©Mehdi Mounir

Oasis festival dans le désert : les pieds dans le sable, la tête dans les étoiles

Oasis Fes­ti­val nous a propul­sé en plein Sahara maro­cain pour prof­iter, le temps d’un week-end, de musique élec­tron­ique dans un hôtel amé­nagé spé­ciale­ment pour l’oc­ca­sion. Myd, Ago­ria, Anja Schnei­der, Kink ont joué dos à la mer, face à une foule aus­si chic qu’exaltée. 

La demi-heure de route pour arriv­er à l’Oa­sis fes­ti­val est folle. Le paysage qui défile sous nos yeux est à la fron­tière de la science-fiction, on est plongé dans l’u­nivers déser­tique de Mad Max. Des rouleaux de plantes sèch­es vire­voltent sous l’impulsion du Cher­gui, le vent puis­sant du Sahara, du sable for­ment des dunes infinies : à Dakhla, la nature a tout ses droits. Il y a quelques bâti­ments parsemés. Ce sont prin­ci­pale­ment des con­sulats, récem­ment con­stru­its sous l’impulsion du Maroc, pour représen­ter ses alliés africains qui ont exprimé leur sou­tien à la maro­can­ité du Sahara Occi­den­tal. Le chauf­feur de taxi alterne entre raï et Gip­sy Kings, mar­queur de l’importance de la cul­ture espag­nole sur ce ter­ri­toire, anci­enne colonie. Dans le même temps, il répond à son télé­phone et inter­cale des expres­sions français­es dans son dis­cours en arabe. Le français, cette langue qui se trans­forme en “butin de guerre”, selon la for­mule de l’écrivain Kateb Yacine, lorsque l’on sait que le Maroc a été sous pro­tec­torat français pen­dant 44 ans. Tous ces détails sont des mar­queurs d’une iden­tité frac­turée qui va bien­tôt se soud­er sur le dancefloor.

Dakhla

© Meh­di Mounir

Des huitres, du style et du chic

Cette année le fes­ti­val a testé une nou­velle for­mule, plus con­fi­den­tielle, avec 600 per­son­nes. Elles vien­nent de partout : France, Berlin, Israël, Angleterre… ça crée un joli melting-pot cul­turel. Mais le mot d’ordre du week-end est le même pour tout le monde : le chic. On croise des influ­enceurs maro­cains comme Karim Chater : coupe afro, mous­tache tail­lé, look vin­tage avec ses inim­ita­bles cols pelle à tarte. Janine Gaëlle Dieud­ji, direc­trice des expo­si­tions au musée d’art con­tem­po­rain africain de Mar­rakech et ses tenues amples, relevée par ses talons à formes géométriques. Au Maroc, on troque ses pail­lettes con­tre des per­les. Elles sont partout : autour des cous, sur les poignets, au creux des décol­letés, en stick­er sur le front et par­fois nichées dans la coquille de l’huître que l’on s’ap­prête à manger. Que la fête commence !

 

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Car oui, côté nour­ri­t­ure, on est loin de la baraque à frittes, mais plus proche du gas­tronomique. On peut goûter des huîtres directe­ment récoltées dans la baie de Dakhla et hon­nête­ment, elles rivalisent avec celles de Nor­mandie ! On les déguste dans l’e­space intérieur du fes­ti­val qui recrée l’ambiance des salons maro­cains : tapis au sol, poufs, fumée ambiante. Pour les gross­es faims, le fes­ti­val accueille des référence de la cui­sine maro­caine : Aniss Mes­ki, du très nova­teur restau­rant Mou­ton Noir à Mar­rakech et la chef Yas­mi­na Ksikes, ambas­sadrice de la cui­sine maro­caine aux États-Unis et à Los Ange­les.  Pas de bières mais plutôt de fines bulles et des cock­tails servis par Le Baromètre, bar réputé au Maroc tenu par les frères Had­ni. On a opté pour une “rosée du matin”, une ode par­fumée aux fleurs rosées aspergée de vod­ka. Un délice.

