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Phoenix et Philippe Zdar Zdar © Cédric Bertrand
18 décembre 2020

Motorbass : la folle aventure du studio de Zdar (mais pas que)

par Tsugi

Disparu en juin 2019, Philippe Zdar avait fait renaître le studio d’enregistrement du 84 de la rue des Martyrs à Paris, où s’étaient croisés depuis 40 ans Serge Gainsbourg et Kanye West, Étienne Daho et Michou, Jean-Paul II et François Feldman. Récit de cette folle aventure avec les différents propriétaires, des ingénieurs du son et plusieurs artistes qui y ont enregistré, comme Charlotte Gainsbourg, Phoenix et Sébastien Tellier.

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Par Olivier Pernot

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Porte d’entrée du studio Motorbass ©DR

« Après le décès de Philippe, avec Angelica, sa fille aînée, ma belle-fille, nous nous sommes fait le serment de garder le studio, raconte Dyane de Sérigny, la compagne de Zdar. Nous voulons qu’il diffuse la vision et la beauté de Philippe. Cet endroit le représente dans ses moindres détails : les machines, les instruments, les lampes, les couleurs, le café, la machine à thé… » Pour Zdar, le Motorbass Recording Studio était l’investissement d’une vie, le prolongement de son parcours d’ingénieur du son talentueux, l’aboutissement de sa vision du son. Avant de devenir sa « maison », l’espace a déjà eu plusieurs vies. D’autres passionnés avaient fait vivre ce lieu. À commencer par Jean-Claude Tahar, son créateur. Musicien, ingénieur du son, passionné d’enregistrement, il est le fondateur du magasin d’instruments Star’s Music. Quiconque a déjà mis les pieds sur le boulevard de Clichy à Paris a vu la succession de boutiques de cette marque qui trône sur cet axe. Huit magasins et même un espace DJ. Un empire de la guitare et du clavier.

« En 1976, j’ai commencé par monter une toute petite boutique rue de Calais, avec un petit studio d’enregistrement dans la cave », se souvient Jean-Claude Tahar. Les affaires marchent bien dans ce milieu des années 1970 où le rock est florissant et où apparaissent les premiers synthétiseurs. Au bout d’un an et demi, en décembre 1977, le magasin Star’s Music déménage sur le boulevard de Clichy. « Comme je n’avais plus de studio d’enregistrement, je cherchais un local, par les petites annonces. Après quelques mois de recherches, je tombe sur un gymnase rue des Martyrs. Au numéro 84. C’était une salle où se pratiquait l’aïkido. Une salle coincée entre quatre immeubles, qui utilisait d’ailleurs les murs des immeubles autour et avait donc juste un toit. J’ai racheté cet espace de 250 m2 pour en faire le studio Star’s Music. »

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Jean-Claude Tahar au Studio Star’s Music ©DR

Le magasin d’instruments du boulevard de Clichy rencontre un énorme succès. Alors Jean-Claude Tahar veut se faire plaisir et décide de construire un studio extraordinaire. Il fait appel à l’architecte acousticien américain Tom Hidley, qui est la star des studios d’enregistrement. Ingénieur du son des années 1960, il a enregistré des jazzmen (Oscar Peterson, Coleman Hawkins) pour le mythique label Verve Records, puis les Mothers Of Invention de Frank Zappa. Tom Hidley a élaboré quelques-uns des plus beaux studios au monde : Westlake Studios à Los Angeles, Record Plant à Los Angeles et à New York, Mountain Studios à Montreux, The Manor près d’Oxford, etc. Il a travaillé également sur le Studio Davout ou le Studio Guillaume Tell à Paris. La construction du studio Star’s Music est un défi technique. Il a fallu construire une « boîte », le studio, dans cet espace de l’ancien gymnase, avec des murs et une dalle flottante. De sorte que cela crée une isolation avec l’extérieur, afin notamment que les musiciens puissent venir y enregistrer la nuit. Tom Hidley travaille en particulier sur la cabine d’enregistrement (control room) avec des matériaux nobles, bois et pierre. Ce qui lui assure une isolation acoustique complète.

