance. Avec mes dates de DJ calées au moins six mois à l’avance, s’asseoir en studio pour un album est le contraire d’une décision spontanée.

Que préfères-tu de toutes tes activités ? Le management de Kompakt, la production, le deejaying ?

J’ai trois coeurs qui battent dans ma poitrine. Je suis de plus incapable de laisser un seul de ces challenges de côté. Sans compter que tout est connecté. Dès mes débuts, j’ai décidé que je ne voulais pas être « juste » un DJ ou un artiste. Je voulais quelque chose de stable dans ma vie. Quand j’ai arrêté mes études pour ouvrir un magasin de disques, je voulais sûrement rassurer mes parents un peu inquiets en leur expliquant que cette passion qui allait devenir mon métier comptait des aspects très conventionnels. J’ai toujours su que je ne pouvais pas dépendre de ma seule créativité. Si tu la pousses trop, c’est une source qui va se tarir.

Avoir un « vrai » job est peut-être le seul moyen de préserver ton indépendance ?

Je le crois aussi. Mon travail chez Kompakt me permet de garantir mon indépendance, mais aussi celle de la compagnie elle-même et de tous les artistes et labels qui y sont liés. Créer un environnement de travail confortable qui nous garantisse de rester maître de nos choix est d’ailleurs l’idée de départ de Kompakt.

À quoi ressemble ta semaine type ? Au bureau la semaine et en club le week-end ?

C’est à peu près ça. Le lundi, je dors un peu plus longtemps après un week-end sur la route, mais je pointe toujours mon nez au bureau. Le mardi, je fais un peu de sport, je m’occupe des enfants et je viens au bureau, le soir je passe un peu de temps au studio. Le mercredi, grasse matinée, puis bureau. Le jeudi, je me lève tôt, et ainsi de suite… J’ai mon petit rythme biologique. C’est ma manière de gérer la pression.

Avoir une routine te permet-il de rester dans le monde et d’éviter de péter les plombs comme certains autres « DJ-stars » ?

C’est une question de personnalité. Mais j’aime avoir les pieds sur terre, un travail de jour et une vie de famille. C’est la seule manière de rester soi-même. Ce rythme peut être épuisant, car je demande beaucoup à mon corps et à mon esprit, mais c’est la vie que je me suis choisie.

Tu as 45 ans. La vie sur la route est-elle parfois un fardeau ?

C’est très rare. Il faut vraiment que j’aie eu une semaine épuisante pour que je n’aie pas envie de prendre un train ou un avion et d’aller jouer. Mais je vois ça comme le yin et le yang, j’ai besoin de mes sets pour me plonger dans la musique et voir la réaction du public. Comme pour justifier le travail quotidien chez Kompakt. C’est pour cela que je travaille toute la semaine. Dans l’autre sens, je prends l’énergie du week-end pour la réinjecter dans mon travail au sein de la compagnie.

Après 20 ans de deejaying, as-tu toujours la même envie, la même curiosité ?

Je suis psychologiquement incapable de considérer le deejaying comme une routine. C’est toujours un challenge, je suis toujours nerveux avant de jouer. Je me dis souvent : « Mon Dieu, peut-être que ce soir je ne serai pas bon aux platines. » C’est assez sain de manquer de confiance en soi, cela t’oblige à travailler encore plus.

Il semble que dans tous les clubs où tu as joué, du Nitsa au Berghain, de Fabric au Robert Johnson, tu veuilles toujours amener avec toi un peu de Total Confusion, la soirée que tu organisais avec Tobias Thomas et Superpitcher à Cologne. Ressens-tu une pointe de nostalgie ?

Je ne suis pas nostalgique, mais quand je joue à Cologne, la vibe de Total Confusion me manque. Nous avons eu cette soirée hebdomadaire pendant neuf ans et certains principes de Total Confusion qui voyagent toujours avec moi : jouer all night-long et satisfaire mon amour des warm-up. C’est un concept que nous avons cultivé à l’extrême. Nous commencions toujours avec de l’ambient, jusqu’à une heure du matin, parfois même jusqu’à deux heures. Quand la salle était pleine, nous attaquions avec un kick et nous faisions lentement monter le rythme. Un warm-up est essentiel dans un club, il faut savoir accrocher la foule et créer une atmosphère, sans se précipiter. Il faut préparer son public. Deuxième principe, le prime time, extatique et énergique au possible, où on ne prend aucun prisonnier. Dernier principe, la fin de soirée, où tout peut arriver : disco, pop, n’importe quoi… À l’époque, nous devions fermer à six heures, c’était notre limite naturelle. La femme de ménage arrivait, vidait son seau sur la piste en criant sur tout le monde jusqu’à ce que la salle se vide. C’était la tradition, son arrivée marquait la fin de la soirée. Donc oui, ma façon de jouer a beaucoup à voir avec ces soirées.

