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©Alice Moitié
30 avril 2021

đŸ€ Myd : « J’aime bien ĂȘtre Ă  poil ; je me suis mis Ă  nu avec ce disque. »

par Alexis Bernier

À l’occasion de la sortie aujourd’hui de son premier album Born A Loser sur Ed Banger, rencontre avec Myd, un drĂŽle d’animal.

AprĂšs la fermeture (provisoire ?) du Club Cheval, Quentin Lepoutre, alias Myd, a trouvĂ© refuge sur Ed Banger pour une sĂ©rie de maxi house-pop qui se prolongent aujourd’hui avec le trĂšs rĂ©ussi Born A Loser. Un album rafraĂźchissant comme un cocktail en Ă©tĂ©, ce qui n’empĂȘche pas une goutte de mĂ©lancolie. DĂ©concertant de gentillesse et de simplicitĂ©, il est au naturel comme dans ses clips, mais s’il s’est mis Ă  nu durant cet entretien, c’est uniquement au figurĂ©.

« Franchement, c’est un rĂȘve de gosse d’ĂȘtre sur Ed Banger. »

On t’a connu au sein d’un groupe, Club Cheval, qu’est-ce qui t’a poussĂ© Ă  te lancer dans l’aventure de l’album solo ?

En rĂ©alitĂ©, j’ai toujours eu un projet solo. Club Cheval a Ă©tĂ© montĂ© sur ce principe, quatre individus avec des univers trĂšs diffĂ©rents qui s’associent sans occulter leur vocation solo. Mais rapidement Club Cheval a pompĂ© toute notre Ă©nergie et nos projets en solitaires sont passĂ©s au second plan. Nous n’avions plus le temps. D’autant qu’on passait toute notre vie ensemble. Et puis, une fois l’album sorti en 2016, on s’est donnĂ© un peu temps pour rependre en main nos diffĂ©rents projets. À tel point que quand on a tentĂ© de travailler ensemble Ă  nouveau, cela ne marchait plus de la mĂȘme maniĂšre. Chacun proposait des choses qui ressemblaient Ă  ce qu’il faisait en solo. On ne retrouvait plus l’identitĂ© Club Cheval. Si le groupe doit renaĂźtre, ce sera uniquement quand nous aurons chacun fait le tour de nos possibilitĂ©s en solo.

Il s’est passĂ© peu de temps entre la sortie de l’album de Club Cheval en 2016 et le maxi All Inclusive en 2017, qui est le point de dĂ©part de ce disque. Et tu as vite trouvĂ© ce que tu avais envie de raconter avec Myd ?

Cela faisait un moment que j’avais en tĂȘte un mĂ©lange entre la musique que j’écoutais chez moi, c’est-Ă -dire du folk et de la pop indie, et mes influences house, notamment celles de la french touch. J’avais envie de guitare. Le point de dĂ©part de All Inclusive et de cet album solo est le remix que j’ai fait de « Ibifornia » pour Cassius. Je les ai dĂ©marchĂ©s en leur disant : « Laissez-moi faire, j’ai une idĂ©e. » C’est comme ça que j’ai travaillĂ© pour la premiĂšre fois avec un guitariste et que j’ai enregistrĂ© ce son de corde un peu « crunchy ». Ce remix Ă©tait aussi une maniĂšre de faire un appel du pied Ă  Pedro pour lui dire que j’avais envie de travailler avec Ed Banger. Mais quand le maxi All Inclusive est sorti, jamais nous n’avions imaginĂ© que « The Sun » allait avoir autant de succĂšs.

« Si le groupe doit renaßtre, ce sera uniquement quand nous aurons chacun fait le tour de nos possibilités en solo. »

Ed Banger Ă©tait la seule maison de disques avec qui tu voulais travailler ?

Myd

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J’ai toujours aimĂ© travailler en famille. Club Cheval Ă©tait une famille, les labels Bromance et Marble aussi. Jamais, pour ma musique en solo, je n’ai eu de relations uniquement « professionnelles » avec mes labels. Des maisons de disques « familiales », capables de me laisser composer en toute libertĂ© une musique aussi hybride, il n’y en a pas beaucoup. Franchement, c’est un rĂȘve de gosse d’ĂȘtre sur Ed Banger.

Tu dis que ta musique n’entre pas dans les cases. Comment est-ce que tu la dĂ©finis toi-mĂȘme ?

Pour moi, c’est juste de la musique Ă©lectronique. D’abord parce que j’utilise le sampling et que la plupart de mes morceaux sont plutĂŽt dansants. C’est de la musique Ă©lectronique « indie », c’est-Ă -dire de la dance music artisanale et non calibrĂ©e.