Après un an de travaux, le studio Star’s Music ouvre ses portes en novembre 1979. « Aux débuts, je louais le studio clé en main aux maisons de disques, notamment au label AB Productions, qui à l’époque lançait Dorothée et est venu enregistrer notamment des musiques de Jean-Pierre Stora pour un disque de poèmes lus par le Pape Jean-Paul II (mais les prises de voix ont été réalisées en Italie). Michou, dont le cabaret est un peu plus bas dans la rue des Martyrs, est venu aussi enregistrer des bandes musicales pour ses spectacles.» De son côté, Jean-Claude Tahar enregistre plusieurs projets, en particulier la chanteuse jazz Abbey Lincoln et le chanteur disco funk Yann Linhart. Malheureusement le succès ne vient pas. «J’avais beaucoup d’espoir sur Yann Linhart, mais ça n’a pas fonctionné. Je me suis découragé», raconte aujourd’hui le créateur du studio, qui va se lancer par la suite dans l’informatique.

 

Studio Continental - Dominique Blanc-Francard en 1982

Studio Continental – Dominique Blanc-Francard en 1982 ©DR

Les années Continental

« À cette époque, les home studios n’existaient pas. À Paris et en banlieue, il y avait une trentaine de studios. La concurrence était féroce. » – Dominique Blanc-Francard

En 1981, Tahar décide de louer son studio à Dominique Blanc-Francard (le père d’Hubert et Mathieu Blanc-Francard, futurs Boombass et Sinclair). À cette époque, c’est un ingénieur du son réputé. Il a travaillé avec Michel Magne au Château d’Hérouville et enregistré Pink Floyd, Grateful Dead, Jacques Higelin ou encore Elton John. « Quand je suis arrivé au studio, je l’ai trouvé très beau, se souvient Dominique Blanc-Francard. C’était un studio à l’américaine, comme il n’en existait pas à Paris. Jean-Claude Tahar gagnait beaucoup d’argent avec la vente d’instruments, mais il ne savait pas se servir de son studio… C’était devenu une charge. À cette époque, les homes studios n’existaient pas. À Paris et en banlieue, il y avait une trentaine de studios. La concurrence était féroce. »

Au printemps 1981, Dominique Blanc-Francard et son associé Didier Lozahic le rebaptisent Studio Continental. L’objectif est d’en faire une usine à tubes. En quelques mois, il enregistre et/ou mixe des morceaux qui deviennent des succès : « Chacun fait (c’qui lui plaît) » de Chagrin d’Amour, « Il est libre Max » d’Hervé Cristiani, « Paris Latino » de Bandolero, « Cœur de Rocker » de Julien Clerc, « Kalimba De Luna » de Dalida, etc. « C’était le début de la FM en France, avec les radios libres depuis 1981. Musicalement, il y avait l’arrivée des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, des ordinateurs. Nous étions en pleine révolution musicale et technologique. » En dehors des 45 tours, plusieurs albums importants sont enregistrés ou mixés au Studio Continental, réalisés par de jeunes artistes (Étienne Daho, Jeanne Mas, Buzy) ou des artistes plus confirmés (Cerrone, Sheila, Kassav’).

« Nous étions en pleine révolution musicale et technologique. »

L’autre grand nom à avoir mis les pieds à Continental, c’est Serge Gainsbourg. Il vient y enregistrer les voix et mixer deux albums, celui d’Isabelle Adjani, avec le hit « Pull marine », puis Baby Alone In Babylone de Jane Birkin. La venue de Gainsbourg va d’ailleurs débloquer une situation tendue. Le gardien de l’immeuble du 84 rue des Martyrs, Maurice, fatigué du va-et-vient des musiciens, est plutôt en mauvais termes avec l’équipe du studio. Mais quand Monsieur Gainsbourg débarque, Maurice est aux anges. « Un jour, Gainsbourg et lui sont allés picoler au bar du coin. Ils avaient même fait une joute alcoolique et Gainsbourg l’a plié. Après ça, il demandait tout le temps quand Monsieur Gainsbourg allait revenir ! »

En 1984, malgré les hits, les charges du studio Continental deviennent insurmontables et l’équipe de Dominique Blanc-Francard accumule les loyers impayés. Jean-Claude Tahar se fâche et fait changer le verrou du studio. Les locataires sont expulsés durant l’été 1984 et Christian Gulluni, propriétaire du studio Musika, situé à proximité dans le passage des Abbesses, reprend les rênes. D’abord comme locataire puis comme propriétaire à partir de 1988. Rebaptisé Musika, le studio de la rue des Martyrs accueille des grands noms de la variété de l’époque comme Francis Lalanne, Patricia Kaas, François Feldman ou Guesch Patti, et d’hier comme Michel Fugain, Dick Rivers ou Michel Polnareff. « Cette période était un âge d’or, raconte Christian Gulluni. Les maisons de disques n’hésitaient pas à financer deux ou trois mois de studio pour la réalisation d’un album. » Quelques tubes accrochent les premières places du Top 50, nouvellement lancé : « Tout doucement » de Bibie, «Partenaire particulier » de Partenaire Particulier ou « N’importe quoi » de Florent Pagny.

