© Blake Sourisseau

Nouvel album et sérénades : en interview avec JW Francis, joyeux cupidon indie

Per­son­nal­ité col­orée — jusque dans sa tenue, survet’ rose et t‑shirt à motifs — l’artiste basé à New York JW Fran­cis, s’ap­prête à sor­tir le 27 jan­vi­er prochain son troisième album Dream­house. Un album solaire de pure love à la sauce indie. À l’oc­ca­sion d’un séjour à Paris, nous avons tenu à le ren­con­tr­er pour dis­cuter de ce nou­v­el opus par­ti­c­uli­er, où JW rend hom­mage à son pub­lic mais aus­si à sa nou­velle vie d’artiste. Entre Saint-Valentin et Joseph E. Stiglitz. 

 

Pourquoi as-tu choisi le pseudo JW Françis. Lorsqu’on googlise ton nom d’artiste, on ne tombe que sur des sites de témoins de Jéhovah.

Pas pour ça — rires — ça n’a rien à voir. Quand j’étais petit, je voulais être écrivain comme C.S Lewis, J.R.R Tolkien, J.K Rowl­ing. Du coup je me suis dit qu’il me fal­lait seule­ment deux let­tres et mon nom. J’ai imag­iné mon pseu­do quand j’étais enfant. Par­fois il y a des gens qui m’approchent en con­cert et qui me deman­dent si je suis témoin de Jehovah !

 

Tu sors un nouveau single “Casino” et annonce la sortie de ton troisième album Dreamhouse, le 27 janvier prochain. Comment te sens-tu ? Est-ce que celui-ci est plus particulier que les autres ?

Oui, ça vient d’un pro­jet que je fais tous les ans à l’approche de la Saint-Valentin, c’est un dia­logue avec les fans et les per­son­nes qui écoutent mon tra­vail. En gros, je fais un post Insta­gram en dis­ant : “je peux écrire une chan­son pour un de vos amours, il suf­fit juste d’envoyer le nom et une rai­son pour laque­lle vous l’aimez”. J’ai écrit cent chan­sons pour ce pro­jet. Cet album-là est une sélec­tion des meilleures chan­sons. Ça a été dur de faire le tri, parce qu’il y en a beau­coup que j’aime. Et puis d’un autre côté je fai­sais con­fi­ance à mes oreilles et à ce que je ressentais.

 

Et quelle genre de déclarations recevais-tu ?

Par­fois je rece­vais “j’aime son rire” et c’était tout, je devais tra­vailler avec ça. Mais la plu­part du temps ils m’envoyaient un para­graphe, “elle a fait tout ça, on a eu des enfants ensem­ble”. La plus longue déc­la­ra­tion que j’ai reçue fai­sait neuf pages. C’était un peu sur­prenant de lire la vie des gens, des choses très intimes, de voir qu’ils me fai­saient con­fi­ance pour faire une mélodie avec.

 

Est-ce qu’il y a une demande que tu as reçue, qui a vraiment fait écho à ta propre expérience ?

Oui, c’est un peu triste. Il y avait pas mal de gens qui m’ont écrit en dis­ant “je n’ai pas de parte­naire pour la Saint-Valentin mais pouvez-vous écrire sur l’amour de soi ?”. Je leur ai alors demandé pourquoi ils s’aimaient. Et ça, vrai­ment ça m’a touché. Je n’ai pas eu de Valentin depuis quelques années, pas que je sois déprimé — rires -, mais ça m’a par­lé. Ces textes se sont dis­til­lés dans l’album.

 

Comment travaillais-tu à partir de ce matériel pour réaliser cet album? Est-ce que tu as modifié des chansons en ajoutant ta propre vision de l’amour, est-ce qu’il y a des textes que tu as gardés bruts ?

Il n’y a qu’une chan­son sur l’album dont je n’ai pas touché les paroles c’est “Sweet As A Rose”, l’un des sin­gles que j’ai sor­tis pour la Saint-Valentin il y a quelques mois. Tout le reste, j’avais trop de choses à dire sur ma vie et mon esprit. En fait j’ai écrit l’album après avoir quit­té mon boulot — j’étais assis­tant pour l’économiste Joseph E. Stiglitz qui tra­vaille sur les iné­gal­ités, c’était mon héros -. Et com­mencé à vivre comme un vrai musi­cien. Je ressen­tais de l’excitation, de la grat­i­tude, un sen­ti­ment de lib­erté aus­si, de vivre dans le moment.

 

C’est un projet que tu fais tous les ans, pourquoi est venue maintenant l’idée de faire de ces chansons un album ?

L’idée était tou­jours là. J’ai un lien avec les gens qui m’écoutent et qui sou­ti­en­nent mon tra­vail. Et je voulais les remerci­er, mais aus­si inter­roger ce lien entre l’artiste et les fans.

 

Quel lien entretiens-tu avec tes fans ?

C’est l’amour ! C’est vrai­ment un truc qui ray­onne. Moi aus­si je suis fan et de beau­coup de per­son­nes. Je sais très bien ce qu’on peut ressen­tir quand je leur écris des chan­sons. Et puis par­fois quand je fais des tournées et que je n’ai pas assez d’argent pour l’hôtel, il y a des gens qui m’hébergent. On fait des balades, des rides ensem­ble. En ce moment, je suis totale­ment là pour eux. Je sais ce que c’est d’être un fan et j’adore les artistes qui con­nais­sent leur lim­ites et qui sont là pour racon­ter : “ouais c’est comme ça que je joue”. Il n’y a pas de secret.