 

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ConcrÚtement, comment as-tu réalisé ce disque ?

J’ai d’abord fait des maquettes dans mon studio que j’avais dĂ©pouillĂ©es Ă  l’extrĂȘme pour ne pas ĂȘtre polluĂ© par des machines inutiles. Ensuite j’ai fait les maquettes en jouant la guitare moi-mĂȘme. Avant d’inviter des guitaristes Ă  rejouer mes parties. Quant Ă  la voix, la plupart du temps c’est la mienne.

On sent l’influence de Metronomy sur certains titres, j’imagine que tu ne la renieras pas ?

Tout Ă  fait. C’est de la pop fait de bric et de broc. Jamais parfaite, jamais lisse, mais vivante. J’ai besoin qu’il y ait des accidents durant l’enregistrement, que la musique conserve une dimension bricolĂ©e pour qu’elle reste Ă©mouvante.

« Il y a toujours un accord triste qui vient te dire « n’oublie pas que cette musique a Ă©tĂ© composĂ©e par un Français romantique ». »

Le terme t’agacera peut-ĂȘtre, mais il y a un cĂŽtĂ© « feel good » dans ce disque, c’est un album euphorisant je trouve. Avais-tu la volontĂ© de faire une musique qui rende heureux ?

Je ne dirais pas que c’est une volontĂ©. En tant que musicien, j’ai commencĂ© Ă  me sentir heureux quand j’ai arrĂȘtĂ© de me dire « il faut que fasse ceci ou que ma musique sonne comme cela ». Cela va peut-ĂȘtre paraĂźtre un peu simplet, mais je suis quelqu’un qui aime vraiment le soleil, la nature, la plage, les vacances. En Ă©crivant « The Sun », je ne me suis pas dit : « Il faut que je fasse une chanson qui va Ă©voquer l’étĂ© et les vacances. » C’est venu beaucoup plus naturellement. Si, tous les Ă©tĂ©s depuis 2017, on a un pic d’écoute de « The Sun », c’est parce que les gens trouvent que ce morceau leur Ă©voque des choses agrĂ©ables. Cette Ă©motion solaire est celle que je ressentis moi-mĂȘme en Ă©crivant le morceau. Je ne calcule pas. De toute maniĂšre, je n’ai pas une personnalitĂ© « dark » et cela s’entend dans ma musique. Ce qui n’empĂȘche pas qu’elle ait aussi une dimension mĂ©lancolique. C’est trĂšs français, cette touche de mĂ©lancolie. La pop française, que ce soit celle de Michel Berger ou des Daft Punk, n’est jamais unidimensionnelle. Elle n’est jamais uniquement heureuse, il y a toujours un accord triste qui vient te dire « n’oublie pas que cette musique a Ă©tĂ© composĂ©e par un Français romantique ». C’est aussi valable pour ma propre musique.

 

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Myd

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Tu es fan de Michel Berger ?

Oui, bien sĂ»r. Ce sont des Ă©motions qui me parlent, c’est de la musique que j’écoute.

L’humour me semble trĂšs prĂ©sent dans ton disque, mais aussi dans tes visuels. On a l’impression que tu ne veux surtout pas te prendre au sĂ©rieux
 Mais est-ce que ce n’est pas un piĂšge de s’enfermer dans une image un peu comique ?

Oui, c’est vrai, j’ai dĂ©cidĂ© que mes blagues allaient faire partie de mon projet musical. Ma musique me ressemble, elle est 100 % ce que je suis. Mais c’est une question de dosage, si tu dĂ©cides d’ĂȘtre rigolo, il faut que ta musique soit faite avec d’autant plus de sĂ©rieux. Sous prĂ©texte que le clip est drĂŽle, il ne faut pas transiger sur la qualitĂ© de la musique.

« J’ai Ă©tĂ© un Club Cheval durant six ans, je n’étais pas malheureux, mais aujourd’hui j’en suis libĂ©rĂ© et je laisse s’exprimer une autre facette de moi-mĂȘme. »

Quand on regarde les photos de presse de l’album de Club Cheval, oĂč tu avais un look particuliĂšrement austĂšre, et celles de ce disque, on se demande si on a affaire Ă  la mĂȘme personne. Qui est le vĂ©ritable Myd ?