 

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BoomBass, Mike D et Philippe Zdar ©DR

Cassius 99

Une jeune génération d’artistes électroniques parisiens commence aussi à fréquenter Musika. Parmi eux, Air pour le single « Kelly Watch The Stars », Dimitri From Paris et Cassius, qui vient y mixer son tout premier single « Cassius 99 ». Philippe Zdar débarque donc dans ce studio avec Cassius au moment même où Christian Gulluni veut retourner vers Lyon, sa région de cœur. « Je me souviens que la maison de disques Virgin avait encouragé Zdar à acheter le studio car il s’y sentait bien. Je lui ai donc revendu Musika en 2001. » Pour Zdar, ce studio est une opportunité et aussi un sacré challenge. Il va être son repaire, sa maison. Un endroit de passion pour s’exprimer, en tant que musicien, mixeur et producteur, et aussi un lieu d’accueil de ses amis, de ses proches, de sa famille musicale. Dans une interview réalisée pour Trax il y a une dizaine d’années, il confiait : « J’y ai mis toutes mes économies. À la fin, il me restait juste de quoi acheter une porte blindée et le studio est resté fermé pendant un moment. » Jeff Dominguez, son ami depuis l’adolescence à Aix-les-Bains, également ingénieur du son, se souvient : « Je crois qu’il a fait une super affaire. Mais il fallait voir dans quel état était le studio. Il avait vieilli depuis son âge d’or des années 80. Il fallait refaire l’acoustique, réviser la console. » Ce que confirme Zdar dans une interview de 2011 : « Depuis dix ans, je fais le DJ pour pouvoir finir de payer le studio et l’aménager. »

« Depuis dix ans, je fais le DJ pour pouvoir finir de payer le studio et l’aménager. »

Le premier musicien à s’installer dans ce studio qui n’a pas encore de nom est Sébastien Tellier. « Pour mon deuxième album, je cherchais un lieu de travail, car à l’époque, j’habitais un très petit appartement, sans fenêtre… Zdar allait faire des travaux, il pouvait me louer son studio. J’y suis resté un an, peut-être un an et demi, jour et nuit. » Marc Teissier du Cros, label manager de Record Makers, dans le documentaire de François Valenza Sébastien Tellier : Many Lives, complète : « Dans le studio, qui était en ruines, Sébastien avait installé sur un tréteau un ordinateur et de quoi enregistrer de manière un peu rudimentaire. Il a fait tout l’album là-bas, tout seul. » Tellier garde un souvenir impérissable de ces répétitions/ enregistrements : « Il y avait des problèmes d’électricité, plusieurs prises ne marchaient pas. Alors j’avais branché mon matériel – ordinateur, synthé, table de mixage – et juste une lampe. C’était sinistre. Dans cette ambiance lugubre, des souris sont arrivées ! Quand je dormais sur place, je me couchais sur mon piano électrique, un Yamaha CP-80, pour qu’elles ne me grimpent pas dessus. » De ce chaos va sortir l’album Politics.

 

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Thomas Mars de Phoenix ©DR

Re-construire le studio

« Il y avait de la laine de verre sur les murs, pas de climatisation, pas de chauffage, pas de toilettes. Les conditions étaient extrêmes, mais c’était génial ! » – Christian Mazzalai (Phoenix)

Ce n’est qu’à l’occasion de l’album Wolfgang Amadeus Phoenix de Phoenix, enregistré dans les murs quelque temps après, que Zdar va baptiser le lieu Motorbass Recording Studio. Un disque qui va être déterminant, à double titre : il va permettre de finir l’installation du studio et apporter une reconnaissance internationale à Philippe Zdar. « Nous étions allés dans plusieurs endroits pour commencer notre quatrième album, se souvient le guitariste du groupe Christian Mazzalai. Le studio de Philippe n’était pas encore opérationnel, alors nous l’avons loué pour répéter. Finalement, nous sommes restés près d’un an et demi. Il était en pleine rénovation. Il y avait de la laine de verre sur les murs, pas de climatisation, pas de chauffage, pas de toilettes. Les conditions étaient extrêmes, mais c’était génial ! » Thomas Mars, le chanteur de Phoenix, complète : « Nous avions eu l’occasion de travailler dans des grands studios, comme le Sound Factory et le Sunset Sound à Los Angeles, c’est la démesure américaine avec des disques d’or partout aux murs. Tu étouffes, c’est anxiogène. À Motorbass, le groupe repartait de zéro et c’est un peu comme si nous construisions ce studio ensemble avec Philippe. La console SSL n’était d’ailleurs même pas encore rebranchée. »

