© Benoit Kalka

Nouvel album, tournée UK, Pleyel : l’interview de Black Lilys, pépite indie pop

I hate this silence just before the storm”. Au fil des années le duo Black Lilys étale sa pop unique, solaire et vis­cérale, jusqu’à se faire un nom. Tsu­gi a pu les crois­er juste avant leur pre­mier con­cert à Pleyel pour par­ler de leur jeune car­rière, de leurs récentes tournées, de ce qui les inspire… et surtout de ce nou­v­el album qui se pré­pare. Interview. 

Black Lilys c’est une soeur et un frère, Camille et Robin, unis par des liens aus­si forts qu’in­vis­i­bles et qui se (re)trouvent grâce à la musique : le groupe fut créé peu après la perte de leur mère. Après l’EP Blood Ties ils sil­lon­nent les routes, gran­dis­sent, puis sor­tent leur pre­mier album Box­es en 2018. Ils con­nais­sent une notoriété inat­ten­due à l’in­ter­na­tion­al quand leur titre “Night­fall” passe dans la série-événement Elite, hébergée par Net­flix. Ils font quelques pre­mières par­ties clin­quantes comme Pomme, qu’ils suiv­ent sur plusieurs dates, de la Cigale à l’Olympia.

Black Lilys c’est un univers mar­qué, intriguant, et une musique qui touche en plein coeur pour qui sait l’é­couter. Ils se dis­ent inspirés par Cat Stevens, Bon Iver, CocoRosie, Fever Ray et Agnes Obel. Et cer­tains évo­quent dans leurs com­po­si­tions un brin de The XX, de Ben Howard, Björk, Angus & Julia Stone ou Auro­ra. On vous lais­sera seuls juges. Leur musique est déli­cate, sou­vent, et ani­male le reste du temps. Alors qu’ils reve­naient d’une tournée en Grande-Bretagne, en sup­port du groupe Nou­velle Vague, on a tenu à leur par­ler avant leur pre­mière date à Pleyel, en pre­mière par­tie de Zaz ‑oui oui.

 

Bon, parlons-nous de cette tournée outre-Manche !

C’était vrai­ment notre rêve de faire une tournée comme celle-ci, et d’aller touch­er des gens qui sont habitués à écouter notre style de musique. Nos influ­ences musi­cales, tous les groupes qu’on écoute vien­nent de là-bas. On s’est sen­tis à notre place, au bon endroit pour notre musique. L’ac­cueil était dingue, le pub­lic était hyper bien­veil­lant. En club ou en salle de con­cert, on a eu une super écoute même en pre­mière par­tie. Dans cer­taines salles en Ecosse, les spec­ta­teurs écoutent mais sont bavards, fes­tifs, expri­ment fort leur joie.

 

Après l’interruption du covid, les automa­tismes et les émo­tions revi­en­nent vite ?

Dif­férem­ment. Mais oui claire­ment, ça revient très vite. Le fait de pou­voir jouer chaque soir sur un mois c’é­tait fou ! On ne prend plus les choses pour acquis­es après cette péri­ode de vide. À chaque fois que tu montes sur scène, tu vois les salles pleines à nou­veau, ça fait du bien. Pour beau­coup c’é­tait leur pre­mier con­cert depuis le covid… On se sen­tait tout émoustil­lés d’être sur scène.

C’est notre pre­mière tournée aus­si longue sans ren­tr­er chez nous : 18 dates en 25 jours, ça ne laisse pas beau­coup de jours off. Ça te per­met de ne pas trop penser. Dans la musique, tout prend du temps. Tu pré­pares un clip pour un tour­nage dans cinq mois, tu ter­mines un album pour qu’il sorte un an après… En tournée, tu pré­pares ton con­cert, tu fais ta bal­ance, tu joues et tu enchaînes. Ça fait du bien d’être dans l’action, le présent.

 

Black Lilys

© Regen­weibchen Photography

4 ans depuis votre pre­mier album, le dernier c’était avril 2018. Vous essaimez des sin­gles ces derniers temps. Vous avez un album en préparation ?

Ouais ! Il est prêt. Il sor­ti­ra à l’automne. On avait besoin de par­tir, de se retrou­ver avec la nature pour s’inspirer, comme sou­vent. Et besoin de lâch­er dans un endroit où t’as un peu de silence…

 

Vous me par­lez un peu de là où il a été créé ?