Tu as déclaré un jour, je cite : “Le DJ a une certaine responsabilité. Il doit jouer une musique contemporaine et progressive et la combiner avec le passé. Il s’agit d’amuser le public, mais il doit rester subversif et jouer une musique que personne n’aurait imaginé écouter volontairement en club. Le DJ est à la fois un entertainer et un éducateur.” Le producteur Michael Mayer dans son studio doit-il peu ou prou respecter ce point de vue ?

Produire n’est pas si différent d’un DJ-set. Je suis un entertainer qui essaye de produire la musique qu’il voudrait jouer. C’est un peu comme si je remplissais les vides de mon DJ-bag. Pourquoi ne pas mélanger une techno raide avec de l’italo-disco ? J’aime bien piétiner les frontières.

Penses-tu à la manière dont va être jouée ta musique quand tu es en studio ?

Je pense à des situations, des moments où certains titres pourraient être joués, mais cela reste abstrait. J’essaye juste d’y induire l’intensité et l’atmosphère que j’aime sur les dancefloors.

Comment est né & ? J’ai cru comprendre que le déclencheur a été l’enregistrement avec Kölsch de la première référence de son label Ipso, Dogma 1 & Dogma 2 ?

C’est en partie vrai. J’ai fait beaucoup de collaborations dans ma vie, la plus importante restant Kompakt, j’aime travailler avec les autres, mais je traverse des phases. Mon deuxième album Mantasy est le fruit d’une période où je voulais tout faire tout seul, de la production à la tournée, où ce n’était que des sets all-night long. Je ne voulais pas partager la lumière. Pour &, ce fut l’exact opposé. Je voulais m’ouvrir aux autres. J’avais faim de nouvelles expériences et en conséquence, quand j’ai eu du temps de production bloqué sur mon calendrier et que j’ai commencé à réfléchir au concept de l’album, cela a été clair dès le départ que je voulais collaborer. Je ne me voyais pas enfermé seul en studio pendant six mois.

Produire un album entier de duos n’est pas une pratique très répandue dans le monde de la musique électronique…

Tu trouveras plus ce genre de concept dans le hip-hop, bien que l’on soit plus souvent dans le domaine du featuring. Or je ne voulais pas d’invités, mais une création commune de zéro. Je me suis mis à réfléchir aux collaborateurs possibles, et j’ai fini par dresser une liste, de plus en plus longue.

Comment as-tu sélectionné chaque participant ? Certains semblent évidents, comme Barnt, Andrew Thomas, Burger/Voigt & Voigt ou Gui Boratto, d’autres beaucoup moins, comme Miss Kittin, Joe Goddard de Hot Chip, Ed Mc Farlane de Friendly Fires, Prins Thomas…

La liste comptait exactement treize noms. Et je les ai tous eus dans mon studio, à l’exception d’un, complètement fou, qui était en train de finir son album. Mes critères de sélection étaient simples : ce sont des gens que j’adore depuis des années. Certains sont des amis, de vrais compagnons, d’autres de simples connaissances, mais je voulais être sûr d’avoir à mes côtés des gens compatibles avec moi émotionnellement. Je ne recherchais pas leurs qualifications techniques, je voulais être certain que leur présence en studio engendrerait une atmosphère créative. L’idée n’était pas juste de faire un track techno et de picoler, même s’il n’y a pas de mal à être saoul en studio. (rires) 

Quel était l’objectif ? De dépasser la signature sonore de chacun pour aboutir à quelque chose de neuf et cohérent ?

C’était le point critique de l’album. Je voulais éviter par tous les moyens que & sonne comme une compilation, mais qu’il s’écoute comme un album d’artiste. Je me suis arrangé pour que tout soit enregistré dans mon studio et j’ai toujours fait le premier pas : je créais des croquis sonores où je m’arrangeais pour incorporer un peu de ma perception de l’ADN de la personne assise en face de moi. Réunir des gens d’horizons différents était une bonne stratégie pour m’obliger à me dépasser. Collaborer, c’est échanger des idées et se laisser aller, un peu comme dans un b2b. Aux platines, tu as le contrôle total de ton mix, jusqu’au bouton silence qui est au bout de tes doigts. En b2b, tu es obligé de ne rien planifier, car tu ne sais pas ce que ton partenaire va jouer.

Personne n’a jamais traîné les pieds à l’écoute de ces croquis ?