Dans cet espace en chantier, Zdar vient régulièrement, pour suivre les rénovations. Ce qu’il racontait lors d’une interview à Trax : « Les mecs de Phoenix me faisaient écouter une bribe de morceau. Quelques secondes. Puis, je disais : “Vous devriez faire ça !” Je ne peux pas m’empêcher de dire un truc. Un jour, nous sommes allés au café ensemble et ils m’ont demandé si je voulais devenir le premier coréalisateur d’un album de Phoenix. C’était solennel, émouvant, et j’ai dit : “Si j’ai le droit d’être en retard et de continuer à vivre ma vie, alors OK, je le fais !” » Thomas Mars se souvient : « Zdar est dur à attraper. Mais quand tu l’as, il te donne tout et il te porte. »

Zdar finit par mixer l’album dans le studio qui est presque prêt. La location payée par Phoenix et l’aide financière de plusieurs amis ont permis de le mettre enfin en état de marche. Philippe y a apporté un soin particulier, s’entourant du designer Gérard Pibiri et respectant le travail originel de Tom Hidley. Il fait ainsi venir des matériaux rares pour finaliser la control room : pierres de l’île d’Hawaii ou de l’île de Java, bois de Californie, etc. Wolfgang Amadeus Phoenix sort en mai 2009. Le parcours du disque est fulgurant, particulièrement aux États-Unis où il se vend à plus de 700 000 exemplaires. Le groupe est alors nommé aux Grammy Awards et remporte le prix du meilleur album alternatif. Les quatre Versaillais ramènent de Los Angeles un trophée à leur ami Philippe où est gravé « Producer/Mixer ». Dès lors, les demandes affluent. Mais Zdar refuse la plupart des propositions. Sauf celle des Beastie Boys, dont il mixe l’album Hot Sauce Committee Part Two à New York.

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Grammy Awards © Goledzinowski

À plein régime

Au Motorbass Recording Studio désormais opérationnel, les projets s’enchaînent, alternant groupes reconnus (Cat Power, The Rapture, Metronomy, Kele de Bloc Party, OneRepublic, Franz Ferdinand, Hot Chip) et artistes émergents que Zdar a envie de soutenir (Two Door Cinema Club, Housse de Racket, Kindness, Adam Kesher, MelTones). Au fil du temps, Philippe a pris sous son aile des jeunes ingénieurs du son : il leur a appris le métier, comme lui l’a découvert auprès de Jean-Philippe Bonichon et Dominique Blanc-Francard. « J’aime transmettre mon savoir-faire aux plus jeunes, car l’art de l’enregistrement disparaît peu à peu. Je veux que le Motorbass Recording Studio soit comme une école, un endroit où la passion et l’expérience se partagent ! », confiait-il. Cette « Zdar Academy » réunit Florent Livet, Julien Naudin, Bastien Vandevelde et Antoine Poyeton. Tous ont commencé « tea boy », celui qui amène les cafés, qui observe et ne dit rien, avant de devenir assistants et de participer aux projets du chef Zdar. « Il était précis et exigeant, avec lui comme avec les autres », se souvient Julien Naudin (décédé il y a quelques semaines). « Il avait une manière différente d’aborder la musique et d’en parler, renchérit Antoine Poyeton. Il la décrivait de manière imagée, littéraire. Il en a une vision moins technique et plus romancée, comme un artisan, comme un peintre. Il parle d’air, de relief, etc. » Tous gardent un souvenir fort de leur passage en ces lieux.

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Console SSL © Goledzinowski

Au fil du temps, Zdar réunit au Motorbass Recording Studio une impressionnante collection de machines vintages (équaliseurs, compresseurs, magnétos à bandes…), autour de la pièce maîtresse, la console analogique Solid State Logic 4000 E datant de 1983. Celle qui fut installée du temps du Studio Continental. Zdar a même tout prévu. « Un jour, la BBC a vendu la même table, pas très chère, confiait-il. Je l’ai achetée et mes assistants ont démonté toutes les pièces, puis ils les ont méticuleusement référencées et rangées une par une. Du coup, j’ai une seconde table en pièces détachées et dès qu’il y a un pépin, nous pouvons puiser dans cette réserve. La maintenance, c’est le nerf de la guerre dans un studio d’enregistrement ! »