Les deux. À l’époque ma vie Ă©tait entiĂšrement dĂ©vouĂ©e Ă  Club Cheval. Ce n’est pas pour rien si notre album s’est intitulĂ© Discipline. Durant six ans nous avons dĂ©cidĂ© de nous consacrer entiĂšrement Ă  ce projet, en nous astreignant Ă  passer nos vies en studio pour travailler sans relĂąche Ă  un album. Cela demandait de faire beaucoup de concessions et aussi qu’on nous identifie en tant que groupe. J’ai Ă©tĂ© un Club Cheval durant six ans, je n’étais pas malheureux, mais aujourd’hui j’en suis libĂ©rĂ© et je laisse s’exprimer une autre facette de moi-mĂȘme. Je me suis souvenu de mes 17 ans lorsque j’écoutais Fatboy Slim dans ma chambre. C’est le premier Ă  m’avoir montrĂ© qu’on pouvait ĂȘtre fun, sampler des trucs drĂŽles et en mĂȘme temps faire de la musique qui dĂ©fonce. Les disques de Fatboy Slim carambolaient plein d’univers diffĂ©rents. Dans le fond, avec cet album, je reviens Ă  mes premiĂšres amours.

La discipline de Club Cheval n’a Ă©tĂ© qu’une parenthĂšse ?

Une longue parenthĂšse Ă  l’échelle de ma carriĂšre. D’une certaine maniĂšre Club Cheval a Ă©tĂ© comme mon service militaire, dur, mais trĂšs formateur.

De quel Myd parle ce titre, Born A Loser ?

Le Myd de 17 ans qui se demande comment devenir artiste, comment faire pour enregistrer sa musique, comment faire pour qu’elle soit entendue ? J’avais l’impression que je n’étais pas armĂ© pour rĂ©ussir, que j’avais un jeu de perdant. J’ai gardĂ© longtemps cette idĂ©e en tĂȘte. En fait il a fallu que Pedro mais aussi Alice MoitiĂ© m’encouragent et me disent que je n’avais pas Ă  rougir de ce je suis, pour que je m’assume. Je suis trĂšs heureux de faire de la musique aujourd’hui.

Et le type nu, avec une casquette blanche l’air ravi sur un paquebot de croisiùre, c’est toi ou un personnage ?

C’est moi, regarde, je suis comme ça aussi dans la vie de tous les jours. En effet, c’est la photo qui a donnĂ© un peu le ton du projet, mais j’aime bien ĂȘtre Ă  poil. Je me suis mis Ă  nu avec ce disque.

Le paquebot de croisiĂšre de tourisme de masse, la casquette, la moustache, il ne manque plus qu’une banane autour de la taille. Ce ne sont pas des codes trĂšs branchĂ©s, mais tu as l’air trĂšs heureux de prendre le contre-pied de l’image chic qu’essaient de projeter d’ordinaire les musiciens ?

Oui, je me sens bien parce que je n’ai pas l’impression de me dĂ©guiser. Et puis je ne me moque de personne. Avec Alice [qui s’occupe de la DA], on ne voulait surtout pas se foutre de la tĂȘte de ces gens qui tapent dans leurs mains en faisant de l’aquagym.

« Si je peux ramener un peu d’humanitĂ© et de bonne humeur dans la musique Ă©lectronique qui est parfois trĂšs froide, cela me va bien. »

De fait, on ne ressent aucun cynisme dans ces images.

Myd

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J’espĂšre. Je pourrais parfaitement me foutre Ă  poil devant des potes pour les faire rire. Cela m’est dĂ©jĂ  arrivĂ©, bien avant de partir sur le paquebot. Je n’ai pas envie de cacher cet aspect-lĂ  de ma personnalitĂ© derriĂšre les codes classiques des DJs qui s’habillent en noir pour faire chic. J’ai tout fait pour que cette musique me ressemble, je ne vais pas mentir au moment de l’incarner physiquement. Je crois que les gens ont compris que je suis simplement moi-mĂȘme. Pedro a jouĂ© un grand rĂŽle dans ce processus. Il m’a encouragĂ© Ă  me prĂ©senter tel que je suis, Ă  ne pas avoir honte de moi, Ă  laisser derriĂšre moi Club Cheval. Je n’ai pas dĂ©marchĂ© Alice MoitiĂ© pour lui demander de m’aider Ă  crĂ©er ce personnage qui a l’air de sortir d’une bande dessinĂ©e. Au contraire, nous nous sommes trouvĂ©s parce que nous avions les mĂȘmes goĂ»ts en matiĂšre de BD, de dessin animĂ©, de musique. Bien entendu, quand sa camĂ©ra s’allume, je me mets Ă  jouer, mais je ne fais qu’amplifier les traits de ma propre personnalitĂ©. Si je peux ramener un peu d’humanitĂ© et de bonne humeur dans la musique Ă©lectronique qui est parfois trĂšs froide, cela me va bien.

