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© Blake Sourisseau
3 août 2022

Nouvel album et sérénades : en interview avec JW Francis, joyeux cupidon indie

par Juliette Soudarin

Personnalité colorée – jusque dans sa tenue, survet’ rose et t-shirt à motifs – l’artiste basé à New York JW Francis, s’apprête à sortir le 27 janvier prochain son troisième album Dreamhouse. Un album solaire de pure love à la sauce indie. À l’occasion d’un séjour à Paris, nous avons tenu à le rencontrer pour discuter de ce nouvel opus particulier, où JW rend hommage à son public mais aussi à sa nouvelle vie d’artiste. Entre Saint-Valentin et Joseph E. Stiglitz. 

 

Pourquoi as-tu choisi le pseudo JW Françis. Lorsqu’on googlise ton nom d’artiste, on ne tombe que sur des sites de témoins de Jéhovah.

Pas pour ça – rires – ça n’a rien à voir. Quand j’étais petit, je voulais être écrivain comme C.S Lewis, J.R.R Tolkien, J.K Rowling. Du coup je me suis dit qu’il me fallait seulement deux lettres et mon nom. J’ai imaginé mon pseudo quand j’étais enfant. Parfois il y a des gens qui m’approchent en concert et qui me demandent si je suis témoin de Jehovah !

 

Tu sors un nouveau single « Casino » et annonce la sortie de ton troisième album Dreamhouse, le 27 janvier prochain. Comment te sens-tu ? Est-ce que celui-ci est plus particulier que les autres ?

Oui, ça vient d’un projet que je fais tous les ans à l’approche de la Saint-Valentin, c’est un dialogue avec les fans et les personnes qui écoutent mon travail. En gros, je fais un post Instagram en disant : « je peux écrire une chanson pour un de vos amours, il suffit juste d’envoyer le nom et une raison pour laquelle vous l’aimez ». J’ai écrit cent chansons pour ce projet. Cet album-là est une sélection des meilleures chansons. Ça a été dur de faire le tri, parce qu’il y en a beaucoup que j’aime. Et puis d’un autre côté je faisais confiance à mes oreilles et à ce que je ressentais.

 

Et quelle genre de déclarations recevais-tu ?

Parfois je recevais « j’aime son rire » et c’était tout, je devais travailler avec ça. Mais la plupart du temps ils m’envoyaient un paragraphe, « elle a fait tout ça, on a eu des enfants ensemble ». La plus longue déclaration que j’ai reçue faisait neuf pages. C’était un peu surprenant de lire la vie des gens, des choses très intimes, de voir qu’ils me faisaient confiance pour faire une mélodie avec.

 

Est-ce qu’il y a une demande que tu as reçue, qui a vraiment fait écho à ta propre expérience ?

Oui, c’est un peu triste. Il y avait pas mal de gens qui m’ont écrit en disant « je n’ai pas de partenaire pour la Saint-Valentin mais pouvez-vous écrire sur l’amour de soi ? ». Je leur ai alors demandé pourquoi ils s’aimaient. Et ça, vraiment ça m’a touché. Je n’ai pas eu de Valentin depuis quelques années, pas que je sois déprimé – rires -, mais ça m’a parlé. Ces textes se sont distillés dans l’album.

 

Comment travaillais-tu à partir de ce matériel pour réaliser cet album? Est-ce que tu as modifié des chansons en ajoutant ta propre vision de l’amour, est-ce qu’il y a des textes que tu as gardés bruts ?

Il n’y a qu’une chanson sur l’album dont je n’ai pas touché les paroles c’est « Sweet As A Rose« , l’un des singles que j’ai sortis pour la Saint-Valentin il y a quelques mois. Tout le reste, j’avais trop de choses à dire sur ma vie et mon esprit. En fait j’ai écrit l’album après avoir quitté mon boulot – j’étais assistant pour l’économiste Joseph E. Stiglitz qui travaille sur les inégalités, c’était mon héros -. Et commencé à vivre comme un vrai musicien. Je ressentais de l’excitation, de la gratitude, un sentiment de liberté aussi, de vivre dans le moment.

 

C’est un projet que tu fais tous les ans, pourquoi est venue maintenant l’idée de faire de ces chansons un album ?

L’idée était toujours là. J’ai un lien avec les gens qui m’écoutent et qui soutiennent mon travail. Et je voulais les remercier, mais aussi interroger ce lien entre l’artiste et les fans.

 

Quel lien entretiens-tu avec tes fans ?