Il n’y a pas eu trop d’irritation. J’essayais de les sortir de leur zone de confort. Des fois cela marchait, des fois non. Quand j’ai envoyé mes idées à Gui Boratto, c’était un groove disco bancal, et il est revenu vers moi en me disant qu’il ne pouvait pas travailler comme ça, que ce n’était pas assez carré. Ce n’est pas lui le Brésilien ? Il est censé aimer ce qui est bancal, mais non, ce doit être droit avec lui ! Il m’a renvoyé un fichier, et ainsi de suite jusqu’à sa venue à Cologne pour finir le morceau.

C’est d’ailleurs l’un des rares morceaux où l’on reconnaît la patte de l’invité…

Gui a un style de production très dominant. Tu reconnais tout de suite ses productions à la première boucle. J’ai essayé de rester souple et d’amener les gens dans la direction que je voulais. J’avais le dernier mot sur les morceaux, mais je ne suis pas assez control freak pour stopper un processus créatif en cours. Il faut comprendre ces collaborations comme des expériences culturelles, et ça n’aurait pas eu de sens de les freiner d’un coup. Kölsch est d’ailleurs un peu comme Gui Boratto, il a un style très particulier, reconnaissable. Mais avec lui, on a tout fait de zéro dans mon studio. J’ai donc pu le ralentir et éviter que cela ne devienne un morceau de Kölsch.

& a été aussi l’occasion de tester de nouvelles sonorités, comme ces scratches à la fin de “We Come To Party”. Qui aurait cru que Mayer et Flügel aimaient les scratches ?

C’était tout l’intérêt de ces sessions en studio. Allons-y et voyons ce qui en ressort. Avec Roman, nous partageons une histoire musicale commune. Quand il est venu au studio, la première chose qu’il a faite est de se plonger dans mes bacs de vinyles. Il est tombé sur des disques de 1989-1990, cette période qui a changé notre vie, quand nous avons donné notre âme pour cette nouvelle musique. L’un des maxis qu’il a sorti était un truc hip-house, et on s’est rappelé comme c’était bon. Le phénomène hip-house a très peu vécu et a disparu aussi vite qu’il est apparu, alors que la formule était magique. Et c’est pour ça que les scratches sont apparus sur ce morceau, à cause de ce disque que Roman a déniché dans l’un de mes bacs.

Sur “For You” avec Joe Goddard, tu as révélé ton côté lover…

(rires) Joe était le n°2 sur ma liste, cela faisait longtemps que je voulais travailler avec lui. Je suis un immense fan de son travail, de ses remixes et de ses productions solo. Nous partageons tous les deux une sorte d’intensité émotionnelle, mais il possède une pureté qui me fait craquer à chaque fois.

Combien de temps a duré l’enregistrement de l’album ?

Tout s’est étalé sur sept mois. Il y a eu une période intense, pendant laquelle j’ai créé les esquisses des morceaux. Puis une deuxième période tout aussi intense où j’ai fait venir mes invités à Cologne. C’était du type lundi, Miss Kittin, mercredi, Roman Flügel, jeudi Joe Goddard et ainsi de suite. Mais ce qui m’a vraiment pris le plus de temps, c’est la post-production, où j’ai dû en gros nettoyer le bazar que nous avions créé. Comme le temps en studio était limité à une, voire deux journées seulement, les morceaux n’avaient pas leur forme finale à la fin de la session. Il m’a fallu éditer, mixer… C’est à cette étape que j’ai donné aux morceaux la cohérence qui m’a permis d’éviter le piège de la compilation. Et pour la première fois de ma vie, j’ai fait mastériser l’album hors de nos murs. Je suis d’habitude très fier de tout faire en interne, mais quand j’ai réalisé quel monstre j’avais créé et la quantité de travail qui m’attendait, j’ai décidé de faire le mix final ailleurs, pour ne pas devenir fou, le mastering étant l’étape la plus délicate.

Tous les invités sont venus enregistrer dans ton studio sur ton matériel ?

Tous, à part Hauschka, qui vit à Düsseldorf et qui n’a jamais mis les pieds ici malgré la demi-heure de train que cela lui aurait pris. Il a une bonne excuse, son instrument de prédilection est le piano, et pas n’importe quel piano, un piano préparé. Impossible de le déplacer ou même le faire entrer ici, donc chacun a enregistré dans son coin et nous avons échangé des fichiers. J’ai dû faire de même avec Andrew Thomas, qui vit en Nouvelle-Zélande.

Tu n’as jamais eu peur pendant la conception de ce monstre que quelque chose tourne mal ?