En parallĂšle de ta carriĂšre solo, tu as Ă©crit la musique du film Petit paysan, si je ne m’abuse, tu l’as signĂ© de ton vrai nom, Quentin Lepoutre ?

Cela dĂ©pend des morceaux, mais je ne fais pas de diffĂ©rence entre Quentin Lepoutre et Myd, c’est la mĂȘme personne et tout le monde m’appelle Myd. Aux CĂ©sar, j’étais nommĂ© sous le nom de Myd. Je n’ai pas de double identitĂ© pour signer l’un ou l’autre de mes projets. Je suis contre ce genre de chose d’ailleurs. Il n’y a rien Ă  cacher. Je suis Myd, un point c’est tout.

Tu as rencontrĂ© le rĂ©alisateur Hubert Charuel Ă  la FĂ©mis dont tu suivais l’enseignement pour devenir ingĂ©nieur du son pour le cinĂ©ma, c’est bien ça ?

ParallĂšlement Ă  la musique, j’ai toujours eu la passion du son et des outils de prise de son. Le niveau de l’ingĂ©nierie sonore du cinĂ©ma est incroyablement Ă©levĂ©. C’est ce qui m’attirait. Si je n’avais pas fait de musique, j’aurais adorĂ© devenir mixeur pour le cinĂ©ma. Passer ma vie dans un auditorium grand comme une salle de cinĂ©ma avec une table de mixage gĂ©ante et le temps nĂ©cessaire pour crĂ©er des ambiances sonores dingues. J’ai suivi les cours de la FĂ©mis durant quatre ans pour engranger un important bagage technique. Mais je ne m’arrĂȘte jamais d’apprendre. J’adore regarder des tutos sur Internet. Je m’endors en matant Mix With The Masters.

« Produire pour des rappeurs français dont les audiences sont Ă©normes, ce n’est pas la ruĂ©e vers l’or que certains fantasment. »

Comme ton camarade de Club Cheval Sam Tiba, tu as produit plusieurs titres pour des rappeurs français. Par plaisir ou opportunisme ?

Ce que je peux dire en tout cas, c’est que produire pour des rappeurs français dont les audiences sont Ă©normes, ce n’est pas la ruĂ©e vers l’or que certains fantasment, notamment dans le milieu Ă©lectronique. C’est loin d’ĂȘtre simple. Il y a une grande concurrence. Il faut Ă©normĂ©ment d’énergie pour arriver Ă  placer un beat et que le morceau reste cool Ă  l’arrivĂ©e. C’est lorsque nous avons travaillĂ© dans le studio de DJ Kore avec Club Cheval que cette connexion avec le monde du rap français s’est opĂ©rĂ©e. On traĂźnait avec des rappeurs toute la journĂ©e. Ils ont la qualitĂ© d’ĂȘtre toujours excitĂ©s par de nouveaux sons et ils sont nombreux Ă  avoir apprĂ©ciĂ© ce que la scĂšne Ă©lectronique pouvait leur apporter. Je me suis retrouvĂ© un peu par hasard dans cet univers, mais j’y ai pris beaucoup de plaisir.

Pas au point de colorer ton propre album avec du rap


Non, parce que ce n’est pas ma musique. Le seul titre de rap que j’ai fait c’est « No Bullshit » sur Bromance, parce que je l’adorais, mais que tous les rappeurs ont refusĂ©.

Puisque tu as failli travailler pour le cinéma, peux-tu nous parler de tes goûts en matiÚre de films ?

J’aime les films un peu dĂ©rangeant et pop en mĂȘme temps. Funny Games de Michael Haneke, par exemple. C’est comme en musique, j’aime quand il y a un cĂŽtĂ© bizarre, unique, et en mĂȘme temps que cela reste de la pop faite pour ĂȘtre Ă©coutĂ©e par tout le monde. J’aime les musiciens qui sont capables de donner le petit coup de peinture mĂ©tallisĂ©e qui fait toute la diffĂ©rence. AprĂšs la musique de Petit paysan, je n’ai pas cherchĂ© Ă  composer d’autres musiques de film, car j’étais concentrĂ© sur cet album. Maintenant qu’il est terminĂ©, j’aimerais bien revenir au cinĂ©ma.

Quand ce sera enfin possible, quelle forme prendra ce disque sur scĂšne ?

Le live est prĂȘt, on est trois, avec un guitariste et deux aux claviers et machines, dont moi. Nous chantons tous les trois, ce qui laisse plein de possibilitĂ©s. Je peux faire de la house comme j’aime et on peut aussi faire des moments guitares voix plus scouts. C’est un live qui va osciller entre de la house et des plans scouts. J’ai hĂąte.

Nous aussi.

 

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