L’album a été fait entre l’Écosse ‑Édim­bourg principalement‑, Lyon… et les Alpes français­es à Méau­dre, dans une mai­son famil­iale vide. Il n’y avait pas de stu­dio, donc on a ramené tout notre sys­tème. Et on s’est isolés là-bas. Cet album-là on l’a entière­ment fait en home stu­dio. On avait aus­si besoin de le faire chez nous. On l’a même com­posé un peu à dis­tance, parce que le covid est arrivé. Et en fait, on a adoré ! L’une en Ecosse, l’autre à Lyon, et on a fait mix­er tout ça par un Norvégien, Odd Mar­tin -musi­cien qui fut notam­ment co-auteur et pro­duc­teur de nom­breux titres d’Aurora-. On a mixé avec lui qui était à Bergen, cha­cun chez soi avec le même casque, et on écoutait en direct ce qui sor­tait de sa con­sole. C’était un tra­vail d’é­coute et une dis­cus­sion con­stante. Il a vrai­ment gardé ce qu’on avait déjà fait, mais en le met­tant en valeur.

 

Donc le con­fine­ment, para­doxale­ment c’é­tait une occa­sion pour vous ?

On fai­sait par­tie des gens qui avaient quelque chose sur le feu avant le con­fine­ment. Ça nous a don­né le temps qu’il nous fal­lait. En plus on a été chanceux d’être à côté de la nature, presque tout le temps. À Méau­dre, y’avait pas grand-chose d’autre que les mon­tagnes tout autour. Je remar­que que dans notre musique, on a sou­vent besoin de ça. Besoin de vide, de silence pour remplir.

 

On entendait beau­coup de sons organiques dans le pre­mier album, sur vos derniers titres il y en a par endroits. C’est qqch qu’on retrou­vera sur le nou­v­el album ?

Il va être très organique cet album, vu qu’il a été fait à la mai­son, t’as plei­i­i­in de sons. Un des titres a été enreg­istré dans un très vieil appart à Édim­bourg, avec des fenêtres vic­to­ri­ennes. Et en fait, quand les voisins les lèvent ça fait un (insér­er une très belle imi­ta­tion de vit­re qui s’ouvre) quand tu remontes ta vit­re. Tu peux l’en­ten­dre dans “Störm”. Je me rap­pelle être avec mon casque, à atten­dre que les voisins se réveil­lent et qu’ils fassent le (retour de la belle imi­ta­tion) waaaak. On a aus­si enreg­istré des graines, des sons d’ambiance de gui­tare, la pluie à Méau­dre pour “Gymnopédie”. Il y a tou­jours eu cette idée dans notre musique : capter un son unique dans un endroit pré­cis, qui ne se repro­duira pas, pour l’incorporer dans nos chan­sons. Même des sons qu’on ne con­trôlait pas, des ‘acci­dents’ qu’on a décidé de garder.

 

Y’a quelque chose de changé dans vos per­cus­sions, non ?

Là dans l’album, les per­cus vont pren­dre une place par­ti­c­ulière­ment impor­tante. Et on voulait que ce soit autre chose qu’une bat­terie, alors on est allés chercher des sons dif­férents. Des tam­bours taïko, pas mal de per­cus­sions asi­a­tiques… Je crois aus­si que c’est une envie pour la scène, de se défouler sur des gros gongs, à la Wood­kid tu sais.

 

Par­mi vos derniers titres on a “Yaläk­ta”, que vous jouiez déjà en live depuis quelques temps.

Yaläk­ta” c’est sans doute LE titre qui nous suiv­ra longtemps. Il résonne fort en nous, on lui trou­vera tou­jours du sens. “Yaläk­ta” c’est juste un mot inven­té à deux, parce que ce titre là est changeant. Par­fois, don­ner un titre à une chan­son ça bloque le chemin des pos­si­bles. Là ça ouvre dif­férents sujets. Par moments sur le disque y’a des mots, des chants com­plète­ment inven­tés. Un lan­gage plus émotionnel.

 

Au début de Black Lilys le piano n’avait pas une place énorme, au fil des titres il s’est agré­men­té. Et puis là, full piano : com­ment ça se fait ?