 

 

 

 

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Voir les pointures de l’électro, face à la mer

Le site offre une seule scène. Face à la mer. Une scène pour 10h de musique et 7 artistes qui se relaient, se répon­dent, parta­gent leur pas­sion pour la musique. Un marathon qui com­mence en plein après-midi, pour se finir sous un ciel étoilé. C’é­tait intense mais la petitesse du fes­ti­val per­met de facile­ment créer des liens, qu’on soude sur le dancefloor.

Jyoty est défini­tive­ment notre DJ favorite. Elle a su slalom­er entre références qui met­tent tout le monde d’accord : “Gyp­sy Woman”, “goose­bumps” de Travis Scoot, ce bon vieux “Sat­is­fac­tion”, tub des années 2000 ou encore Bey­on­cé tout en mélangeant des morceaux d’afro beat. “Who runs the world ?” Girls, défini­tive­ment. Quoi de mieux pour finir son set, qu’un hom­mage avec “Didi” de Khaled. Un hymne mon­di­ale­ment con­nu, pre­mier morceau arabe à se retrou­ver en top charts en France, qui accom­pa­gne l’une des plus belles scènes du ciné­ma de Nan­ni Moret­ti ou encore qui a fait ouver­ture de la Coupe du monde de foot­ball de 2010. Les Maro­cains s’empressent d’aller sur le devant de la scène, se pren­nent par les épaules, rem­plis de fierté. Comme on a pu l’entendre autour de nous : “Jyoty, she killed it”.

 

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Anja Schnei­der, entre tech­no et house, pourquoi choisir ? Mal­gré son pas­sage bien tôt dans la soirée (de 20h à 22h), la DJ, pro­duc­trice, com­positrice nous a claire­ment mis des étoiles dans les yeux. Tout au long du set, Anja Schnei­der nous fait pass­er de sonorités per­cus­sives chaudes à des bass­es plus indus­trielles dignes d’un sous-sol berli­nois. Elle se retire avec un classe folle sur le mythique “Got­ta Let You Go” de Dominica. 

Kink nous a offert le set le plus énergique qu’on ait vu cet été. Il s’écoute mais surtout, se regarde. Le pro­duc­teur bul­gare a livré un véri­ta­ble spec­ta­cle. Il vire­volte entre ses machines et va jusqu’a les ten­dre à son pub­lic déchainé pour laiss­er un ou deux chanceux s’es­say­er aux aléas de la musique live. Encore une fois, on a eu le droit à un sub­lime clos­ing, à la fron­tière entre la musique élec­tron­ique et le jazz. Les Français se sont aus­si bien débrouil­lés. Myd a atten­du la moitié de son set pour dif­fuser son hit, “The Sun”, par­faite­ment fusion­né avec ” Get Get Down” de Paul John­son. Tou­jours aus­si efficace.

 

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Pour la dernière soirée, l’Oa­sis fes­ti­val devait finir à 5h, mais Amine K a repoussé les au-revoir jusqu’a 6h30. Pour le bon­heur des fes­ti­va­liers qui ont don­né leurs dernières forces à la lumière du petit matin. La musique s’arrête, les lumières s’al­lu­ment, on com­mence à papot­er en débriefant cette soirée mag­ique. On entend le grésille­ment des enceintes, tout le monde sur­saute à cause d’un faux con­tact, allez, juste un dernier morceau. “I’m Every Woman” de Cha­ka Khan reten­tit dans le désert, et appa­raît comme une oasis face à des esseulés qui ont soif de joie, de com­mu­nion et de transe. Ce morceau nous va droit dans le cœur et dans le corps. On s’élance sur la piste pour une dernière danse face à la mer. Légendaire.

Meilleure moment : quand dans la navette du retour, à 4h du matin, un maro­cain nous explique le con­flit qui règne dans la région, qu’on avait en fait jamais vrai­ment compris

Pire moment : quand, affamée, on se jette sur un déli­cieux cous­cous avant d’ap­pren­dre qu’il s’ag­it de viande de chameau

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