Motorbass tourne rapidement à plein régime, mais cela reste avant tout le studio de Zdar. Avec son frère d’armes synthétiques Boombass, il y a peaufiné plusieurs disques de Cassius : le maxi The Rawkers EP, avec le hit « I <3 U So », et les albums Ibifornia et Dreems. Il y a aussi enregistré un album solo qui n’est finalement jamais sorti. Seul le morceau « Don’t U Want » sera publié par le label Turbo et un autre, « Rock Number One », se retrouvera sur l’album 15 Again de Cassius. « C’était un sacré bon album ! », commente Jeff Dominguez qui a participé à l’enregistrement. Le studio accueille principalement les amis de Zdar : Gaspard Augé et Mr Oizo y mixent la bande originale du film Rubber, Phoenix investit les lieux de nouveau pour son album Bankrupt!, Étienne Daho vient y finaliser Places, le premier album de Lou Doillon, Justice y enregistre une partie de Woman, Christophe vient hanter les nuits pour son album Les Vestiges du Chaos, et enfin, M prend régulièrement ses quartiers rue des Martyrs (pour ses longs formats Lamomali et Lettre infinie). L’endroit est très peu loué sauf récemment pour le rappeur Lomepal qui est venu y enregistrer le concert/documentaire 3 Jours à Motorbass. En dehors des artistes qui y travaillent, d’autres passent une tête à Motorbass, comme les amis de Daft Punk ou encore la méga star américaine Kanye West.

« C’était en mars 2011, précise Pedro Winter. L’ingénieur du son américain Noah Goldstein est venu faire un mix du morceau “Why I Love You” que Kanye avait produit avec Jay-Z. Zdar avait fait aussi son propre mix. » Ce morceau sample d’ailleurs le « I <3 U So » de Cassius. « Quelques jours plus tard, Kanye West est passé au studio pour écouter les deux versions. Malheureusement, il en choisit encore une autre pour mettre sur l’album. » Deux autres noms importants du rap américain sont venus au studio, les ingénieurs du son Stuart White et Young Guru. À Motorbass, ils ont supervisé le mix de deux morceaux de Beyoncé et Jay-Z réunis sous l’alias The Carters (les titres « Apeshit » et « Summer »). Mais le couple royal du hip-hop US n’est pas venu en personne rue des Martyrs.

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Magnéto © Goledzinowski

L’âme de Motorbass

« À Motorbass, il y a une vibe particulière. Il y a des lieux comme celui-là où peuvent se passer des instants magiques, des instants de grâce. »

Charlotte Gainsbourg est aussi une habituée de l’endroit, fréquenté par ses parents trois décennies plus tôt : « On recherche toujours un endroit magique quand on enregistre des voix. On veut être dans les meilleures conditions. À Motorbass, il y a une vibe particulière. Il y a des lieux comme celui- là où peuvent se passer des instants magiques, des instants de grâce. » Julien Naudin se souvient d’une anecdote étonnante : « C’était un soir, vers 23 heures, dans l’intimité du studio. Charlotte Gainsbourg était fatiguée. Elle était seule dans la grande salle et les lumières se sont éteintes, puis rallumées toutes seules. Cela s’est produit deux fois. C’était étrange. Comme si son père lui envoyait un message. De toute façon, ce studio a une âme ! »

Aujourd’hui, Philippe Zdar n’est plus là, depuis sa disparition tragique en juin 2019. Sa compagne, Dyane de Sérigny fait vivre le studio. Depuis un an, les copains musiciens sont venus y enregistrer : Phoenix pour un titre qui sera le générique du prochain film de Sofia Coppola, Gaspard Augé pour son album solo, Keren Ann, Pharrell Williams, SebastiAn… et aussi des nouveaux comme Christine And The Queens, Julien Doré, Juliette Armanet et Royal Blood. Elle aimerait aussi monter des événements filmés dans le studio, comme celui de Lomepal, et réfléchit avec l’organisateur de Mix With The Masters à la mise en place de masterclasses avec les artistes de la famille Motorbass. Justice est déjà d’accord pour participer à la première. Un label Motorbass et des ateliers pour les enfants sont aussi envisagés. « Philippe avait cette volonté de transmettre comme lui-même on lui avait transmis ce métier d’ingénieur du son, cette passion. » Et son « père » de son, Dominique Blanc-Francard de conclure : « Son studio, Philippe en a fait un musée du son avec du matériel vintage. C’est un endroit démentiel ! »

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Lou Douillon, Etienne Daho et Philippe Zdar /©DR

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