Bien sûr. Tout n’a été que montagnes russes nerveuses. Quand nous avons livré le master à !K7, j’étais prêt à… comment dire… Je voulais mourir. (rires) Mais malgré le stress de l’organisation, la peur que les sessions ne débouchent sur rien, tout s’est merveilleusement bien déroulé. Et puis est arrivée la tuile. Juste quand tu penses que plus rien ne peut arriver, tu apprends la veille de la livraison du master à !K7 que le sample autour duquel « Und Da Stehen Fremde Menschen », le titre avec Barnt, est construit n’a pas été clearé. Ni par mon équipe, ni par celle de !K7. Je te laisse imaginer la panique. On a commencé les recherches, pour découvrir que les membres de ce groupe de prog-rock est-allemand du nom de Stern Meissen étaient tous morts. On a essayé de trouver leurs enfants, jusqu’au moment où quelqu’un de Sony nous a guidé dans la bonne direction et gère les droits avec Amiga, le label d’origine. Je n’avais samplé qu’une phrase et je ne pensais pas que ce serait si compliqué. Mais le morceau n’aurait pas eu le même sens sans cette phrase, que l’on peut traduire par « et tout d’un coup des étrangers se sentent proches de moi ». Elle définit à la perfection ce qui m’arrive chaque week-end quand je joue et que d’un coup, je me sens proche d’une salle pleine d’étrangers grâce à la musique.

Pourquoi & sort-il chez !K7 et non chez Kompakt ?

Enfin quelqu’un pose LA question ! J’ai pris cette décision pour des raisons très simples. Pour la première fois depuis 1998, je ne voulais pas être mon patron de label, mon directeur artistique, mon distributeur, mon responsable marketing et promotion. Quand j’ai sorti Mantasy, quelque chose a sonné faux pour la première fois et j’en ai souffert. C’est bien d’avoir le contrôle total sur toutes les étapes, mais trop de pression pèse sur tes épaules. J’ai choisi de n’être « qu’un artiste » pour ce qui est mon disque le plus personnel. Prendre cette décision a été une libération, même s’il a fallu l’expliquer à certains artistes de la maison et que des rumeurs ont circulé. Rassurez-vous, j’aime Kompakt, j’y publierai encore des disques.

C’est une question impossible, mais y a-t-il un titre de & que tu es particulièrement heureux d’avoir réussi ?

Mais je ne peux pas répondre à ça ! Bon, si l’on compte en nombre d’heures de travail, « La Compostela », enregistré avec Hauschka, est le plus complexe de tous. À l’exception du kick drum et du petit breakbeat, l’ensemble du morceau vient de son piano préparé. C’est assez impressionnant. Une touche sonne comme une guitare, une autre comme un hi-hat, une troisième comme une grosse caisse, etc. En termes d’editing, ce fut de la folie. Il m’envoyait une piste, je la remontais à ma sauce, je lui renvoyais, et là il me rajoutait 20 minutes de musique par-dessus. C’était un puzzle gigantesque.

Je trouve que tes morceaux ne sont jamais aussi réussis que lorsqu’ils sont chantés. À quand un album 100 % vocal ?

C’est une jolie idée, car j’aime travailler avec les vocaux. Ce pourrait être un challenge pour l’avenir. Hélas, dans ce genre de projet, il faut donner des concerts. J’ai fait quelques lives avec Superpitcher pour le projet SuperMayer et je me suis très vite ennuyé, car on jouait toujours les mêmes dix/douze titres. Ce n’est pas pour moi. Quand tu es DJ, avec toute la musique du monde à ta disposition, tu ne peux pas te contenter d’une poignée de titres à jouer.

Quelle comparaison peux-tu dresser entre Touch, Mantasy et & ?

Touch date de l’époque où j’étais à 200 % sur Kompakt et je n’ai pu dégager que trois semaines pour l’enregistrer. J’y ai compilé mes singles, intégré des inédits et Touch a pris forme. Je ne le considère pas comme un véritable album. Pour Mantasy, j’ai pris le temps nécessaire à réaliser ce que j’avais en tête. La beauté de & est que ces collaborations m’ont donné carte blanche et m’ont dégagé de tout autre concept musical.

Penses-tu que l’on puisse présenter cet album comme une introduction au son de Kompakt ? Que tu le veuilles ou non, tu incarnes pour beaucoup de monde l’image de Kompakt. Et & contient toutes vos obsessions musicales communes à Kompakt et à toi : l’ambient, la pop, le 4/4 rêveur, le krautrock, les motifs répétitifs…

Je ne me juge pas assez important pour penser personnifier Kompakt une minute. Kompakt est beaucoup plus que ce seul album, même si & peut être une porte d’entrée comme une autre au son du label. Ceci dit, c’est assez normal de retrouver les marqueurs sonores de Kompakt dans &. Je ne suis pas schizophrène. Celui qui a produit ce disque est le même qui a le dernier mot quand il s’agit de choisir la musique à sortir sur le label.

& (!K7 Records), sorti le 28 octobre

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