Sur “Gymnopédie” on est revenus à un piano-voix très nu. La mélodie d’Erik Satie représen­tait notre enfance, notre mère ado­rait nous la jouer. J’ai [Camille] tou­jours fre­donné sur cette mélodie, com­mencé à inven­ter des paroles. Et Roby m’a dit “mais en fait pourquoi on ne met­trait pas notre his­toire dessus ?”. En plus cet artiste a une his­toire entre l’Écosse et la France, donc le lien était fou ! Et c’est la pre­mière chan­son d’amour que j’ai écrite.

Là pareil avec “Invis­i­ble Strings”, car­ré­ment plus guer­ri­er. Dans cet album on a les deux, il y a un truc un peu guerrier-rage assez nou­veau pour nous, avec des cris, des per­cus trib­ales, comme un exu­toire… Mais on a encore plein de titres doux ! Encore le ‘Black Lilys’, cette bal­ance qui nous suit tou­jours, du som­bre au lumineux. Et le dernier sin­gle “Störm”, je pense que c’est le titre qu’on préfère de l’album.

 

Vous arrivez à tiss­er un lien entre ces titres ? Une thé­ma­tique commune ? 

Cet album a des couleurs dif­férentes. Le pre­mier, c’était comme les états d’âme d’un humain ; le nou­veau par­le de plein de sujets et de gens dif­férents, plus un truc de groupe. Le fil rouge ? La douceur sur tous les titres, mais aus­si une colère, saine et assumée main­tenant, comme on peut tous ressen­tir. On avait de la puis­sance sur le pre­mier album, mais pas mal de pudeur. La colère était intérieure, là on la projette.

 

Vous voir en pre­mière par­tie de Zaz, sur autant de dates, ça peut paraître étonnant.

On avait fait 3 dates avec elle avant le covid. Après notre tournée UK, elle nous a pro­posés de la rejoin­dre pour son Roy­al Albert Hall à Lon­dres… “Par con­tre c’est dans 4 jours, vous pour­riez venir ?” : et ben on est repar­tis ! C’était dingue cette salle, la plus ouf et la plus belle qu’on ait faite. Y’a eu trop de vies là-dedans, tu sens un truc puis­sant. En plus on était assez déten­dus. Pour le Roy­al Albert Hall quand même ! C’était hal­lu­ci­nant, sur scène on se regar­dait entre frère et sœur, c’é­tait irréel… Tu sais que là-bas, la reine a ses pro­pres toi­lettes ? Quand y’a des paus­es, elle ne va pas aller dans les mêmes que tout le monde, elle a les siennes. C’était un peu la mini-quête, de retrou­ver les toi­lettes de la reine !

 

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Après le con­cert, Zaz nous a dit qu’elle nous voulait vrai­ment pour les deux soir à Pleyel, donc on se sent chanceux, on est hyper recon­nais­sants d’être invités.

 

Ces pre­mières par­ties, qu’est-ce que ça vous apporte en dehors de la visibilité ? 

C’est un vrai exer­ci­ce. Les gens ne vien­nent pas pour toi, ça met un enjeu sup­plé­men­taire. Et ça nous per­met de jouer dans des lieux où, par nous-même, on n’aurait pas pu accéder tout de suite. Le but c’est d’y retourn­er pour NOS con­certs. C’est ce qui est arrivé à Zaz : elle avait fait le Roy­al Albert Hall en tant que pre­mière par­tie y’a dix ans. Et puis un peu comme avec Pomme, c’est une per­son­ne très lumineuse. On s’est trou­vés humaine­ment, sur des sujets sen­si­bles… On s’est sen­tis con­nec­tés sur la pro­tec­tion de la planète, l’urgence sociale et climatique.

 

Retrou­vez Black Lilys en stream­ing, sur leurs réseaux, ou évidem­ment en live :

14.05 Le Jam // La-Chapelle-Sur-Erdre
11.06 Les musi­cales du Rhône // Laveyron
02.06 Fête de la Musique // Thionville
19.10 Anci­enne Bel­gique // Bruxelles
29.06 L’épicerie Mod­erne // Lyon
04.07 Gold­en Slip­pers // Londres
09.07 Lei­th Depot // Edimbourg

 

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