C’est l’amour ! C’est vraiment un truc qui rayonne. Moi aussi je suis fan et de beaucoup de personnes. Je sais très bien ce qu’on peut ressentir quand je leur écris des chansons. Et puis parfois quand je fais des tournées et que je n’ai pas assez d’argent pour l’hôtel, il y a des gens qui m’hébergent. On fait des balades, des rides ensemble. En ce moment, je suis totalement là pour eux. Je sais ce que c’est d’être un fan et j’adore les artistes qui connaissent leur limites et qui sont là pour raconter : « ouais c’est comme ça que je joue ». Il n’y a pas de secret.

 

« Casino » vient de sortir : est-ce tu peux nous en dire plus sur le single ?

C’était une chanson d’anniversaire pour une amie. Mais je voulais la retravailler pour parler un peu plus de ma vie. J’explique que je parie sur la musique. Quand tu es musicien, parfois tu peux te sentir comme si tu jouais au loto. Donc je parle de casino, de jouer le jeu et puis de voir si ça marche ou pas.

 

 

Après trois albums, ça devrait marcher ? Et puis surtout avec tous les amoureux·ses que tu as rassemblés, on espère qu’ils viennent te soutenir.

Oui – rires. À chaque concert il y a quelqu’un qui m’approche. Parfois la personne est encore en couple, parfois elle s’est séparée de son ou sa partenaire. Ils sont là « oh t’as créé une chanson pour Juliette ! » et je leur répond en chantant la chanson. Je n’oublie pas les chansons que je leur écris.

 

Ça sonne comment l’amour, pour toi ? Parce que quand on imagine un album sur l’amour, on pense à quelque chose de très sensuel et langoureux. Et ton album est au contraire très joyeux.

En fait cet album ne vient pas vraiment d’expériences, mais plus de l’imagination. Je me suis mis dans les chaussures de personnes qui étaient amoureuses. Et j’ai trouvé ça très beau. J’ai adoré écrire des chansons dans d’autres perspectives. Je parle de ma vie et de mes sentiments dans l’album mais pas vraiment de mes expériences d’amour. Tout était perçu avec des lunettes roses. J’adore écrire des histoires et imaginer le plus bel amour qui soit.

 

Ce n’est pas un album déchirant.

Non, ça c’est le prochain – rires !

 

Tu as grandi à Paris. Et on appelle Paris, la ville de l’amour. Est-ce que ton romantisme vient de là ?

Un peu. J’ai passé 6 ans ici, de mes 13 à mes 19 ans. Mes parents habitent encore à Paris. À l’école on apprenait la poésie de Rimbaud et Baudelaire, etc. Ça m’a beaucoup inspiré. Mais l’album qui est le plus inspiré de Paris est le prochain. Je l’ai écrit pendant le confinement. Il est un peu plus déprimant.

 

Quelles étaient tes inspirations musicales pour cet album ?

Il y en a pas mal. Cate Le Bon, beaucoup. Van Dykes Park, un artiste des années 60, mais qui n’avait pas beaucoup de succès. Et je ne sais pas, avec Spotify, j’adore écouter la musique de personnes qui n’ont pas vraiment eu de succès dans leur temps. Ça me rend très triste -rires. Je me demande « Pourquoi ? La musique est bonne, est-ce que je vais vivre la même chose ? » Et puis il y a quelque chose de très beau. « Personne ne connaît ça, mais il est là et il existe, quelqu’un va le trouver ». Après avec mon producteur, on n’essaye de ne pas mentionner d’autres artistes ou groupes quand on enregistre, pour se concentrer plus sur les émotions.

 

As-tu changé les mélodies des compositions originelles ? Ont-elles drastiquement changé ?

La première chanson de l’album « Going Home to a Party » est originellement deux fois moins rapide. Et en fait, j’ai trouvé ce phénomène tout bête : augmenter la vitesse. Et j’ai fait ça sur beaucoup de chansons de l’album. Et c’était génial ! Je n’ai jamais trouvé un truc aussi simple qui change autant la chanson.

 

Et comment ont réagi les gens quand tu leur as dit que tu allais retravailler leurs chansons pour les mettre sur l’album ?

Je ne leur ai pas dit encore – rires ! J’ai contacté les personnes pour qui j’avais originellement écrit les singles qui sont sortis : « Sweet As a Rose », « Our Story » et « Casino ». Et j’adore leurs réactions. Je garde la surprise à chaque fois. C’est aussi pour cela que j’ai changé les paroles des chansons originelles, en parlant de moi. C’est un truc sacré, qui reste entre nous et que je ne veux pas montrer à tout le monde. Mais on a ce secret entre nous, ils connaissent l’originale.

 

À quoi doit s’attendre ton public avec cet album ?

À un bop toutes les six semaines, jusqu’à la sortie de l’album en janvier. J’ai un peu peur de décevoir les gens dont je n’ai pas choisi les chansons. Peut-être qu’après la sortie de l’album, je pourrais faire un volume 2 mais seulement avec des démos…

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