 

Casino” vient de sortir : est-ce tu peux nous en dire plus sur le single ?

C’é­tait une chan­son d’anniversaire pour une amie. Mais je voulais la retra­vailler pour par­ler un peu plus de ma vie. J’explique que je parie sur la musique. Quand tu es musi­cien, par­fois tu peux te sen­tir comme si tu jouais au loto. Donc je par­le de casi­no, de jouer le jeu et puis de voir si ça marche ou pas.

 

 

Après trois albums, ça devrait marcher ? Et puis surtout avec tous les amoureux·ses que tu as rassemblés, on espère qu’ils viennent te soutenir.

Oui — rires. À chaque con­cert il y a quelqu’un qui m’approche. Par­fois la per­son­ne est encore en cou­ple, par­fois elle s’est séparée de son ou sa parte­naire. Ils sont là “oh t’as créé une chan­son pour Juli­ette !” et je leur répond en chan­tant la chan­son. Je n’oublie pas les chan­sons que je leur écris.

 

Ça sonne comment l’amour, pour toi ? Parce que quand on imagine un album sur l’amour, on pense à quelque chose de très sensuel et langoureux. Et ton album est au contraire très joyeux.

En fait cet album ne vient pas vrai­ment d’expériences, mais plus de l’imagination. Je me suis mis dans les chaus­sures de per­son­nes qui étaient amoureuses. Et j’ai trou­vé ça très beau. J’ai adoré écrire des chan­sons dans d’autres per­spec­tives. Je par­le de ma vie et de mes sen­ti­ments dans l’album mais pas vrai­ment de mes expéri­ences d’amour. Tout était perçu avec des lunettes ros­es. J’adore écrire des his­toires et imag­in­er le plus bel amour qui soit.

 

Ce n’est pas un album déchirant.

Non, ça c’est le prochain — rires !

 

Tu as grandi à Paris. Et on appelle Paris, la ville de l’amour. Est-ce que ton romantisme vient de là ?

Un peu. J’ai passé 6 ans ici, de mes 13 à mes 19 ans. Mes par­ents habitent encore à Paris. À l’école on appre­nait la poésie de Rim­baud et Baude­laire, etc. Ça m’a beau­coup inspiré. Mais l’album qui est le plus inspiré de Paris est le prochain. Je l’ai écrit pen­dant le con­fine­ment. Il est un peu plus déprimant.

 

Quelles étaient tes inspirations musicales pour cet album ?

Il y en a pas mal. Cate Le Bon, beau­coup. Van Dykes Park, un artiste des années 60, mais qui n’avait pas beau­coup de suc­cès. Et je ne sais pas, avec Spo­ti­fy, j’adore écouter la musique de per­son­nes qui n’ont pas vrai­ment eu de suc­cès dans leur temps. Ça me rend très triste ‑rires. Je me demande “Pourquoi ? La musique est bonne, est-ce que je vais vivre la même chose ?” Et puis il y a quelque chose de très beau. “Per­son­ne ne con­naît ça, mais il est là et il existe, quelqu’un va le trou­ver”. Après avec mon pro­duc­teur, on n’essaye de ne pas men­tion­ner d’autres artistes ou groupes quand on enreg­istre, pour se con­cen­tr­er plus sur les émotions.

 

As-tu changé les mélodies des compositions originelles ? Ont-elles drastiquement changé ?

La pre­mière chan­son de l’al­bum “Going Home to a Par­ty” est orig­inelle­ment deux fois moins rapi­de. Et en fait, j’ai trou­vé ce phénomène tout bête : aug­menter la vitesse. Et j’ai fait ça sur beau­coup de chan­sons de l’album. Et c’était génial ! Je n’ai jamais trou­vé un truc aus­si sim­ple qui change autant la chanson.

 

Et comment ont réagi les gens quand tu leur as dit que tu allais retravailler leurs chansons pour les mettre sur l’album ?

Je ne leur ai pas dit encore — rires ! J’ai con­tac­té les per­son­nes pour qui j’avais orig­inelle­ment écrit les sin­gles qui sont sor­tis : “Sweet As a Rose”, “Our Sto­ry” et “Casi­no”. Et j’adore leurs réac­tions. Je garde la sur­prise à chaque fois. C’est aus­si pour cela que j’ai changé les paroles des chan­sons orig­inelles, en par­lant de moi. C’est un truc sacré, qui reste entre nous et que je ne veux pas mon­tr­er à tout le monde. Mais on a ce secret entre nous, ils con­nais­sent l’originale.

 

À quoi doit s’attendre ton public avec cet album ?

À un bop toutes les six semaines, jusqu’à la sor­tie de l’album en jan­vi­er. J’ai un peu peur de décevoir les gens dont je n’ai pas choisi les chan­sons. Peut-être qu’après la sor­tie de l’album, je pour­rais faire un vol­ume 2 mais seule­ment avec des démos…

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